«Quel que soit la position de Kabila, le dialogue national et républicain, reste la seule arme contre l’entreprise de déstabilisation de la RDC» (Hugo Zala)
Le dialogue national annoncé par le Président Tshisekedi est d’une portée hautement stratégique et nombreux acteurs n’en ont peut-être pas conscience. Voici les faits.
«Quel que soit la position de Kabila, le dialogue national et républicain, reste la seule arme contre l’entreprise de déstabilisation de la RDC» (Hugo Zala)
AFP
En 2012 lorsque le M23 a pris les armes contre la République à l’époque dirigée par l’ancien Président Joseph Kabila, avec la prise de Goma, tout en rappelant que la ville de Goma n’était pas repris par la force des armes, il faut souligner qu’il y a eu trois initiatives politiques pour résoudre cette crise, il y avait le dialogue de Kampala entre le Gouvernement et le M23 (processus finalisé avec les déclarations de Nairobi de décembre 2013), il y avait une convergence d’initiatives africaines qui ont conduit à l’accord cadre d’Addis-Abeba en 2013, et les Concertations nationales à Kinshasa organisées sous l’égide des institutions de la République, avec le Présidium Kengo-Minaku (deux acteurs encore en vie).
Le dialogue avec le M23 a permis de vider la substance politique de la crise, l’accord cadre d’Addis-Abeba a permis de geler le différend entre le RDC et le Rwanda avec la participation de tous les autres Etats de la région et la communauté internationale. Et les concertations nationales ont servi à la consolidation interne. Une entreprise de déstabilisation de la RDC ne peut pas accepter que les Congolais se réunissent entre eux pour consolider leurs efforts et initiatives.
Aujourd’hui le Président Tshisekedi est piégé par les complices de cette déstabilisation, présents à trois niveaux à savoir ; dans une partie de la société civile, certains membres de l’Union sacrée, et des acteurs politiques partageant les mêmes aspirations de déstabilisation que le Rwanda.
Au sein de la société civile, avec un ton ferme, le son de cloche ira dans le sens de dire et prouver que les Congolais ne peuvent pas se réunir sans l’AFC/M23, sans les acteurs qui remettent en cause les institutions de la République en réduisant le Chef de l’Etat comme parti au problème. Ces derniers ont l’avantage de paraître neutres aux yeux de l’opinion publique source de leur notoriété.
Au sein de l’Union sacrée, le piège est multiforme, d’une part, il faut relayer avec un ton moins ferme et plus amical, la position de la société civile d’une part, et d’autre part, il faut imposer dans le schéma du dialogue, l’initiative de la loi sur le référendum, de manière à empoisonner le processus au cas où ce dialogue aurait lieu. Plus loin, d’autres options consistent à transposer les motivations de ce dialogue au contexte de 2015-2016, ou celui du dialogue de Sun city, et d’en faire un terrain de lutte pour la survie politique. Ces derniers ont l’avantage de chuchoter directement à l’oreille du Président Tshisekedi, malheureusement avec des agendas qui se révèleront défavorable aux institutions.
Du côté de la classe politique en dehors de l’Union sacrée, là également, une stratégie mixte qui consiste à défendre des thèses du genre ; Tshisekedi tu es partipartie au problème, tout le monde doit prendre part au dialogue y compris l’AFC/M23, et cela doit se tenir à l’extérieur avec un médiateur neutre (modèle de Sun city), le dialogue doit se tenir sous l’égide de la CENCO-ECC (modèle de 2016), et pour compléter l’architecture de confusion, il y a l’AFC/M23 qui déclare se contenter du processus de Doha.
L’objectif non avoué est le suivant : « Un processus de dialogue interne tenu et réussi entre les institutions et les acteurs internes, renforcera l’unité autour des objectifs de mettre fin à la crise, et donnera un plus dans la crédibilité des institutions ». Et c’est justement ce que le plan de déstabilisation vise à empêcher.
