Accord de paix RDC-Rwanda : Denis Mukwege alerte sur une « prime à l’agression »
Dr Denis Mukwege, gynécologue congolais et Prix Nobel de la Paix 2018.
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AFP
Tant dis que les efforts pour résoudre le conflit dans l’est de la République démocratique du Congo semblent franchir un cap décisif avec le paraphe, mercredi 18 juin, du document préparatoire d’un accord de paix par les experts de la RDC et du Rwanda, sous supervision américaine, une partie de l’opinion congolaise reste sceptique quant à la nature et à l’orientation des négociations en cours, conduites sous la médiation des États-Unis et de l’État du Qatar.
C’est notamment le cas du Prix Nobel de la Paix 2018, le Dr Denis Mukwege, qui, dans une déclaration rendue publique ce jeudi 19 juin, a exprimé de sérieuses réserves sur le processus en cours. Il appelle à davantage de transparence et d’inclusivité, insistant sur la nécessité d’impliquer pleinement les femmes et les jeunes dans les discussions. Mukwege fustige également une médiation internationale qui, selon lui, élude la reconnaissance explicite de l’agression de la RDC par le Rwanda.
Estimant floue la déclaration conjointe ayant suivi le paraphe de l’accord, Mukwege s’indigne de certaines dispositions, telles que le désengagement, le désarmement et la réintégration conditionnelle des groupes armés non étatiques, ou encore la mise en place d’un cadre d’intégration économique régionale, qu’il perçoit comme des mesures prises « à l’avantage de l’agresseur, susceptible de voir ses crimes du passé et du présent effacés sous couvert de coopération économique ».
Dans le contexte d’un conflit vieux de plus de trente ans et qui a entraîné des millions de morts, le gynécologue congolais estime que cet accord « revient à accorder une prime à l’agression, à légitimer le pillage des ressources naturelles congolaises, et à contraindre la victime à aliéner son patrimoine national en sacrifiant la justice au nom d’une paix précaire et fragile ».
Chantre d’une justice transitionnelle en faveur de la RDC, Mukwege affirme qu’aucun accord ne saurait faire abstraction des massacres de masse, des violences sexuelles ayant frappé des centaines de milliers de femmes, ni des déplacements forcés de populations. Pour lui, l’impunité doit être au cœur des efforts de pacification.
Il juge « inconcevable » d’envisager une intégration économique ou une cogestion des ressources naturelles avec un État agresseur, responsable selon lui d’un pillage systématique des minerais et de la tragédie humanitaire que vit l’est de la RDC. « La justice est non négociable, et les richesses du sous-sol congolais ne peuvent être bradées de manière opaque dans une logique extractiviste néocoloniale », martèle-t-il.
Pour rappel, selon le communiqué officiel relatif à la cérémonie de paraphe du texte d’accord, les délégations ministérielles de la RDC et du Rwanda sont attendues à Washington le 27 juin prochain pour la signature officielle de l’accord, en présence du secrétaire d’État américain Marco Rubio et sous l’observation du Qatar.
F. ISSA
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