RDC : pour Kabuya, « Kabila veut jouer le rôle de Savimbi » et défier les États-Unis
Le secrétaire général de l’UDPS, Augustin Kabuya, a comparé dimanche 18 octobre la trajectoire de Joseph Kabila à celle du chef de l’UNITA Jonas Savimbi, et estimé que les États-Unis prendront « toutes les dispositions nécessaires ». C’est sa deuxième déclaration en ce sens en cinq jours, après la prise de tête du FRN par l’ancien président le 12 octobre à Goma.
RDC : pour Kabuya, « Kabila veut jouer le rôle de Savimbi » et défier les États-Unis
AFP
Le secrétaire général de l’UDPS, Augustin Kabuya, a comparé dimanche 18 octobre la trajectoire de Joseph Kabila à celle de Jonas Savimbi, et a estimé que les États-Unis prendront des mesures contre l’ancien président congolais.
« L’histoire risque de se répéter comme en Angola il y a quelques années. Kabila veut jouer le rôle de Savimbi. Il veut défier la communauté internationale, en l’occurrence les États-Unis d’Amérique. Je pense qu’eux aussi vont prendre toutes les dispositions nécessaires, y compris le peuple congolais dans son ensemble représenté par Son Excellence Félix Tshisekedi », a déclaré le responsable du parti présidentiel.
C’est la deuxième fois en cinq jours qu’Augustin Kabuya recourt à cette comparaison. Le 13 octobre, au siège du parti à Kinshasa et en présence de Christophe Mboso, il avait prédit à Joseph Kabila « un sort similaire » à celui du chef de l’UNITA en visant « la communauté internationale ». La déclaration de dimanche nomme les États-Unis.
Le contexte : le FRN, annoncé le 12 octobre à Goma
Les deux sorties suivent l’annonce faite le lundi 12 octobre à Goma, où Joseph Kabila a pris la tête du Front pour la refondation de la nation, mouvement politico-militaire qui succède à l’AFC-M23, selon Radio Okapi. Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa en sont vice-présidents.
Depuis cette annonce, plusieurs formations de la majorité se sont exprimées. Le parti de Christophe Lutundula a réclamé des sanctions contre l’ancien président. Deux eurodéputés belges en demandent également. Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, s’est exprimé sur le FRN sans employer de comparaison angolaise.
Qui était Jonas Savimbi
Jonas Savimbi a dirigé l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (UNITA) et conduit la lutte armée contre le pouvoir de Luanda pendant plusieurs décennies.
Son mouvement a été soutenu par les États-Unis à partir de 1985, après l’abrogation de l’amendement Clark, sous l’administration Reagan. Human Rights Watch chiffrait cette aide clandestine entre 15 et 30 millions de dollars par an en armes, médicaments et vivres, portée à près de 50 millions sous l’administration Bush en 1989. Ronald Reagan a reçu Jonas Savimbi à la Maison-Blanche le 30 janvier 1986 puis le 30 juin 1988, selon les archives de la présidence américaine.
Les 29 et 30 septembre 1992, l’Angola organise ses premières élections générales. José Eduardo dos Santos obtient 49,57 % et Jonas Savimbi 40,07 %, selon la fiche officielle de la mission des Nations unies en Angola. Aucun candidat n’atteint la majorité requise, un second tour est prévu, l’UNITA conteste les résultats et la guerre reprend fin octobre. Les États-Unis reconnaissent le gouvernement angolais le 19 mai 1993, sous la présidence de Bill Clinton.
Le Conseil de sécurité adopte ensuite trois séries de sanctions contre l’UNITA : la résolution 864 du 15 septembre 1993, embargo sur les armes et le pétrole ; la 1127 du 28 août 1997, interdiction de voyage des responsables, fermeture des bureaux et interdiction de vols ; la 1173 du 12 juin 1998, gel des fonds et interdiction d’importer des diamants angolais sans certificat d’origine. Le régime de sanctions est levé par la résolution 1448 du 9 décembre 2002.
Jonas Savimbi a été tué le 22 février 2002 dans la province du Moxico, dans l’est de l’Angola, au cours d’une opération des forces gouvernementales angolaises. Le mémorandum d’entente signé à Luena le 4 avril 2002 met fin à la guerre civile.
Les mesures américaines déjà prises contre Joseph Kabila
Augustin Kabuya estime que les États-Unis « vont prendre toutes les dispositions nécessaires ». Washington a déjà pris une mesure visant nommément l’ancien président.
Le 30 avril 2026, le Trésor américain a désigné Joseph Kabange Kabila au titre du décret présidentiel 13413, tel que modifié par le 13671, pour avoir apporté un soutien financier, matériel ou technologique au M23 et à l’AFC. Le communiqué du Trésor évoque un financement de l’AFC, une incitation de militaires des FARDC à la défection et une tentative d’installer un candidat opposé au président en exercice. Il rappelle les désignations antérieures de Corneille Nangaa, en 2019 puis en juillet 2024, et celle de la Rwanda Defence Force, le 2 mars 2026.
Ces sanctions avaient été saluées à Kinshasa, et l’UDPS avait organisé début mai une marche en leur faveur, selon Radio Okapi.
Précisions
Joseph Kabila a été condamné à mort par contumace le 30 septembre 2025 par la Haute Cour militaire, pour trahison, crimes contre l’humanité, meurtre, agression sexuelle, torture et insurrection. Il n’était ni présent ni représenté à l’audience. Son entourage qualifie cette condamnation d’injuste et politiquement motivée. Son camp n’a pas réagi publiquement à la déclaration de dimanche.
La déclaration circule en attribuant à Augustin Kabuya le titre de président a.i de l’UDPS/Tshisekedi. La dernière mention institutionnelle disponible, chez Radio Okapi le 24 juin 2026, le désigne comme secrétaire général du parti, fonction qu’il occupe depuis le 18 mai 2019. BETO retient ce titre et le mettra à jour si le parti communique un acte.
Odon Bakumba
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