Politique Accord de paix RDC–Rwanda : pourquoi Washington cherche-t-il à accroître son influence dans la région des Grands Lacs ?
Politique

Accord de paix RDC–Rwanda : pourquoi Washington cherche-t-il à accroître son influence dans la région des Grands Lacs ?

Accord de paix RDC–Rwanda : pourquoi Washington cherche-t-il à accroître son influence dans la région des Grands Lacs ?
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 16 SEPTEMBRE 2025 - 12:53 WAT · 3 min de lecture

Dans son article daté du 15 septembre dernier, Reuters estime que l’administration Trump a joué un rôle déterminant dans les discussions qui ont conduit, en juin dernier à Washington, à la signature d’un cadre de paix entre Kinshasa et Kigali. Cette implication, affirme-t-il, suscite des interrogations quant aux ambitions à long terme de Washington dans la région des Grands Lacs.

Les analystes soulignent que l’intérêt américain s’explique en grande partie par la présence en RDC de minéraux essentiels, en particulier le cobalt et le lithium, indispensables à la fabrication des batteries, smartphones et technologies d’énergie propre.

Mvemba Phezo Dizolele, chercheur au Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), rappelle que les puissances occidentales cherchent à réduire leur dépendance vis-à-vis de la Chine, qui domine la transformation mondiale de ces minéraux. Il note également que l’accord signé en 2024 entre l’Union européenne et le Rwanda sur les chaînes de valeur durables a suscité des réserves, au regard des antécédents de contrebande de Kigali à partir de zones rebelles en RDC.

Des réformes en discussion

Un projet de 17 pages consulté par Reuters précise les engagements attendus des deux pays. Le texte prévoit notamment la mise en place d’inspections indépendantes des sites miniers, la création de zones économiques spéciales transfrontalières, le respect des directives internationales de transparence, comme celles de l’OCDE, et des mécanismes de suivi à travers des comités de pilotage et des sommets annuels.

Ces mesures visent à réduire le commerce illicite de minerais, à sécuriser les investissements privés et à renforcer la transparence dans une région riche en ressources mais fragile sur le plan politique et sécuritaire.

Les minéraux au cœur des tensions

La RDC et le Rwanda se trouvent au centre de vastes gisements de cobalt, cuivre, tantale, lithium et or. La RDC fournit à elle seule plus de 70 % du cobalt mondial, composant clé de l’industrie des véhicules électriques. Mais cette richesse a longtemps été compromise par l’instabilité, les réseaux de contrebande et une gouvernance faible.

En positionnant Washington comme médiateur et partenaire économique, l’accord pourrait redessiner les flux commerciaux au détriment d’acteurs comme la Chine, déjà solidement implantée dans le secteur minier congolais.

Des obstacles persistants

Si les intentions affichées sont ambitieuses, la mise en œuvre reste incertaine. Des diplomates rappellent que le Rwanda n’a pas encore procédé au retrait de ses troupes, tandis que les opérations congolaises contre le FDLR n’ont pas réellement commencé. Le scepticisme demeure quant à la capacité des deux pays à respecter les délais fixés.

Pour certains observateurs, l’accord représente autant un outil de stabilisation qu’un instrument géopolitique. « Il s’agit autant de géopolitique que de paix », a résumé un diplomate occidental cité par Reuters.

Silas MUNGINDA

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…