Si leur projet de déstabilisation atteint son objectif, il y a trois hypothèses ; (1) le dialogue va se tenir comme annoncé par le Président Tshisekedi, mais l’Union sacrée va décrédibiliser ce dialogue en imposant son agenda, et le dialogue consistera plus en une réunion de l’Union sacrée. (2) va se tenir à partir du deuxième trimestre de l’année 2027, et va plus ressembler à celui de 2015 de la cité de l’Union africaine, avec comme enjeu la légitimation de la crise préélectorale. (3) le dialogue va se tenir à l’approche des élections de 2028, et le Président Tshisekedi va subir la pression du délai constitutionnel de la fin de son mandat, et se verra obliger de céder à certaines exigences car il sera faible sur le terrain de la légitimité, et une partie de ses fidèles alliés feront bloc pour opposer une intransigeance, et la situation du pays risquera de frôler 1997 ou 1998, avec risque d’une transition.
Dans toute cette description, la position de Joseph Kabila ne semble pas très patriotique au regard de la chronologie des faits, s’il faut partir de 2006 (avec bien sûr la possibilité de commencé bien avant) ;
Entre 2006-2009 il prend le pouvoir par des élections (certes contesté par Jean-PièrrePierre Bemba, mais élections tout de même). Juste après, c’est la guerre avec le CNDP dont les membres ont avec lui un passé en commun (Ils sont comme lui issu des entrailles de l’AFDL). Et le Rwanda, parrain de l’AFDL, va également parrainer la désescalade, entre le CNDP et Joseph Kabila (revêtu de la légitimité), opération Umoja Wetu prise comme preuve.
Entre 2012-2013, il y aura encore une crise avec le M23, cette fois encore, les acteurs sont les mêmes ou presque, certains étant mis hors-jeu pour différentes raisons. Cette fois-ci la communauté internationale va s’impliquer, et on va constater une accalmie relativement longue, aux allures d’une fraternité retrouvée. Preuve, en 2016 le régime de Joseph Kabila va recruter les éléments du M23 pour réprimer les manifestations contre lui vers la fin de son mandat.
Lorsqu’on tient compte de ces faits, il est difficile de réfuter la collaboration entre Joseph Kabila et le M23, et on va constater encore qu’un rapprochement entre le M23 et Félix Tshisekdi n’aurait pas abouti entre 2019 et 2020, ce dernier ayant refusé de le rencontrer quand bien même que l’ancien ministre de l’Intérieur Kankonde aurait joué l’intermédiaire. Et bizarrement, le M23 va reprendre les armes exactement en novembre 2021, après la rupture de collaboration entre Félix-Tshisekedi et Joseph Kabila. Déjà cette chronologie rend politiquement difficile toute thèse tendant à nier la collaboration entre Joseph Kabila et le M23. Quand il faut ajouter à cela la déclaration selon laquelle le M23 ne doit pas être regardé comme un groupe sans revendications légitimes. Donc pour l’ancien Président, les revendications du M23 seraient légitimes.
Pour rappel, lorsque le M23 reprend les armes en 2021, ses revendications portaient essentiellement sur 3 points à savoir :
- Discrimination et violences contre les Tutsis congolais ;
- Présence et soutien de Kinshasa aux FDLR ;
- Non-respect de l’accord du 23 mars 2009 ;
Il appartient donc à chaque congolais d’expliquer à sa propre conscience, laquelle de ces 3 revendications justifierait le fait de prendre les armes contre son propre pays. Mais dans l’éventualité où aucune de ces revendications justifierait de prendre les armes contre la patrie, pour quelle raison faut-il s’allier à un mouvement qui sans justification a pris les armes contre son propre pays ?
Ces questions sont fondamentales pour comprendre les acteurs en présence, leurs motivations profondes et leur vision de l’avenir. Pour cela, revenons sur les trois revendications du M23.
