AFC/M23 : l’arrestation de Théo Binamungu révèle une guerre de pouvoir entre Nangaa et Makenga
AFC/M23 : l’arrestation de Théo Binamungu révèle une guerre de pouvoir entre Nangaa et Makenga
AFP
L’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) est secouée par de profondes tensions internes. Théo Binamungu, conseiller de la branche civile et politique du mouvement et coordonnateur provincial d’Ensemble pour la République au Nord-Kivu, a été arrêté à la fin du mois d’août 2026 à Goma, dans le cadre d’une affaire mettant en lumière les rivalités entre les composantes politique et militaire de la rébellion, rapporte Africa Intelligence.
Selon des informations publiées ce mercredi 23 septembre par Africa Intelligence, de vives tensions traversent actuellement la direction politique et militaire du M23. L’arrestation de Théo Binamungu s’inscrirait dans le démantèlement d’un projet visant à déstabiliser le pouvoir du chef militaire Sultani Makenga.
Un projet pour écarter Sultani Makenga
D’après les informations rapportées par Africa Intelligence, les services de renseignement du mouvement soupçonnent Théo Binamungu d’avoir participé à un projet de déstabilisation interne.
L’exploitation de ses téléphones et de ses ordinateurs aurait permis aux enquêteurs de mettre la main sur des échanges et documents relatifs à ce projet. Celui-ci aurait notamment visé à réduire l’influence de Sultani Makenga au sein du mouvement, dans un contexte de rivalités entre les responsables politiques et militaires.
Beaudouin Ngaruye Wa Myamuro, apprend-on, a été envisagé pour jouer un rôle important au sein de la branche militaire. Cet ancien cadre du M23 avait déjà été impliqué dans les luttes internes qui avaient secoué le mouvement en 2013.
Toujours selon la même source, le projet a également comporté un volet politique et administratif. Théo Binamungu aurait notamment ambitionné d’occuper la fonction de gouverneur du Nord-Kivu, tandis que Jean-Marie Runiga aurait été envisagé pour le Sud-Kivu, dans les territoires sous contrôle de l’AFC/M23.
Arrestations et surveillance dans les rangs du mouvement
Après son arrestation, Théo Binamungu a d’abord été détenu dans les locaux de la Direction pour la sécurité et les renseignements (DSR), avant d’être transféré, le 8 septembre, à la prison centrale de Munzenze, à Goma, indique Afrca Intelligence.
L’enquête interne a également conduit les responsables du mouvement à s’intéresser à plusieurs officiers soupçonnés d’avoir été approchés ou d’avoir eu connaissance du projet.
Sultani Makenga et son entourage ont alors repris directement le contrôle du dossier. Plusieurs membres du mouvement auraient été placés sous surveillance ou interpellés, révélant l’ampleur de la méfiance qui règne désormais au sein de la rébellion.
Cette affaire met surtout en évidence les tensions entre les structures politique et militaire de l’AFC/M23. Alors que Corneille Nangaa incarne publiquement la direction politique du mouvement, l’épisode montre le poids déterminant conservé par Sultani Makenga et la hiérarchie militaire dans son fonctionnement interne.
La double casquette de Théo Binamungu soulève des questions
L’affaire comporte également un volet politique sensible en raison des responsabilités attribuées à Théo Binamungu au sein d’Ensemble pour la République, le parti de Moïse Katumbi.
Sa présence présumée dans l’appareil politique de l’AFC/M23, parallèlement à ses responsabilités au sein du parti d’opposition, soulève des interrogations sur son parcours et sur les circonstances de son rapprochement avec le mouvement rebelle.
Ces éléments ne permettent toutefois pas, à eux seuls, d’établir une implication d’Ensemble pour la République ou de Moïse Katumbi dans les activités de l’AFC/M23.
Au-delà du cas Binamungu, cette affaire révèle surtout une bataille d’influence au sommet du mouvement. Derrière l’image d’unité affichée publiquement, les rivalités entre responsables politiques et militaires semblent désormais suffisamment importantes pour provoquer arrestations, enquêtes internes et mises sous surveillance.
Azarias Mokonzi
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