Mines & Ressources La RDC instaure des quotas sur les exportations de son cobalt… le marché mondial bouleversé

La RDC instaure des quotas sur les exportations de son cobalt… le marché mondial bouleversé

La RDC instaure des quotas sur les exportations de son cobalt… le marché mondial bouleversé
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 23 OCTOBRE 2025 - 15:48 WAT · 3 min de lecture

Le basculement prend son essor en février dernier, quand l’administration Tshisekedi a décidé de suspendre les exportations de cobalt. Ce métal stratégique, utilisé dans les batteries électriques et l’aéronautique, est vital pour l’économie mondiale — et la République democratique du Congo (RDC) en fournit près de 75 % de la production mondiale. Cette décision a provoqué un véritable séisme sur le marché international.

Levée le 16 octobre, la mesure d’interdiction a été remplacée par un système de quotas. Désormais, les exportations sont limitées à un peu plus de 18 000 tonnes pour 2025, et à 96 000 tonnes par an pour 2026 et 2027, soit une réduction de moitié par rapport à 2024. L’objectif affiché : stimuler les prix, tombés en début d’année à 21 000 dollars la tonne, leur plus bas niveau depuis dix ans.

Le pari semble réussi. Le cobalt s’échange actuellement autour de 44 000 dollars la tonne, et certains analystes anticipent une nouvelle flambée. « Je m’attends à ce que les prix atteignent un pic à la fin de l’année ou au début de l’année prochaine », prédit chez RFI Thomas Matthews, analyste chez CRU, pour qui cette politique « soutiendra les prix au moins jusqu’en 2027 ».

Mais si Kinshasa célèbre une victoire économique, les opérateurs miniers expriment leurs inquiétudes. « On est à la limite du tolérable », a déclaré chez la même source le directeur commercial de CMOC, géant chinois de l’extraction, craignant que des prix durablement élevés ne poussent les industriels à accélérer la substitution du cobalt dans les batteries.

La Chine, principal acheteur du cobalt congolais, met ainsi en garde contre les effets pervers de la mesure. Un avertissement nuancé par Raphaël Danino-Perraud, chercheur associé à l’IFRI : « Il y a quatre ans, les prix étaient plus hauts, et ils ne disaient pas que c’était inacceptable. » Selon lui, la transition technologique vers des batteries moins dépendantes du cobalt était déjà amorcée, et la politique congolaise ne devrait pas l’enrayer.

Un autre défi se profile : celui de la contrebande. Des quotas stricts et des prix élevés pourraient encourager un commerce parallèle, reconnaît Danino-Perraud, qui plaide pour « le développement de la transformation locale » afin de formaliser davantage le secteur.

Face à ces risques, l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales et stratégiques (ARECOMS) se veut ferme. Elle menace d’exclure du système de quotas toute entreprise ne respectant pas la législation en vigueur.

Pour Kinshasa, la mesure s’inscrit dans une stratégie de souveraineté minière visant à mieux maîtriser la chaîne de valeur du cobalt. Reste à savoir si cette politique audacieuse consolidera la position du pays sur le marché mondial — ou si elle précipitera une réorganisation dont la RDC pourrait, paradoxalement, sortir affaiblie.

Odon Bakumba

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