Banques et finances RDC : la Banque mondiale alerte sur les dérives économiques

RDC : la Banque mondiale alerte sur les dérives économiques

RDC : la Banque mondiale alerte sur les dérives économiques
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 25 MARS 2026 - 14:45 WAT · 4 min de lecture

Dans son dernier rapport intitulé « Du Parking à la Voie Rapide », rendu public ce mercredi 25 mars, la Banque mondiale dresse un constat préoccupant de la situation économique de la République démocratique du Congo. Si certains indicateurs macroéconomiques affichent des performances encourageantes, ils masquent des fragilités structurelles profondes, notamment la dépendance aux ressources minières et la dérive financière des entreprises publiques.

Une croissance forte… mais déséquilibrée

Dans son rapport, la Banque mondiale indique que l’économie congolaise a enregistré une croissance de 5,5 % en 2025, supérieure à la moyenne du continent africain. Toutefois, cette progression repose essentiellement sur le secteur minier, qui représente à lui seul 40 % du produit intérieur brut, tout en n’employant que 2,6 % de la population active. Une croissance qualifiée par les experts de « sans inclusion », incapable de générer suffisamment d’emplois ou d’améliorer les conditions de vie de la majorité.

En effet, la pauvreté demeure endémique. En 2024, près de 81,7 % des Congolais vivaient encore sous le seuil international de pauvreté fixé à 3 dollars par jour. Ce paradoxe est particulièrement frappant dans les provinces riches en ressources naturelles, où les retombées économiques restent marginales pour les populations locales.

La dépendance du pays aux matières premières est illustrée par le cas du cobalt. En février 2025, Kinshasa a décidé de suspendre temporairement ses exportations afin de soutenir les prix, en chute libre après avoir atteint un sommet en 2022. Cette stratégie a permis un rebond spectaculaire de 142 % des prix en quelques mois.

Avec environ 76 % de la production mondiale, la RDC conserve une position dominante sur ce marché stratégique. Mais cette concentration expose l’économie nationale à une forte volatilité des cours internationaux, rendant la croissance vulnérable aux chocs externes.

Pression budgétaire et stabilisation monétaire

Sur le plan budgétaire, les dépenses liées au conflit dans l’est du pays ont fortement augmenté. Les dépenses militaires ont triplé en un an pour atteindre 3,4 % du PIB en 2025, creusant le déficit budgétaire à 2,9 %. Pour y faire face, le gouvernement a eu recours à l’endettement et à un appui financier de 600 millions de dollars de la Banque mondiale.

En revanche, la situation monétaire s’est nettement améliorée. L’inflation a chuté de 11,7 % fin 2024 à 2,3 % fin 2025, tandis que le franc congolais s’est apprécié de 30 % face au dollar américain. Une performance notable, attribuée à une politique monétaire rigoureuse et à des réformes du système bancaire. Malgré cela, l’économie reste fortement dollarisée, à hauteur de 87 %.

Entreprises publiques : une crise structurelle

Le cœur du rapport met en lumière les difficultés chroniques des entreprises publiques. Entre 2014 et 2023, leurs pertes cumulées ont atteint 5,3 milliards de dollars, soit en moyenne plus de 500 millions par an — un montant comparable au budget annuel de la santé.

Des entreprises clés comme SNEL, REGIDESO, SNCC et ONATRA accumulent les déficits, les dettes et les arriérés de salaires, parfois supérieurs à huit années.

La dette de ces entreprises représente désormais 42 % de la dette extérieure totale du pays, soit 7,3 % du PIB. À elle seule, la SNEL concentre près des trois quarts de cet endettement. Par ailleurs, les créances croisées entre entités publiques atteignent environ 1,6 milliard de dollars, aggravant les déséquilibres financiers.

Selon la Banque mondiale, ces contre-performances s’expliquent en grande partie par des facteurs politiques. Les nominations au sein des conseils d’administration sont souvent dictées par des logiques de clientélisme plutôt que de compétence. De plus, les interférences des ministères sectoriels affaiblissent le rôle de pilotage du ministère du Portefeuille, tandis que les contrats de performance restent rarement appliqués ou sanctionnés.

Pour les perspectives d’amélioration sont réelles. L’institution estime que des réformes ambitieuses pourraient générer jusqu’à deux points de croissance supplémentaires à long terme et réduire la pauvreté de 10 points d’ici 2050.

Silas MUNGINDA

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