Arabie saoudite : des alliés fragilisés, des défenses sous pression et une stratégie qui vacille
La reprise des combats au Yémen et les attaques visant des infrastructures stratégiques saoudiennes mettent en lumière les difficultés militaires auxquelles Riyad serait confronté face aux rebelles houthis. Malgré ses investissements considérables dans la défense et son soutien à plusieurs formations armées régionales, le royaume peine, selon plusieurs analystes, à obtenir les résultats militaires escomptés. Entre les revers de ses alliés sur le terrain, les limites de ses systèmes de défense aérienne et les réticences de certains partenaires à s’engager dans le conflit, la stratégie saoudienne suscite de nouvelles interrogations.
Arabie saoudite : des alliés fragilisés, des défenses sous pression et une stratégie qui vacille
AFP
Depuis le 6 octobre 2026, selon les informations rapportées, les affrontements se seraient intensifiés entre les forces du gouvernement yéménite internationalement reconnu, soutenues par l’Arabie saoudite, et les combattants houthis, appuyés par l’Iran.
Cette nouvelle phase de tensions s’accompagnerait d’attaques contre des infrastructures stratégiques du royaume, notamment des installations aéroportuaires et énergétiques. Elle soulève également des questions sur l’efficacité des alliances militaires constituées par Riyad et sur la capacité de ses partenaires à contenir les avancées des Houthis.
Pour Majed al-Yafai, militant et analyste politique yéménite établi aux États-Unis, les difficultés rencontrées par les forces soutenues par l’Arabie saoudite ne constituent pas un phénomène nouveau.
Dans une publication sur le réseau social X, il évoque des reculs militaires répétés sur plusieurs fronts, notamment dans les régions d’Al-Jawf et de Marib.
L’analyste met particulièrement en cause certaines formations affiliées au parti Al-Islah, mouvement islamiste yéménite historiquement lié aux Frères musulmans, qu’il accuse d’avoir abandonné des positions stratégiques sans opposer une résistance suffisante aux Houthis.
Selon lui, ces revers interrogent autant les capacités opérationnelles des forces concernées que les choix militaires de leurs soutiens régionaux.
« La responsabilité politique et militaire n’incombe pas uniquement à ces formations : l’Arabie saoudite en porte la plus grande part, puisqu’elle est à l’origine de leur soutien, de ses paris sur elles et de sa supervision de ces formations militaires affiliées aux Frères musulmans », affirme-t-il.
Majed al-Yafai reproche notamment à Riyad d’avoir continué à soutenir des responsables militaires dont les résultats sur le terrain seraient insuffisants.
Il estime que les fronts placés sous supervision saoudienne ont connu plusieurs pertes de positions, sans que ces expériences conduisent à une révision suffisamment profonde des choix de commandement.
L’analyste s’interroge également sur les différences de résultats entre les forces soutenues par l’Arabie saoudite et certaines formations appuyées par les Émirats arabes unis, particulièrement dans le sud du Yémen.
Cette comparaison reflète les rivalités politiques et militaires qui traversent le camp opposé aux Houthis. Les différentes forces officiellement hostiles à la rébellion ne poursuivent pas nécessairement les mêmes objectifs, notamment sur la question de l’avenir institutionnel du sud du pays, où plusieurs mouvements revendiquent une autonomie accrue ou le retour à l’indépendance.
Des investissements militaires considérables face à la menace des drones
Les difficultés évoquées ne se limitent pas aux opérations terrestres au Yémen.
Depuis le début de l’intervention militaire saoudienne dans ce pays, en 2015, les Houthis ont démontré leur capacité à mener des attaques de drones et de missiles contre des installations situées à l’intérieur du territoire saoudien.
Les infrastructures pétrolières, les aéroports et d’autres installations stratégiques ont figuré parmi les cibles de ces opérations.
Ces attaques ont régulièrement alimenté le débat sur l’efficacité des systèmes de défense aérienne du royaume, malgré les moyens financiers considérables consacrés à son équipement militaire.
Dans une analyse consacrée à cette question, CNN a notamment souligné le contraste entre les dépenses militaires saoudiennes et les difficultés rencontrées pour protéger certaines infrastructures vitales contre des projectiles lancés depuis le Yémen.
L’Arabie saoudite dispose pourtant d’équipements militaires sophistiqués acquis principalement auprès des États-Unis et de plusieurs pays européens, notamment des avions de combat et des systèmes de défense antiaérienne.
