Politique Accord de paix RDC-Rwanda : HRW alerte sur le risque de transaction sans justice
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Accord de paix RDC-Rwanda : HRW alerte sur le risque de transaction sans justice

Lors de la signature de l'accord de paix entre les ministres des affaires étrangères de la République démocratique du Congo (RDC ) et le Rwanda, à Washington aux États-Unis, le 27 juin 2025.
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 9 JUILLET 2025 - 12:01 WAT · 4 min de lecture

Le 27 juin dernier, la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda ont signé, sous médiation américaine, un accord censé lier intégration économique, respect de l’intégrité territoriale et investissements occidentaux. Présenté comme un levier pour stabiliser la région, cet accord suscite cependant scepticisme et prudence.

« S’il s’agit avant tout d’un accord minier, il offre aussi une opportunité pour la paix dans la région », analyse Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch (HRW). Mais à quelles conditions cet espoir peut-il se réaliser ?

Un accord centré sur les minerais

Au cœur de cette entente figure l’exploitation et la transformation des richesses minières stratégiques de l’est de la RDC : cobalt, coltan, or, étain et tungstène. Ces ressources sont cruciales pour les chaînes d’approvisionnement mondiales, notamment américaines. Selon Lewis Mudge, l’accord reflète la politique étrangère transactionnelle des États-Unis sous Donald Trump, visant avant tout leurs intérêts stratégiques. Le Rwanda y est présenté comme plateforme de transformation des minerais, tandis que la RDC reste le principal fournisseur de matières premières.

Une opportunité fragile pour la paix

Si cet accord matérialise la promesse la plus concrète depuis des années de mettre fin aux violences dans l’est de la RDC, il reste incomplet. « Une paix durable ne peut être instaurée que si la reddition des comptes pour les violations des droits humains figure au premier plan », souligne Mudge. Or, l’impunité persistante reste la faille majeure des processus de paix dans la région.

Depuis des années, le Rwanda soutient le groupe rebelle M23, responsable d’atrocités documentées : exécutions sommaires, bombardements de camps de déplacés, recrutements forcés d’enfants. Les offensives de ce groupe, souvent coordonnées avec les forces rwandaises, ont récemment provoqué le déplacement de centaines de milliers de personnes, exacerbant la crise humanitaire chronique de la région.

Quels leviers pour garantir l’application de l’accord ?

Selon Lewis Mudge, la mise en œuvre effective de l’accord dépendra avant tout de la pression américaine et internationale. « Le Rwanda doit être tenu de retirer ses troupes de la RDC et de faire cesser les abus du M23 », insiste-t-il. Pour ce faire, il plaide pour un suivi indépendant, confié à des observateurs internationaux capables de contrer la stratégie de déni du gouvernement rwandais. Faute de quoi, les investissements miniers seront exposés à la violence, à l’absence d’État de droit et à l’instabilité qui gangrènent la région depuis des décennies.

Des responsabilités partagées

L’analyse de Human Rights Watch souligne également la responsabilité de Kinshasa. Les forces congolaises et leurs milices alliées ont elles aussi commis des exactions. Leur soutien aux Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) – un groupe comptant encore d’anciens auteurs du génocide rwandais – constitue un facteur d’instabilité majeur. « La RDC doit démanteler ce groupe une fois pour toutes », tranche Mudge.

Dans un contexte de tensions ethniques persistantes, Kinshasa doit aussi s’engager à réfréner les discours haineux qui attisent les violences communautaires.

Un rôle clé pour le Congrès américain

Pour garantir l’impact de cet accord, Lewis Mudge appelle le Congrès américain à conditionner tout investissement ou appui sécuritaire au respect strict des engagements : retrait des troupes rwandaises, fin du soutien congolais aux milices, et poursuites des responsables de crimes graves. Il plaide aussi pour des sanctions contre les responsables rwandais impliqués dans les violations, et pour un soutien clair aux enquêtes internationales.

Une paix durable, condition d’une exploitation responsable

À défaut de telles mesures, la promesse d’une paix réelle et durable pour l’est de la RDC restera lettre morte, tout comme celle d’une chaîne d’approvisionnement en minerais « propres ». Car comme le conclut Lewis Mudge : « Les richesses minières sont un facteur invisible à la fois d’opportunités et de destruction. Sans justice et sans redevabilité, elles continueront d’alimenter le conflit plutôt que la paix. »

Odon Bakumba

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