Football « Déception ya Leopards eleki déception ya mobali » : comment le Congo entier se prépare à une nuit de stress face à l’Ouzbékistan

« Déception ya Leopards eleki déception ya mobali » : comment le Congo entier se prépare à une nuit de stress face à l’Ouzbékistan

À quelques heures de RDC-Ouzbékistan, match couperet du Mondial 2026, le Congo oscille entre l'euphorie du nul arraché au Portugal et l'angoisse laissée par la Colombie. Portrait d'un peuple qui aime sa sélection au point d'en souffrir.

La Rédaction
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27 juin 2026 à 15h41
« Déception ya Leopards eleki déception ya mobali » : comment le Congo entier se prépare à une nuit de stress face à l’Ouzbékistan

À Kinshasa, la phrase circule de bouche en bouche depuis quelques jours, moitié rire, moitié aveu. « Déception ya Leopards eleki déception ya mobali. » Une déception des Léopards dépasse un chagrin amoureux. On la lance pour conjurer la peur. On la répète parce qu’elle est vraie.

Ce samedi, dans la nuit du 27 au 28 juin, les Léopards de la République démocratique du Congo affrontent l’Ouzbékistan à Atlanta. Dernière journée du groupe K. Dernière chance. Il faut gagner, et il faut espérer que l’autre match du groupe tourne du bon côté. Entre les deux, des millions de Congolais vont veiller, à Matete comme à Lubumbashi, à Goma comme à Bruxelles, l’œil sur l’écran et le ventre noué.

Tout avait pourtant commencé par une fête. Le 17 juin, à Houston, la RDC tenait tête au Portugal de Cristiano Ronaldo. Un partout. João Neves avait frappé de la tête après cinq minutes ; juste avant la pause, Yoane Wissa avait répondu, de la tête lui aussi, pour inscrire le tout premier but de l’histoire congolaise en Coupe du monde. Cinquante-deux ans après le Zaïre de 1974. Ce soir-là, le pays a cru qu’il avait rendez-vous avec quelque chose de grand.

Et puis la Colombie est passée par là.

Le 24 juin, au stade Akron de Guadalajara, les Léopards ont tenu, tenu, tenu encore. Comme contre le Portugal. Jusqu’à la 76ᵉ minute et un but de Daniel Muñoz qui a tout emporté. Zéro à un. La Colombie au tour suivant, la RDC au bord du précipice. L’euphorie de Houston a laissé la place à autre chose : le doute, et cette vieille angoisse que le supporter congolais connaît par cœur.

C’est là que la formule kinoise prend tout son sens. On n’aime pas les Léopards comme on suit une équipe. On les aime comme on aime quelqu’un. Avec excès, avec déraison, avec cette certitude que le bonheur est pour bientôt et cette terreur qu’il s’échappe encore. Le chagrin d’amour finit par passer. La déception d’un soir de match, elle, se partage à l’échelle d’une nation, dans les taxis, sur les terrasses, dans les groupes WhatsApp qui s’éteignent d’un coup quand le ballon ne rentre pas.

Dans le vestiaire, on connaît cette ferveur, et on connaît son revers. « On a une très grosse motivation pour aller arracher cette qualification et continuer notre route », a lancé le sélectionneur Sébastien Desabre vendredi, à la veille du match. Son capitaine Cédric Bakambu, lui, a posé les mots crus de l’équation : « Il faudra faire plus pour obtenir la victoire, parce qu’on sait qu’un nul ne suffira pas. » Pas de calcul possible, pas de filet. Gagner, ou rentrer.

Le pouvoir, qui sait ce que la sélection pèse dans le cœur des gens, s’en est mêlé. Félix Tshisekedi a adressé un message aux joueurs : « jouez avec cette fierté qui a toujours fait la force de notre pays dans les grands moments. » La fierté. Le mot revient toujours, dans un pays où le maillot rouge reste l’un des rares drapeaux que tout le monde brandit en même temps, sans condition ni arrière-pensée.

Il faut avoir vu une rue de Kinshasa un soir de Léopards pour comprendre. Le pays s’arrête. Les klaxons attendent leur heure. Et selon que le ballon rentre ou pas, la même rue explose de joie ou se vide en silence. Ce soir, le Congo va aimer son équipe de toutes ses forces, en sachant le risque. Parce que c’est ainsi qu’il l’aime.

Une déception des Léopards dépasse un chagrin amoureux. Reste à savoir si, cette fois, Atlanta rendra l’amour.

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