Après l’Angleterre, vers où doit aller le football congolais maintenant
Après l’Angleterre, vers où doit aller le football congolais maintenant
AFP
Bon. La fête est finie, rangez les vuvuzelas, le vieux Coach met sa toque des mauvais jours. On a perdu contre l’Angleterre, deux buts à un, à Atlanta, le 1er juillet. On a mené par ce diable de Cipenga, on a rêvé pendant une mi-temps et demie, et puis Harry Kane, ce chirurgien, nous a ouverts deux fois de la tête sur la fin. Voilà. Maintenant asseyez-vous, parce que je vais vous parler non pas de la défaite, mais de ce qu’on en fait.
La leçon de la 86e minute
Ce match, on ne l’a pas perdu par manque de talent. On l’a perdu par manque d’expérience dans les dernières minutes, ce moment cruel où les grands savent tuer et où les jeunes croient encore qu’il reste du temps. Le sélectionneur Sébastien Desabre l’a dit lui-même, la lucidité dans la douleur, « on est déçus parce qu’on y a cru, on a fait un bon match, mais à la fin on concède deux situations face à l’un des meilleurs joueurs du monde ». Et il a ajouté la phrase que je veux graver au fronton de nos académies, « le football congolais se construit ainsi, on apprend, on continue à progresser ». Retenez ce mot, se construit. Pas se rêve. Se construit.
Ce qu’on ne réglera pas avec des voitures
Le président a offert aux Léopards des maisons, des voitures, des primes. C’est bien, un peuple reconnaissant récompense ses héros, je ne cracherai pas dessus. Mais le vieux Coach vous le dit sans détour, on ne bâtit pas un football de nation avec des cadeaux de nation. Une voiture roule cinq ans, une académie forme cinquante ans. Aujourd’hui, notre équipe est une belle diaspora, des garçons révélés à Brentford, à Almería, à Burnley, cousus ensemble trois semaines par été. Le jour où un gamin de Kananga ou de Kolwezi pourra devenir international sans passer par un club portugais, ce jour-là seulement, nous serons une vraie nation de football. Pour l’instant, nous cueillons des fruits que d’autres ont fait pousser.
Les chantiers que personne n’aime, mais qu’il faut ouvrir
Alors par où commencer, me direz-vous. Par les choses ennuyeuses, celles dont on ne coupe pas de ruban devant les caméras. Des pelouses qui ne cassent pas les chevilles. Un championnat local qu’on paie à l’heure et qu’on regarde à la télévision. Des centres de formation dans les provinces, pas seulement à Kinshasa. Des sélections de jeunes qu’on inscrit à toutes les compétitions au lieu de les oublier faute de billets d’avion. C’est laid, c’est lent, ça ne fait pas danser l’esplanade. Mais c’est la différence entre une équipe qui se qualifie tous les cinquante-deux ans et une équipe qui y retourne dans quatre.
Le verdict du Coach
Je ne veux pas finir en grognon, ce n’est pas mon genre les soirs de fierté. Alors écoutez la vraie bonne nouvelle, celle que la défaite ne nous enlève pas. Nous savons désormais que c’est possible. Un pays en guerre, moqué, abîmé, s’est hissé jusqu’aux seizièmes du monde et a fait suer l’Angleterre. Le plafond de verre est brisé, il ne reste qu’à construire l’escalier pour y remonter. Desabre a promis qu’on poursuivait la route calmement. Moi, vieux renard, je promets une chose aux dirigeants, si vous transformez cet été en projet, le Congo ne reviendra pas mendier sa place à la table des grands. Il viendra la prendre. Et cette fois, mes frères, on ne rentrera pas sans la coupe.