- Discrimination et violences contre les Tutsis congolais ;
Quels sont les actes posés par l’Etat, lesquels actes démontreraient une discrimination et violences contre les Tutsis congolais ? en dehors des Banyamulenges, qui sont les Tutsis congolais ?
En novembre 2022, les représentants de la communauté tutsie, après leur entretien avec le Président Tshisekedi à la cité de l’Union africaine, ont condamné ceux qui, parmi eux, ont pris les armes contre la patrie. Ils ont dénoncé l’amalgame qui est fait entre tutsi congolais et les terroristes du M23, affirmant que les tutsi congolais sont comme tous les autres Congolais, fidèles à leur pays et ils rejettent la manipulation du Rwanda qui impose cette guerre injuste à la RDC.
Alexis Gisaro, Azarias Ruberwa et Moise Nyarugabo entre autres personnalité présentes, ne diront pas le contraire.
Cette revendication est donc vidée de sa substance.
- Présence et soutien de Kinshasa aux FDLR ;
Fin novembre 2018, les autorités congolaises avait annoncé la fin du rapatriement des combattants rwandais du FDLR cantonnés depuis quatre ans dans des camps en RDC, et la fermeture de tous les camps de transit. La capacité de force de frappe des FDLR et le nombre de combattants restant actifs est incertain, alors que plusieurs dissidences ont éclaté au sein du mouvement.
Kigali accuse toujours les FDLR de mener des attaques sur son territoire, notamment celle qui a frappé le district de Rubavu, le 9 décembre 2018, et d’entretenir des contacts à Kampala. Un discours alimenté par Kinshasa qui, dans une lettre adressée à Leïla Zerrougui en janvier dernier, avait accusé les rebelles du FDLR de « comploter avec d’autres groupes rwandais, dont le parti de l’opposition Rwanda National Congress (RNC) du général Kayumba Nyamwasa, pour déstabiliser le pouvoir de Paul Kagame depuis le territoire congolais ».
Ajoutons encore l’opérations spéciales des FARDC pour éliminer le Chef militaire des FDLR en septembre 2019.
Cette revendication devient difficile si la démarche consiste à s’accrocher sur une collaboration soutenue entre Kinshasa et les FDLR.
- Non-respect de l’accord du 23 mars 2009 ;
Pour cette revendication, il a été convenu dans les déclarations de Nairobi en décembre 2013, que ces questions devraient être gérées dans le cadre d’une démarche politique et non armée. A cet effet, le parti politique Alliance pour la Sauvegarde du Peuple en sigle ASP (issu des rangs de la CNDP/M23) a été créé en 2016 pour mener les revendications politiques et en 2021 ce parti dirigé par Jean-Marie Runiga et Salomon Baravuga, a rejoint l’Union Sacrée de Félix Tshisekedi.
Revendication encore vidée de sa capacité à justifier la reprise des armes en 2021.
Si ces revendications ne résistent pas à l’analyse, concluons donc que les motivations de ce mouvement ne doivent pas être présentées au grand jour car illégitime et anti-patries, et de cette considération, tout complice, allié, partenariat de quelque nature généralement quelconque, ne ferait qu’étendre les accusations de trahison politique à la nation à tout nouvel acteur.
Aujourd’hui, cette entreprise de déstabilisation a trouvé une rhétorique fourre-tout : « Les causes profondes de la crise », une rhétorique reprise peut-être naïvement par nombreux acteurs qui n’en maitrisent pas le contour, notamment ceux de la C64.
Mais dans toute cette situation que nous traversons, l’Union sacrée ne nous facilite pas la tâche par sa rhétorique et sa gestion de la crise qui semblent privilégier la logique selon laquelle la crise actuelle serait une simple guerre contre Félix Tshisekedi et l’Union sacrée. Cette lecture pointe l’attitude d’un groupe qui s’expose au risque de l’urgence de préserver sa position sur l’échiquier politique au niveau national, au point d’envisager la modification des règles du jeu si cela est nécessaire.
