Mi-journée : l’opposition proclame déjà une victoire, la rue dément
Aux alentours de midi, la Coalition Article 64 commence à revendiquer publiquement le succès de la ville morte. Mais sur le terrain à Kinshasa, marchés, transports et écoles reprennent leur activité. Analyse à mi-parcours d'une journée où le temps politique court plus vite que le temps des faits.
Mi-journée : l’opposition proclame déjà une victoire, la rue dément
AFP
Aux alentours de midi, plusieurs figures de l’opposition réunies au sein de la Coalition Article 64 ont commencé à revendiquer publiquement le succès de la journée ville morte.
À mains nues, nous l’avons plaqué au sol.
Delly Sesanga Hipungu, l’une des principales voix de la Coalition Article 64
Dans la foulée, le député Prince Epenge a lui aussi salué ce qu’il présente comme une réussite de l’opposition, allant jusqu’à évoquer un « carton rouge direct à Tshisekedi ».
BETO rapporte ces déclarations sans les endosser. À l’heure où ces messages sont publiés, un constat s’impose : le récit porté par l’opposition apparaît de plus en plus déconnecté de ce que montrent les rues de Kinshasa.
Sur le terrain, la peur a précédé la politique
Depuis les premières heures de la matinée, nos équipes sont déployées dans plusieurs communes de la capitale. Le ralentissement observé au lever du jour était réel. Mais les témoignages recueillis sur le terrain ont rapidement permis d’en comprendre la nature : dans leur immense majorité, les personnes interrogées expliquaient avoir retardé leurs déplacements par prudence, dans l’attente de voir comment évoluerait la situation.
Autrement dit, la peur a précédé la politique. Beaucoup de Kinois ont attendu. Puis ils sont sortis.
À mesure que la matinée avançait, les arrêts de bus se remplissaient progressivement. La circulation augmentait sur les principaux axes. Les commerces ouvraient leurs portes. Les marchés retrouvaient leur clientèle. Les administrations poursuivaient leurs activités.
Dans le secteur scolaire, le phénomène est identique. La plupart des établissements sont restés ouverts. Si les effectifs demeurent inférieurs à la normale dans plusieurs écoles, la tendance observée depuis le début de la matinée est celle d’une augmentation progressive de la présence des élèves.
Le scénario d’une capitale paralysée ne s’est pas matérialisé.
Une victoire proclamée plus vite que les faits
Cela ne signifie pas que l’appel de l’opposition n’a eu aucun effet. Il a incontestablement créé une attente, une inquiétude et une forme de prudence collective. Mais entre provoquer de l’inquiétude et obtenir une adhésion politique massive, la différence est considérable.
C’est précisément cette différence que le terrain met aujourd’hui en lumière.
La difficulté pour l’opposition est que la ville morte est probablement l’une des formes de mobilisation les plus faciles à vérifier. Une marche peut toujours donner lieu à des batailles de chiffres. Une ville morte, elle, se constate à l’œil nu. Soit les activités s’arrêtent durablement, soit elles reprennent.
Or, à la mi-journée, la dynamique observée à Kinshasa est celle d’une reprise progressive des activités plutôt que celle d’un arrêt généralisé.
Du projet de réforme à la personne du président
La deuxième leçon de cette séquence est politique.
Officiellement, la ville morte était présentée comme une mobilisation contre un projet de réforme constitutionnelle attribué à la majorité présidentielle. Pourtant, dans les déclarations des principaux responsables de l’opposition, l’adversaire désigné apparaît de plus en plus clairement : Félix Tshisekedi lui-même.
Le glissement est révélateur. En quelques heures, le débat est passé de la Constitution au chef de l’État. Le combat n’est plus présenté comme une opposition à un projet, mais comme une confrontation directe avec un homme.
Cette évolution n’est pas anodine. Elle traduit à la fois la capacité de l’opposition à personnifier son combat et sa difficulté à exister politiquement en dehors de cette confrontation permanente avec le président de la République.
Le temps politique s’est emballé plus vite que le temps des faits
Pendant ce temps, les rues continuent d’envoyer un signal différent.
La journée n’est pas terminée et le bilan définitif appartiendra au soir. Mais à midi, une chose apparaît déjà clairement : les responsables de l’opposition proclament une victoire que la réalité observable ne confirme pas.
Le temps politique s’est emballé plus vite que le temps des faits.
Et si les tendances observées depuis ce matin se maintiennent au cours de l’après-midi, le principal enseignement de cette journée pourrait être celui-ci : l’opposition a réussi à créer de l’incertitude, mais pas à transformer cette incertitude en démonstration de force populaire.
BETO suit l’évolution de la journée en direct. Retrouvez le fil live ici.