RDC : Les écoles catholiques rejettent la directive sur la scolarisation des filles enceintes
illustration d’une photo des élèves dans une salle de classe | PHOTO DROITS TIERS
AFP
Dans une correspondance officielle datée du mercredi 16 juillet, l’abbé Emmanuel Bashiki, coordinateur national des écoles conventionnées catholiques, a clairement indiqué que cette directive ne s’appliquait pas aux établissements de l’Église catholique. Se référant aux accords établis entre l’État congolais et la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), il insiste sur l’attachement des écoles catholiques à la discipline et à la moralité, qu’elles considèrent comme des fondements non négociables de leur projet éducatif.
«Comme vous le constatez, Monsieur le Secrétaire général est conscient que sa lettre ne concerne pas les écoles conventionnées catholiques. C’est pour cette raison qu’il n’en a pas réservé copie au coordinateur national, qui est donc non concerné », précise l’abbé Bashiki dans sa lettre.
Cette prise de position met en lumière un clivage récurrent entre les normes de l’État et les valeurs religieuses dans le système éducatif congolais. Les écoles conventionnées catholiques, qui représentent une part importante de l’offre scolaire en RDC, affirment qu’accueillir des élèves enceintes reviendrait à tolérer un comportement jugé contraire à leurs principes moraux.
Concrètement, les élèves enceintes seront redirigées vers des établissements non catholiques, soit gérés directement par l’État, soit par d’autres confessions ou gestionnaires. Une manière pour l’Église catholique de préserver ce qu’elle considère comme l’éthique fondamentale de son enseignement.
Cependant, ce refus soulève de nombreuses interrogations. Bien que régies par une convention spécifique, les écoles catholiques font partie intégrante du système éducatif national et bénéficient de financements publics. Pour plusieurs observateurs, leur refus d’appliquer une politique d’intérêt général remet en cause le principe d’universalité de l’éducation, notamment en matière d’égalité des chances.
Le ministère, de son côté, justifie sa mesure par la nécessité de lutter contre la stigmatisation et les abandons scolaires liés aux grossesses précoces. « Les abandons scolaires liés aux grossesses précoces compromettent l’avenir des filles et renforcent les inégalités », souligne la circulaire ministérielle.
Le débat est relancé : jusqu’où peut s’exercer l’autonomie confessionnelle dans un service public financé par l’État ? Et qui doit primer entre normes morales religieuses et politiques publiques inclusives ?
C. Timothée Ézéchiel