Politique Consulter 26 provinces, les dessous du dialogue convoqué par Félix Tshisekedi
AFC/M23

Consulter 26 provinces, les dessous du dialogue convoqué par Félix Tshisekedi

Le président Félix Tshisekedi a fait de l'ancrage territorial la marque du Dialogue national qu'il a lancé jeudi 27 août. « Il ne commencera pas à Kinshasa, mais au cœur de nos 26 provinces, de nos territoires et de nos communautés », a-t-il déclaré. Le point d'entrée du processus est précis : un forum préliminaire « au chef-lieu provincial ». Dans deux provinces au moins, ce chef-lieu n'est plus administré par l'État congolais.

Le président Félix Tshisekedi lors d'une allocution officielle

Félix Tshisekedi. Photo d'archives.
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 27 AOÛT 2026 - 23:58 WAT · 6 min de lecture

La consultation part du chef-lieu, pas de Kinshasa

Le dispositif décrit par le chef de l’État est le même partout. Chaque forum provincial réunit les populations et les autorités locales, les députés nationaux et les sénateurs élus de la province, les représentants des entités territoriales décentralisées et déconcentrées, les partis et regroupements politiques de la majorité et de l’opposition, la société civile, les autorités coutumières, les confessions religieuses et les milieux professionnels, économiques, universitaires et scientifiques.

Chaque province y établit « en toute franchise, son propre diagnostic », portant nommément sur les causes de l’insécurité, les conflits fonciers et coutumiers, les tensions communautaires, les insuffisances administratives, les inégalités et les obstacles au développement. L’ensemble est ensuite consolidé dans un document de synthèse nationale qui servira de « socle des travaux » aux assises de Kinshasa.

La méthode est présentée comme la différence de ce Dialogue avec ceux qui l’ont précédé : « une différence de méthode, d’ancrage et de nature ». Elle suppose vingt-six chefs-lieux accessibles.

Le chef-lieu du Nord-Kivu a été déplacé à Beni

Le 26 août 2026, seize civils congolais, dont une femme, ont quitté Goma pour Beni après avoir passé environ dix-huit mois sous protection de la Monusco dans la ville. « En exécution des accords de Doha, nos compatriotes viennent d’être évacués vers la ville de Beni », a déclaré David Kamuha, chef de cabinet du gouverneur militaire du Nord-Kivu, cité par Radio Okapi. Beni y est désignée comme le chef-lieu provisoire de la province.

Le président lui-même a nommé les localités concernées. Dans son allocution, il cite « Goma, Bukavu, Bunagana, Rutshuru, Masisi, Nyiragongo, Lubero, Beni, Djugu, Irumu, Kalehe, Uvira », douze localités où « des générations entières ont appris à vivre dans l’incertitude, à fuir dans l’urgence et à rebâtir sans cesse ce que l’agresseur et ses supplétifs venaient de détruire ». Goma et Bukavu sont les chefs-lieux du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Le chef de l’État a rappelé le cadre juridique de cette situation : « des forces étrangères occupent illégalement une partie de notre territoire, tandis que des groupes armés y sèment la violence, imposent des administrations parallèles et pillent nos ressources ». Il en attribue le constat aux résolutions 2773 et 2808 du Conseil de sécurité. La seconde, adoptée le 19 décembre 2025, exige au paragraphe 14 que la Force de défense rwandaise « cesse immédiatement d’apporter son soutien au M23 » et « se retire du territoire congolais ».

Des administrations parallèles que l’accord de Doha veut démanteler

L’installation d’une administration de fait dans les zones occupées est documentée et continue. Le 13 juillet 2026, Radio Okapi rapportait que l’AFC/M23 renforçait ses positions dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu, consolidait son emprise sur la position dite Point Zéro au Sud-Kivu, et entendait, à l’approche de la rentrée, superviser la gestion administrative et financière des établissements scolaires des zones sous son contrôle.

L’accord-cadre signé à Doha le 15 novembre 2025 entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23 vise précisément l’inverse. Les parties y réaffirment leur attachement « à la Constitution, à l’intégrité territoriale et au respect du droit international humanitaire » et fixent pour objectif « le rétablissement de l’autorité de l’État sur tout le territoire national, notamment dans les zones sous contrôle de l’AFC/M23 ». Les étapes, le calendrier et les mécanismes de ce rétablissement restaient à négocier au moment de la signature. Le 22 août 2026, les deux délégations se sont accordées sur une feuille de route et sur la création d’un organe d’examen des progrès accomplis.

Parmi les cinq exigences que le président a répétées jeudi figure « le démantèlement des administrations parallèles », aux côtés du retrait « complet, effectif et vérifiable de toutes les forces étrangères non invitées », de la cessation de tout soutien politique, militaire, financier ou logistique aux groupes armés, du rétablissement intégral de l’autorité de l’État et du retour des déplacés.

Le retour des déplacés inscrit parmi les exigences de Kinshasa

La cinquième exigence touche directement la composition des forums. Le président demande « le retour, dans la sécurité et la dignité, de nos compatriotes déplacés ». Ces déplacés sont, par définition, absents de leur province d’origine au moment où celle-ci doit établir son diagnostic.

Le texte de l’allocution ouvre une voie pour une partie d’entre eux. La consultation associera « les organisations des femmes, des jeunes, des travailleurs, des personnes vivant avec handicap et autres personnes vulnérables », ainsi que « la diaspora congolaise ». Rien n’y désigne en revanche un canal propre aux populations déplacées à l’intérieur du pays, ni aux habitants des territoires que l’administration congolaise n’atteint pas.

Sur ce point, le président renvoie à l’autre table. Le processus de Doha « demeure le cadre approprié » pour la cessation des hostilités, le désengagement, le cantonnement et le désarmement, et le Dialogue national « ne se substituera pas à ce processus ». La résolution 2808 autorise la Monusco à « participer au Mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu convenu par les parties à Doha le 14 octobre ». Le mécanisme élargi EJVM+ a mené sa mission de reconnaissance le 20 août 2026, avec l’appui logistique de la mission onusienne.

Ce que le Comité d’organisation devra trancher tient donc en une question de géographie : où se tient le forum du Nord-Kivu, où se tient celui du Sud-Kivu, et qui y porte la parole des territoires occupés. Le chef de l’État a fixé le principe pour l’ensemble du processus : « un dialogue congolais consacré à l’avenir du Congo doit se tenir au Congo, sous la responsabilité des Congolais ».

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B
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