Liberté de la presse en RDC : les faits contredisent la déclaration de Bosembe
Christian Bosembe, président du CSAC, lors de la 32e Journée mondiale de la liberté de la presse à Kinshasa
AFP
Lors de la 32e Journée mondiale de la liberté de la presse à Kinshasa, Christian Bosembe, président du CSAC, a déclaré qu’« aucun journaliste n’a été tué, arrêté ou torturé » sous le mandat de Félix Tshisekedi. Une affirmation contredite par les faits.
Une déclaration officielle contestée
Le 5 mai 2025, à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, Christian Bosembe, président du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), a affirmé qu’« aucun journaliste n’a été tué, arrêté ou torturé à cause de ses opinions » sous le mandat du président Félix Tshisekedi. Prononcée en présence du chef de l’État, cette déclaration a suscité une vive polémique au sein de la profession journalistique et sur les réseaux sociaux.
Des journalistes tués durant les deux mandats
Contrairement à cette affirmation, plusieurs cas documentés contredisent les propos du président du CSAC. D’après les rapports de l’ONG Journaliste en danger (JED), au moins cinq journalistes ont été tués entre 2019 et 2023, notamment dans les provinces de l’Est, en proie à l’insécurité :
Héritier Magayane (RTNC/Rutshuru), assassiné en août 2021 ;
Barthélemy Kubanabandu Changamuka, tué à Kitshanga en mai 2021 ;
Joël Mumbere Musavuli, poignardé à Biakato en août 2021 ;
Bwira Bwalite, enlevé en juin 2020, porté disparu depuis.
Plus récemment, Edmond Bahati, journaliste basé à Goma, a été assassiné en septembre 2024 dans des circonstances encore floues.
Des arrestations bel et bien enregistrées
Sous le second mandat, entamé en janvier 2024, plusieurs cas d’arrestations ont été signalés :
Stanis Bujakera, correspondant pour Jeune Afrique, a été détenu plus de six mois sans jugement clair, en lien avec un article critique sur les services de renseignement ;
Dieu-Merci Betima, interpellé en mars 2025 à Isiro pour un article jugé offensant par les autorités locales ;
Ally Clovis Kaseba, brièvement détenu en février 2025 à Lomami.
Des raisons d’arrestation sujettes à interprétation
Christian Bosembe a précisé que les journalistes n’étaient pas arrêtés « pour leurs opinions », mais cette distinction est discutable. Dans les faits, de nombreuses arrestations ou poursuites visaient des professionnels de l’information pour la diffusion d’enquêtes ou d’articles jugés critiques par les autorités, brouillant la ligne entre opinion, information et délit de presse.
Un régulateur critiqué pour son manque d’indépendance
Le CSAC fait lui-même l’objet de critiques. Une étude de l’institut Ebuteli, publiée en 2024, dénonce un régulateur « partisan », pointant un processus de désignation opaque et une proximité du bureau actuel avec le pouvoir exécutif. Ce rapport accuse l’institution de jouer un rôle plus répressif que protecteur à l’égard des journalistes.
Conclusion : une déclaration infirmée par les faits
L’analyse des faits contredit clairement la déclaration de Christian Bosembe. Sous les mandats de Félix Tshisekedi, des journalistes ont été tués, arrêtés, intimidés ou empêchés d’exercer librement leur métier. Cette situation reflète une réalité préoccupante pour la liberté de la presse en RDC, loin du tableau rassurant dressé lors des célébrations officielles.
Gilbert N.
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