Exploitation pétrolière à Muanda : après 50 ans d’activités, les communautés locales dénoncent un lourd passif environnemental et socio-économique
Exploitation pétrolière à Muanda : après 50 ans d’activités, les communautés locales dénoncent un lourd passif environnemental et socio-économique
AFP
Après plus d’un demi-siècle d’exploitation pétrolière dans le territoire de Muanda, dans le Kongo Central, les communautés locales tirent la sonnette d’alarme. Elles dénoncent une industrie qu’elles estiment largement profitable à des intérêts extérieurs, au détriment de l’environnement et des moyens de subsistance des populations riveraines.
Dans un mémorandum adressé ce mardi 7 avril 2026 au groupe Perenco ainsi qu’aux autorités congolaises, ces communautés dressent un constat préoccupant, pointant une dégradation continue de l’écosystème et une marginalisation économique persistante.
« Nos terres, nos eaux et nos ressources naturelles sont directement affectées. Des déversements réguliers de pétrole, des boues de forage et des eaux de production contaminent durablement les sols, les rivières et les zones côtières. Le torchage du gaz se poursuit jour et nuit à proximité de nos habitations, au mépris du cadre légal congolais. La qualité de l’air se dégrade, les écosystèmes se fragilisent et les ressources halieutiques disparaissent », peut-on lire dans ce document.
Au-delà de l’impact environnemental, les signataires mettent en avant les conséquences économiques directes sur les populations.
« La pêche artisanale et l’agriculture, nos principales sources de revenus, sont en net déclin. L’accès à certaines zones de production est restreint, et la pollution contribue à la raréfaction des ressources halieutiques. Après plusieurs décennies d’exploitation, Muanda demeure confronté à la pauvreté et à un déficit criant en infrastructures de base », déplorent-ils.
Le mémorandum alerte également sur les effets sanitaires observés dans la région : une recrudescence des maladies respiratoires, cutanées et oculaires, aggravée par un accès limité à l’eau potable. Les communautés rappellent que le droit à un environnement sain est garanti par les instruments juridiques nationaux et internationaux ratifiés par la République démocratique du Congo.
Cette mobilisation trouve un écho au-delà de Muanda. À Beni, des activistes climatiques ont également exprimé leur solidarité ce même mardi, appelant l’État congolais à suspendre toute nouvelle attribution de blocs pétroliers et gaziers tant que des garanties strictes de protection environnementale ne sont pas assurées. Ils exigent, en outre, la publication intégrale des conventions d’exploitation ainsi que des audits environnementaux, afin de permettre un contrôle citoyen effectif.
Parmi leurs principales revendications figurent : la suppression du régime dérogatoire issu des conventions de 1969 et l’application stricte du cadre légal actuel, notamment l’interdiction du torchage du gaz ; la mise en place d’un fonds de diversification économique (pêche, agriculture, énergies renouvelables), alimenté par les revenus pétroliers et géré de manière transparente ; la fin des intimidations et du harcèlement à l’encontre des défenseurs des droits humains et de l’environnement.
Des recommandations spécifiques ont également été adressées à Perenco, notamment l’arrêt immédiat du torchage, la réparation intégrale des dommages environnementaux et sanitaires, ainsi que le financement d’un programme pluriannuel de dépollution sous supervision indépendante.
Les auteurs du mémorandum appellent à une prise de responsabilité urgente de la part de l’entreprise et des autorités congolaises. Ils invitent également la société civile et la diaspora à se mobiliser en soutien aux populations de Muanda, confrontées à ce qu’elles qualifient de crise environnementale durable.
Azarias Mokonzi
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