Il y a 52 ans, le pays s'appelait encore le Zaïre. Ce mardi à Houston, la RD Congo a retrouvé la Coupe du monde — et elle ne l'a pas fait en figurante. Tenue en échec 1-1 par le Portugal de Cristiano Ronaldo, elle quitte la pelouse du NRG Stadium la tête haute, avec un point précieux et le sentiment, partagé de Houston à Kinshasa, d'avoir vécu quelque chose de grand.
Le match avait pourtant mal commencé. Dès la 6e minute, sur un centre de Pedro Neto, João Neves s'élevait pour ouvrir le score de la tête. Cueillis à froid, trop repliés, les Léopards ont mis un quart d'heure à relever la tête. Mais jamais ils n'ont été dominés : l'occasion de Bakambu en supériorité, la frappe de Kayembe à la 32e, et surtout le tacle monumental de Wan-Bissaka devant Mendes ont rappelé que cette Selecao, brouillonne, était à portée. Juste avant la pause, la récompense est tombée : sur un centre d'Arthur Masuaku, Yoane Wissa s'est suspendu tel Cristiano Ronaldo pour égaliser de la tête (45'+5). Le buzzer parfait.
La seconde période a basculé du côté congolais. Plus tranchants, plus audacieux, les Léopards ont fait douter le Portugal : un but de Bakambu refusé pour hors-jeu sur un une-deux avec Mukau, un poteau de ce même Bakambu à bout portant, pendant que la Selecao se contentait d'un retourné de Cancelo, lui aussi annulé. Dans le money-time, le Portugal a poussé — un centre dangereux de Ronaldo — mais s'est heurté à un bloc congolais courageux et discipliné.
Le grand paradoxe de la rencontre tient en deux chiffres : 78 % de possession pour le Portugal, mais huit tirs à cinq pour la RD Congo. Tout dit la copie d'une équipe efficace, redoutable en transition. La Selecao, elle, repart frustrée de n'avoir jamais trouvé la faille.
Au-delà du jeu, ce 1-1 a pris une dimension particulière. Dans les tribunes, le président Félix Tshisekedi et la première dame n'ont jamais cessé d'y croire. Et le but de Wissa, dont les racines plongent dans l'Est meurtri par l'agression rwandaise, a fait déborder l'émotion d'un peuple. « Les larmes aux yeux… c'est comme si la nature et les événements nous imposent l'amour de la patrie », résumait un supporter. Pour leur entrée dans le tournoi, les Léopards ont offert bien plus qu'un point.
Homme du match : Yoane Wissa
Le buteur, le symbole, le cœur. Son égalisation de la tête, son activité permanente en pointe et la charge émotionnelle de son histoire en font le choix évident de notre rédaction.
Les notes — RD Congo (5-3-2)
Lionel Mpasi (g.) 6 — battu sur la tête de Neves sans pouvoir faire grand-chose ; peu inquiété ensuite, sûr dans ses sorties.
Aaron Wan-Bissaka 7 — un tacle salvateur qui vaut un but devant Mendes ; impérial dans son couloir.
Chancel Mbemba (cap.) 6,5 — le patron, du sang-froid et du leadership ; un carton (32') pour casser une transition.
Axel Tuanzebe 6,5 — solide dans la défense à trois, rarement pris malgré la domination portugaise.
Steve Kapuadi 6,5 — généreux et concentré, a contribué à museler l'attaque adverse.
Arthur Masuaku 7 — passeur décisif sur l'égalisation ; précieux côté gauche avant sa sortie (74').
Ngalayel Mukau 6 — impliqué dans la meilleure occasion (une-deux avec Bakambu) ; remplacé à la 57'.
Samuel Moutoussamy 6 — du volume et de l'abnégation pour contenir la possession portugaise.
Edo Kayembe 6,5 — une belle frappe (32') après avoir éliminé son vis-à-vis ; sorti à la 74'.
Cédric Bakambu 7,5 — énorme : un poteau à bout portant, des occasions, un pressing de tous les instants (sorti à 85').
Yoane Wissa 8 — l'égalisation de la tête façon Ronaldo et un danger permanent. Homme du match.
Entrés en jeu. Noah Sadiki (57') 6 — a densifié l'entrejeu. Charles Pickel (74') — de l'énergie au milieu. Joris Kayembe (74') — a verrouillé le côté gauche. Simon Banza (85') — du sang neuf devant pour tenir le nul.
Côté portugais
João Neves 6,5 — buteur, puis effacé. Pedro Neto 6 — passeur, remuant. Cancelo 6 — un retourné refusé. Bruno Fernandes 5,5 — sans éclair. Ronaldo 5,5 — muselé, un centre dangereux en fin de match. Bernardo Silva 5,5 — discret, averti, sorti à la pause. Collectif 5 — 78 % de possession pour rien.