RDC : Denis Mukwege dénonce « une ligne rouge inacceptable » après la fermeture des universités du Kivu
Dans une déclaration du 26 août 2026, le prix Nobel de la paix condamne à la fois les nominations académiques de l'AFC/M23 dans les zones occupées et la suspension des activités universitaires décidée par Kinshasa à Goma et Bukavu.
RDC : Denis Mukwege dénonce « une ligne rouge inacceptable » après la fermeture des universités du Kivu
AFP
Denis Mukwege a publié le mercredi 26 août 2026 une déclaration de deux pages, signée de sa main, sur la situation de l’enseignement supérieur dans les deux Kivu. Le prix Nobel de la paix 2018, fondateur de l’hôpital de Panzi à Bukavu, y vise deux décisions à la fois, celle de l’AFC/M23 et celle du gouvernement congolais.
Denis Mukwege écrit en ouverture : « Je condamne avec la plus grande fermeté les nominations des nouvelles autorités académiques dans les institutions supérieures et universitaires par les mouvements armés AFC/M23/RDF dans les zones occupées d’une part, et la suspension des activités académiques par le régime de Kinshasa d’autre part. »
Deux décisions en trois semaines
Le 10 août 2026, le gouvernement a rejeté et déclaré nulles les nominations annoncées par l’AFC/M23 soutenue par le Rwanda à la tête de dix établissements d’enseignement supérieur de Goma et de Bukavu.
Dix jours plus tard, le 20 août, la ministre de l’Enseignement supérieur, universitaire, de la Recherche scientifique et des Innovations, Marie-Thérèse Sombo Ayanné Safi Mukuna, a signé un arrêté suspendant jusqu’à nouvel ordre les activités académiques dans onze établissements publics des deux villes, parmi lesquels l’UNIGOM, l’UOB, l’ISP-Goma et l’ISTM-Bukavu. La suspension couvre les inscriptions et réinscriptions, les enseignements, les évaluations et les délibérations de l’année académique 2026-2027. Le motif avancé est la situation sécuritaire.
L’étau qui se resserre sur les deux Kivu
Denis Mukwege inscrit cette fermeture dans une série, écrivant : « Après la fermeture des aéroports, la fermeture des banques, la restriction de l’aide humanitaire et des mouvements de la population, la fermeture des universités vient resserrer l’étau sur 12 millions de nos compatriotes du Nord et du Sud Kivu abandonnés à leur triste sort. »
Il énumère ensuite ce que la jeunesse a déjà perdu, le chômage, le détournement des fonds destinés à son épanouissement, le recrutement forcé dans des groupes armés, les tueries. Et il pose une limite : « Briser aujourd’hui leur espoir de rêver, d’apprendre, de se former pour réaliser leurs aspirations et servir notre société, est une ligne rouge inacceptable. »
Le mot qu’il forge, épistémicide
Le gynécologue forge un mot pour désigner ce qu’il redoute. « Après nous avoir imposé un génocide silencieux, nous redoutons désormais un épistémicide lent, plus corrosif et dangereux pour l’avenir des générations futures et pouvant conduire à la mise à mort systématique de nos savoirs, de notre capacité à penser, à chercher et à produire de la connaissance. »
Une hypothèse de coordination
La déclaration va plus loin en rapprochant les deux décisions. Denis Mukwege écrit qu’elles soulèvent « des interrogations légitimes quant à une possible coordination entre le régime de Kinshasa et le régime de Kigali avec ses supplétifs d’AFC/M23/Twiraneho, sur l’hypothèse d’un plan bien rodé pour se départager la R.D. Congo ». Il présente ce rapprochement comme une interrogation, non comme un fait établi. Aucun élément public ne documente à ce jour une telle coordination, et le gouvernement congolais n’a pas réagi à cette déclaration.
Quatre demandes
Le prix Nobel formule ensuite ce qu’il attend. « Nous lançons un appel pressant à tous les acteurs étatiques et non étatiques impliqués dans la recherche d’une solution à cette crise, afin de faire de l’éducation des enfants congolais une priorité absolue de tous les processus en cours. » Il réclame que les jeunes Congolais soient associés aux questions qui les concernent.
Il demande aussi la fin de l’ingérence militaire dans les écoles et les universités : « Nous exigeons la fin d’instrumentalisation et d’ingérence dans la gestion des établissements scolaires et universitaires par les militaires et la reprise sécurisée des cours partout sur le territoire national y compris dans les zones occupées. »
La déclaration se ferme sur une phrase qui vaut avertissement aux deux camps : « L’avenir de notre jeunesse ne peut pas être la monnaie d’échange des calculs politiques ou des ambitions territoriales, ni être traité comme un simple dommage collatéral. »
Une parole devenue régulière
C’est la troisième intervention publique de Denis Mukwege en deux mois sur la situation congolaise. Le 2 juillet 2026, il adressait une lettre ouverte au président Félix Tshisekedi sur la gouvernance et le projet référendaire. Le 24 août, à la commémoration des vingt-huit ans du massacre de Kasika, il réclamait la création d’une juridiction pénale spéciale pour les crimes commis dans l’Est.
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