« Je considère la France comme incompétente pour me juger » : Roger Lumbala refuse de comparaître et se retire de la salle d’audience
Roger Lumbala, ancien chef de guerre, à Kampala (Ouganda), le 6 février 2013. ISAAC KASAMANI / AFP
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L’ouverture du procès de Roger Lumbala a été marquée, mercredi 12 novembre, par une scène inhabituelle. L’ancien chef rebelle congolais, poursuivi pour complicité de crimes contre l’humanité commis entre 1998 et 2003 dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), a catégoriquement rejeté la compétence de la justice française et annoncé son refus de participer aux audiences, rapporte RFI.
« Je considère la France comme incompétente pour me juger. Je considère la procédure inéquitable. Je récuse mes avocats », a-t-il déclaré depuis le box des accusés, avant d’ajouter : « Je refuse d’être représenté par un autre avocat. Je refuse de comparaître et je demande à être retiré de la salle d’audience. »
« Vous n’avez jamais été au Congo »
Face à cette position ferme, le président de la Cour d’assises a commis d’office Me Hugues Vigier, déjà membre du collectif de défense. Mais l’avocat a refusé d’assurer la représentation, invoquant un « motif d’empêchement » et estimant ne pas pouvoir défendre un homme contre sa volonté.
Toujours plus virulent, Roger Lumbala a dénoncé une justice partiale : « La Cour est composée de Français, les membres du jury, les avocats généraux, les greffiers. Vous n’avez jamais été au Congo, vous n’avez pas mené d’enquête en RDC. Vous me jugez de quoi ? Faites la justice comme vous le souhaitez, mais je ne veux pas participer à cette parodie de justice. »
Pour Me Tshibangu Kalala, proche de la défense, cette attitude s’inscrit dans une stratégie juridique assumée : « Nous contestons la légitimité de la France à juger Roger Lumbala. La récusation des avocats fait partie de cette démarche. »
Son confrère Me Zeller abonde dans le même sens, dénonçant une « justice néocoloniale qui bafoue la souveraineté de la RDC ». Selon lui, « il y avait beaucoup à dire pour la défense », mais la décision de Lumbala, bien que regrettable, reste « parfaitement compréhensible ».
Une question de compétence au cœur du procès
La Cour d’assises doit désormais trancher sur la question cruciale de sa compétence à juger un ressortissant étranger pour des crimes commis hors du territoire français. Cette procédure repose sur le principe de la « compétence universelle », permettant à la justice française de poursuivre des auteurs présumés de crimes contre l’humanité, quel que soit le lieu où les faits ont été commis.
« Il n’a jamais été démontré que la RDC avait la volonté politique de juger Roger Lumbala pour les crimes qui lui sont reprochés. Il est donc nécessaire que justice soit rendue, même en dehors de son territoire », avance Me Clémence Bectarte, avocate de la Fondation Clooney pour la justice, de Justice Plus et de plusieurs parties civiles.
Roger Lumbala a confirmé qu’il ne se présentera plus aux prochaines audiences. La séance, suspendue à la suite de son départ, reprendra ce jeudi 13 novembre au Palais de justice de Paris, avec pour enjeu principal la décision de la Cour sur sa propre légitimité à poursuivre le dossier.
Odon Bakumba
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