Arts visuels Festival Congo Photo International : Kinshasa se dote d’un festival de photographie, dix-huit ans après Lubumbashi

Festival Congo Photo International : Kinshasa se dote d’un festival de photographie, dix-huit ans après Lubumbashi

La première édition du Festival Congo Photo International s’ouvre le 22 août à Kinshasa pour huit jours, autour du thème « Mémoire en lumière, de l’ombre coloniale à la vision contemporaine ». Vingt artistes exposent, quinze photographes viennent de neuf pays étrangers.

La Rédaction
Kinshasa - 20 AOÛT 2026 - 03:07 WAT · 5 min de lecture

KINSHASA, 19 août. La première édition du Festival Congo Photo International s’ouvre le samedi 22 août à Kinshasa et se referme le 29. Le coordonnateur de la manifestation, Jackson Tshisekedi, en a détaillé le programme le 19 août sur Radio Okapi, qui la situe en marge de la Journée internationale de la photographie. Le thème retenu est « Mémoire en lumière, de l’ombre coloniale à la vision contemporaine ». Dix-huit ans plus tôt, à Lubumbashi, l’association Picha, initiative collective d’artistes, tenait en juin 2008 la première édition des Rencontres Picha, devenues la Biennale de Lubumbashi. Le festival est annoncé comme la première édition d’un rendez-vous kinois consacré à la photographie.

Le coordonnateur dit vouloir offrir aux jeunes créateurs un espace d’expression et de visibilité, et favoriser les échanges entre photographes congolais et internationaux. L’objectif affiché est de promouvoir la photographie et les photographes congolais. Le nom porte la même intention, le festival étant présenté par son coordonnateur comme appartenant au Congo.

Vingt artistes exposés, quinze photographes venus de neuf pays

Selon le programme détaillé par le coordonnateur le 19 août sur Radio Okapi, l’exposition réunit les œuvres de vingt artistes à la Maison des Arts. Quinze photographes étrangers participent, venus de Belgique, de France, d’Italie, du Brésil, du Togo, du Sénégal, du Mali, d’Ouzbékistan et du Japon.

Du 24 au 27 août, quatre jours d’ateliers sont réservés aux seuls photographes, au Centre culturel congolais Le Zoo, avec le Fonds de soutien à la création artistique (FOSCA) pour partenaire. Le vendredi 28, une cinquième journée s’ouvre à tous, consacrée au droit d’auteur et à l’entrepreneuriat culturel. Le coordonnateur justifie ce volet par l’état du métier, où le téléphone a fait de presque chacun un photographe, alors que le métier suppose, selon lui, de connaître des règles et des principes.

Cinq mille photographies de Jean Depara, quatre tirages d’Ambroise Ngaimoko au MoMA

Le thème du festival renvoie à une histoire dont les pièces sont pour l’essentiel conservées hors du pays. Jean Depara, né en Angola en 1928 et mort à Kinshasa en 1997, a photographié Léopoldville puis Kinshasa de 1951 à 1975. Il ouvre son studio, Jean Whisky Depara, en 1953. Franco le remarque en 1954 et en fait le photographe officiel de l’OK Jazz, fonction qu’il exercera jusqu’à la mort du musicien en 1989. De 1975 à 1989, il est aussi le photographe du Parlement. Il laisse environ 5 000 photographies. Son fonds est représenté par Revue Noire, qui l’a publié pour la première fois en 1996, dans son numéro 21.

Ambroise Ngaimoko, né en Angola en 1949, du Studio 3Z, a quatre œuvres dans la collection du Museum of Modern Art de New York, datées de 1974, 1975 et 1976, dont « Les catieurs de Kintambo ». Depara et Ngaimoko ont tous deux figuré dans « Ideas of Africa: Portraiture and Political Imagination », exposition ouverte au MoMA le 14 décembre 2025 aux côtés de Seydou Keïta, Malick Sidibé et Sanlé Sory, sous le commissariat d’Oluremi C. Onabanjo. L’exposition est la troisième organisée par le musée à partir du don d’art africain moderne et contemporain consenti par Jean Pigozzi en 2019. Dix ans plus tôt, du 11 juillet 2015 au 10 janvier 2016, les deux hommes figuraient dans « Beauté Congo 1926-2015 », à la Fondation Cartier à Paris, où ils représentaient la photographie.

À Tervuren, le Musée royal de l’Afrique centrale annonce environ 3 500 cartes de l’Afrique, 650 archives filmiques en 35, 16 et 8 mm, plus de 700 titres de presse congolaise depuis les années 1950, 400 fonds d’archives sur la période coloniale et 20 sur la décolonisation. À Kinshasa, l’Institut des musées nationaux du Congo annonce plus de 45 000 objets d’art traditionnel.

Un fonds public créé en 2008, un comité de pilotage réuni en 2024

Le FOSCA, partenaire des ateliers, est un service spécialisé du ministère de la Culture, Arts et Patrimoines, créé par le décret n° 08/17 du 15 juillet 2008. Son comité de pilotage, qui associe les ministères du Budget, des Finances et de la Culture, s’est réuni pour la première fois le 20 février 2024, au Musée national, dans la commune de Lingwala. « J’en appelle donc à l’implication personnelle et à l’assiduité de chaque expert pour relever les défis réels d’un soutien direct au travail de nos artistes et opérateurs culturels », y déclarait la ministre de la Culture, Arts et Patrimoines, Catherine Kathungu.

Le Centre culturel congolais Le Zoo, qui abrite les ateliers, a été construit en 1956 sous le nom de théâtre du Zoo, à Léopoldville. Service public doté d’une autonomie administrative et financière, il a pour mission de diffuser la création artistique congolaise au pays et à l’étranger. En août 2025, son directeur général adjoint, Paul Ngoie, décrivait sa prise de fonctions dans un établissement « qui a besoin de notre expertise commune pour sa survie ».

Fondée en 2008 sous le nom de Rencontres Picha, la Biennale de Lubumbashi en est à sa dix-huitième année.

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…