Politique Julien Paluku accuse Kigali de manipuler les FDLR pour justifier son ingérence en RDC
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Julien Paluku accuse Kigali de manipuler les FDLR pour justifier son ingérence en RDC

Le ministre de commerce extérieur, Julien Paluku. PHOTO DROITS TIERS.
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 2 JUILLET 2025 - 09:37 WAT · 3 min de lecture

La polémique autour du rôle du Rwanda dans la déstabilisation persistante de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) prend un nouveau tournant. Ce mercredi 2 juillet 2025, Julien Paluku Kahongya, ministre congolais du Commerce extérieur et ancien gouverneur du Nord-Kivu, a réagi vivement aux propos récents de Vincent Karega, ex-ambassadeur rwandais en RDC, sur la question des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

Dans une série de publications sur X (anciennement Twitter), Julien Paluku a rappelé, non sans ironie, les contradictions du discours officiel rwandais. « En 2022, vous affirmiez que 12 000 FDLR avaient été rapatriés et réintégrés depuis 2001 », a-t-il écrit à l’adresse de Karega, mettant en lumière ce qu’il perçoit comme une instrumentalisation récurrente de la menace FDLR par Kigali pour justifier ses incursions militaires sur le sol congolais.

Fort de ses douze années à la tête de la province du Nord-Kivu, Julien Paluku affirme que les FDLR, loin de constituer une menace active pour le Rwanda, ont surtout semé la terreur parmi les populations congolaises : pillages, incendies, viols. Il rappelle que plusieurs opérations militaires, dont UMOJA WETU en 2009, ont été menées pour les neutraliser, parfois même en collaboration avec l’armée rwandaise.

Mais pour le ministre congolais, Kigali ne cherche pas à éradiquer les FDLR. Au contraire, il accuse le régime rwandais d’avoir cyniquement « recyclé » certains combattants pour raviver artificiellement la menace et maintenir un prétexte d’intervention. Une stratégie que Paluku affirme corroborée par les Nations Unies, grâce notamment aux données biométriques collectées par la MONUSCO et le HCR.

« Sans les FDLR, le Rwanda ne peut ni exister politiquement, ni économiquement, ni diplomatiquement dans la région », déclare-t-il.

Julien Paluku va plus loin en accusant le Rwanda de tribaliser délibérément les conflits dans la région des Grands Lacs. Selon lui, le génocide de 1994 au Rwanda a été le produit d’une manipulation identitaire profonde — une logique de division qui, dit-il, a été exportée en RDC. Il dénonce ce qu’il qualifie de « violence importée » qui n’existait pas avant les années 1990 dans l’Est du Congo.

Dans une interpellation directe à Vincent Karega, Julien Paluku adopte un ton à la fois acerbe et personnel : « Le Congo t’a tout donné pour que tu puisses parler correctement. Tu devrais te taire face au malheur des Congolais. »

Il l’invite à reconnaître la générosité du peuple congolais plutôt que de nourrir les récits de justification de l’agression. Ce message s’inscrit dans un contexte tendu, marqué par la résurgence du M23 — soutenu, selon Kinshasa, par Kigali — et une guerre médiatique où chaque partie tente de s’imposer comme victime ou résistant.

Face aux accusations de Karega, qui reproche à Paluku d’avoir laissé les FDLR contrôler des zones stratégiques entre Rutshuru et le parc des Virunga, l’ancien gouverneur se défend en réaffirmant que la neutralisation des groupes armés a toujours été une priorité.

Pour Kinshasa, la thèse du recyclage des FDLR vient renforcer un discours désormais bien établi : le Rwanda instrumentalise la sécurité pour poursuivre une stratégie de prédation économique et territoriale à l’Est du Congo. Et à en croire Julien Paluku, cette stratégie ne repose que sur une façade : une menace FDLR maintenue en vie pour mieux justifier l’injustifiable.

C. Timothée ÉZÉCHIEL

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