D’après les données de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) citées dans les éléments disponibles, les dépenses militaires saoudiennes auraient atteint 83 milliards de dollars sur l’année de référence.
Ces investissements témoignent de l’importance accordée par Riyad à la modernisation de ses capacités militaires. Ils ne garantissent cependant pas une protection absolue contre les attaques de drones et de missiles, particulièrement lorsque les menaces sont multiples et difficiles à intercepter.
La capacité des Houthis à recourir à des moyens d’attaque relativement peu coûteux pose ainsi un défi opérationnel et financier aux dispositifs de défense conventionnels.
Des alliances régionales dont l’efficacité est contestée
Au-delà de ses capacités militaires, l’Arabie saoudite s’est appuyée sur des partenariats régionaux pour défendre ses intérêts sécuritaires et renforcer son influence dans les conflits du Moyen-Orient.
Mais, selon les informations rapportées, certaines tentatives visant à mobiliser des partenaires supplémentaires dans la guerre au Yémen n’auraient pas abouti.
Riyad aurait notamment cherché à obtenir l’engagement de combattants issus de formations armées présentes au Soudan, dont la brigade Al-Baraa ben Malik, associée à des mouvances islamistes.
Ces groupes auraient refusé de déployer des hommes contre les Houthis, malgré les relations de soutien que leur prêtent certaines sources.
Des démarches similaires auprès de la Syrie n’auraient pas davantage produit les résultats recherchés.
Ces affirmations concernant les sollicitations saoudiennes et les refus opposés par les groupes concernés restent toutefois à confirmer indépendamment.
Elles mettent néanmoins en évidence une question centrale : dans quelle mesure les alliances politiques et militaires construites par une puissance régionale peuvent-elles être mobilisées lorsque ses intérêts sécuritaires sont directement menacés ?
Les relations entre États et groupes armés reposent souvent sur des intérêts particuliers, qui ne se traduisent pas nécessairement par une disponibilité à intervenir sur d’autres théâtres de guerre.
Le Soudan, autre terrain de rivalités régionales
Les difficultés attribuées à la diplomatie militaire saoudienne s’inscrivent également dans un contexte régional marqué par la guerre au Soudan.
Ce conflit, déclenché en avril 2023 entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR), a progressivement acquis une dimension régionale en raison de la position stratégique du pays, notamment sur la mer Rouge.
Dans une analyse, le journal soudanais Al-Taghyir souligne que la guerre dépasse désormais les rivalités internes pour le pouvoir et s’inscrit dans des enjeux plus larges liés aux voies maritimes, à la Corne de l’Afrique et aux rapports de force régionaux.
Le média s’interroge notamment sur les limites de la médiation saoudienne, après l’échec des discussions de Djeddah à instaurer un cessez-le-feu durable.
Il évoque également des interrogations sur l’influence exercée par Riyad auprès de l’armée soudanaise et sur les conséquences de ses relations avec les différentes parties au conflit.
Ces analyses traduisent les difficultés rencontrées par les acteurs régionaux pour concilier leurs ambitions diplomatiques, leurs partenariats sécuritaires et la recherche d’une stabilisation durable.
Une stratégie confrontée à plusieurs défis
La situation au Yémen met en évidence trois défis majeurs pour l’Arabie saoudite : la capacité opérationnelle de ses alliés locaux, l’adaptation de ses défenses aux attaques de drones et de missiles, ainsi que la fiabilité des partenariats régionaux en période de crise.
Les critiques formulées par Majed al-Yafai soulignent particulièrement les limites d’une stratégie reposant sur des formations armées dont les objectifs politiques, les structures de commandement et les performances militaires peuvent diverger.
Sur le plan défensif, les attaques menées par les Houthis montrent que la supériorité technologique et financière ne suffit pas toujours à neutraliser des menaces asymétriques.
Quant aux alliances régionales, leur efficacité dépend de la convergence des intérêts entre partenaires, au-delà du soutien financier ou militaire apporté au fil des années.
La question dépasse ainsi celle des seuls revers militaires. Elle concerne la capacité de Riyad à adapter sa stratégie aux transformations du conflit yéménite et aux rivalités qui traversent la région.
Pour l’Arabie saoudite, l’enjeu reste de protéger son territoire tout en recherchant une issue politique à un conflit dont les conséquences sécuritaires et humanitaires continuent de peser sur l’ensemble de la péninsule Arabique.
Rédaction
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