Il faut souligner que l’Union sacrée à cumulé plus de 8 milliards USD de budget consacrée à la défense et la sécurité, avec plus d’hommes et plus de logistiques. Pourquoi nous avons perdu Goma et Bukavu (sans ignorer les autres parties du territoires). Quelle est notre politique de défense, qui sont responsables des échecs du peuple congolais ?
La RDC membre de la SADC, cette organisation sous régionale a déployé une force offensive pour soutenir les FARDC sur le front et sur le territoire de la RDC, force essentiellement composée des troupes sudafricaines, comment le Rwanda (qui n’est pas membre de la SADC) a pu obtenir le départ de ces troupes abandonnant l’Etat congolais à son triste sort. Après 18 mois de rupture sur fond de la crise en RDC, la Belgique et le Rwanda ont repris leurs relations diplomatiques en septembre 2026, sans que cette rupture n’ait apporté grand intérêt manifeste pour la RDC. C’est quoi notre stratégie diplomatique ?
A l’Assemblée nationale les députés ont destitué leur Président, Monsieur Vital Kamerhe pour mégestion et incompétence, mais ces mêmes députés ont approuvé un rapport sur la mégestion des fonds destinés à financer notre politique de défense. La seule mégestion constatée et sanctionnée à ce jour est celle de l’ancien Président de l’Assemblée nationale ?
Toutes ces questions parmi tant d’autres, nécessitent un débat démocratique responsable orienté vers la refondation de l’Etat, pour la paix et pour la cohésion nationale. C’est ainsi que la Base Républicaine a salué et soutenu le dialogue annoncé par le Président Tshisekedi.
Ce que le Président Tshisekedi doit faire, c’est de vite organiser le dialogue dans un format institutionnel, et de laisser les participants s’exprimer librement sur les questions d’Etat, étant donné que son pouvoir et sa légitimité n’est pas encore à l’ordre du jour. D’ailleurs nombreux éléments pointent vers le risque de dépassement du délai de 2028 pour l’organisation des élections crédibles même si l’AFC/M23 abandonne les armes. Il faut donc organiser le dialogue, en assurer une participation maximale, l’indépendance et la transparence, et construire un cadre de mise en œuvre crédible.
Et ce dialogue doit permettre de protéger la légitimité du pouvoir et des institutions, poser les bases du processus électoral, renforcer la gouvernance de la crise sécuritaire, renforcer la cohésion nationale, poser les bases d’une justice transitionnelle, et organiser la transition constitutionnelle. Nous devons à tout prix résoudre cette crise sans aucune participation des personnes attachées à l’entreprise de déstabilisation de nos institutions, sans fermer la porte à ceux qui renoncent effectivement à cette posture.
Que cela soit souligner, la politique de haine et de revanche a beaucoup fait reculer notre pays. Certes il y a beaucoup à améliorer, il faut lutter contre l’injustice sociale, améliorer notre gouvernance, et poser les bases du futur. Mais il n’y a pas que du noir dans l’action de l’Union sacrée, la construction et l’amélioration des infrastructures aéroportuaires, la construction des universités pour les citer comme exemple, profitent à la nation aujourd’hui et pour les générations futures. Mais nous devons savoir sanctionner l’intransigeance, les institutions de la République ne doivent pas plier au profit des humeurs. L’ancien Président Joseph Kabila doit prendre cela en compte.
La Base Républicaine est convaincue que la stabilité de l’Etat congolais dans le futur est en partie conditionnée par notre capacité à protéger l’ordre institutionnel d’aujourd’hui, sans nier la nécessité d’améliorer la gouvernance d’aujourd’hui qui ne rassure pas la population, le dialogue annoncé par le Président de la République permettra d’initialiser le renouvellement de la gouvernance politique, véhicule par excellence de notre vision pour la nation.
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