« J’ai mis fin à six guerres » : Trump a-t-il vraiment la clé d’une paix durable à l’Est de la RDC ?
Le président américain Donald Trump lors d'une rencontre avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky et les dirigeants européens à la Maison-Blanche à Washington, DC, le 18 août 2025. © ANDREW CABALLERO-REYNOLDS - AFP
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Lundi 18 août 2025 à Washington. Dans le Bureau ovale, devant quelques dirigeants du « monde libre », Donald Trump a affirmé avoir « mis fin à six guerres », évoquant notamment le conflit entre le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC) sous la couverture du M23. Il a salué la signature d’un accord qu’il présente comme la conclusion d’un conflit vieux de 30 ans, ayant causé six millions de morts, et qu’« aucun autre président n’aurait pu réaliser » .
Un bilan contesté dès les fondations
Il y a un hic. Le vérificateur factuel, PolitiFact, juge ces affirmations « majoritairement fausses » : plusieurs conflits dont il se réclame restent non résolus, ou les accords obtenus sont fragiles et temporaires. Parmi les six prétendues victoires, figurent RDC-Rwanda, Inde-Pakistan, Israël-Iran, et autres, mais peu ont abouti à une paix tangible ou durable.
La diplomatie « trumpienne » en RDC : un coup d’éclat à confirmer ?
Sous la médiation américaine, un accord a bien été signé entre la RDC et le Rwanda à Washington fin juin, suivi d’une déclaration de principes entre Kinshasa et le M23 à Doha, le 19 juillet, engageant un cessez-le-feu permanent et la restauration de l’autorité de l’État .
L’ONU, via la MONUSCO, a salué ce texte comme une avancée vers une paix véritable, et le Secrétaire général l’a qualifié de « chemin vers une paix durable, la sécurité et le retour des déplacés ». De même, l’Union africaine et d’autres acteurs internationaux ont applaudi la dynamique enclenchée .
Mais, dès les premières heures, les doutes étaient vifs. Kinshasa et l’AFC/M23 se sont mutuellement accusés de violations, alors que les combats ont repris dans le Sud-Kivu, remettant en cause la stabilité du cessez-le-feu. Le 18 août, dernier délai pour boucler un accord final, a été manqué, laissant planer l’échec total.
Un modèle à enjeux géopolitiques et économiques
Le modèle de diplomatie mixant retombées géopolitiques et accès aux ressources — le nerf de la paix version Trump — suscite autant de critiques que d’encouragements. L’accord de Washington inclut des promesses de soutien diplomatique aux États-Unis en échange d’un accès aux minerais stratégiques de la RDC (cobalt, lithium, manganèse…). Certains experts dénoncent une logique néocoloniale et s’interrogent sur la durabilité si la gouvernance locale reste fragile.
Le secrétaire d’État américain, Massad Boulos, et des diplomates africains (notamment du Togo) sont impliqués dans la médiation. Mais les analystes rappellent que les forces profondes conflictuelles – institutions faibles, réseaux d’armés irréguliers (dont le FDLR), ingérence régionale – restent intactes et fragiles .
Paix durable ou effet d’annonce ?
Malgré les engagements, l’absence de véritables mécanismes de surveillance et de sanctions pour non-respect, la reprise des combats et l’expansion de violences (notamment de l’ADF) montrent que la paix est encore loin d’être consolidée.
La méthode Trump — grande scène diplomatique, médiation américaine et promesse de retombées économiques — a opéré un coup d’éclat. Elle a permis de formaliser un début de cessez-le-feu et d’attirer l’attention internationale sur une crise longtemps ignorée.
Cependant, comme l’analysent de nombreux experts, sans accompagnement solide, suivi impartial, volonté politique locale et mécanismes de mise en œuvre robustes, tout reste en suspens. Cette paix « à la Trump » est pour l’heure un accord de papier, dont la tenue dépend plus de la réalité sur le terrain et la volonté de tous les acteurs que de l’habillage diplomatique.
Le vrai test sera dans les mois à venir : garder la trêve, restaurer l’autorité de l’État, assurer la sécurité des populations, démanteler les milices et impliquer la société civile. Sans cela, la paix restera une promesse fragile – et l’histoire jugera si c’était de la diplomatie ou du théâtre.
Odon Bakumba