Floribert Anzuluni : de l’exil au pouvoir, l’ascension d’un activiste devenu ministre de l’Intégration régionale
Floribert Anzuluni, nouveau ministre, de l'intégration régionale de la République démocratique du Congo (RDC ).
AFP
À 42 ans, Floribert Anzuluni Isiloketshi fait une entrée remarquée dans la haute sphère du pouvoir congolais. Ce vendredi 8 août, l’ex-activiste de la société civile a été nommé ministre chargé de l’Intégration Régionale dans le gouvernement Suminwa II, par ordonnance présidentielle. Une consécration pour cet homme longtemps resté en marge des cercles politiques classiques.
Président du parti Alternative citoyenne (AC-Congo RDC), Anzuluni s’est forgé une identité politique singulière : intransigeante sur les principes, portée par une volonté assumée de « mettre fin au système de prédation » qui gangrène la République démocratique du Congo. Son combat ? Refonder de fond en comble la classe politique, à ses yeux usée, compromise, inefficace.
En décembre 2023, il s’était lancé dans la course à la magistrature suprême, avec l’étiquette d’une « alternative citoyenne », fruit de primaires inédites au sein de la société civile. Arrivé cinquième à l’issue du scrutin, il aura marqué les esprits par une campagne atypique, à la fois participative et rigoureuse. Cette même année, il avait participé aux consultations « Congo Tolingi », vaste processus d’écoute populaire ayant débouché sur un contrat social et une charte d’engagement pour les futurs dirigeants. Une tentative assumée de faire monter la voix du peuple dans l’arène politique.
Un militant façonné par l’exil et le combat
Né le 5 janvier 1983 à Kinshasa, Floribert Anzuluni quitte la RDC à l’âge de huit ans, fuyant le chaos politique du début des années 1990. C’est en Belgique qu’il grandit, avant de poursuivre des études en sciences politiques à l’Université de Montréal. Mais son cœur reste rivé au Congo.
De retour au pays, il entame une carrière dans le secteur bancaire, sans jamais abandonner son engagement civique. Dès 2010, il s’illustre au Forum national de la jeunesse pour l’excellence (FNJE), puis participe au premier sommet des Young African Leaders initié en 2011 par Barack Obama.
C’est en 2015 que son nom gagne en notoriété avec la création du mouvement Filimbi, qu’il cofonde et coordonne. Cette plateforme de jeunes militants devient l’un des symboles de la résistance citoyenne face au régime de Joseph Kabila. La répression qui s’abat sur le mouvement contraint Anzuluni à l’exil. Mais loin de se taire, il continue le combat depuis l’étranger, notamment avec la création du Front citoyen en 2016.
Son retour en RDC, en 2020, coïncide avec l’alternance politique ouverte par l’élection de Félix Tshisekedi. De nouveau sur le terrain, il cofonde NYFALM & Associés, un cabinet-conseil en intelligence économique, et devient conseiller pour la RDC auprès de l’organisation américaine The Sentry, qui traque la corruption dans les systèmes de pouvoir.
Une nouvelle ère ?
En rejoignant le gouvernement, Floribert Anzuluni entame une nouvelle phase de son engagement : celle de la transformation de l’intérieur. Ses partisans y voient une opportunité de faire bouger les lignes. Ses détracteurs, eux, guettent le moindre reniement.
Mais l’intéressé, fidèle à ses principes, semble déterminé à conjuguer intégrité et efficacité. Le pari est risqué. L’histoire dira s’il est tenu.
Gloire MALUMBA.K