Géopolitique Arabie saoudite : une offre présumée d’un milliard de dollars aux Houthis fait polémique

Arabie saoudite : une offre présumée d’un milliard de dollars aux Houthis fait polémique

Riyad aurait proposé un milliard de dollars aux Houthis, par la médiation de l’Iran, pour obtenir l’arrêt des attaques contre son territoire. L’information vient du quotidien israélien Israel Hayom et n’est confirmée par aucun responsable saoudien. Elle intervient alors que près de 86 % des vols ont été annulés à l’aéroport de Riyad entre le 8 et le 25 octobre.

Arabie saoudite : une offre présumée d’un milliard de dollars aux Houthis fait polémique
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 28 OCTOBRE 2026 - 12:58 WAT · 6 min de lecture

L’Arabie saoudite aurait proposé un milliard de dollars aux rebelles houthis, avec la médiation de l’Iran, en échange de l’arrêt de leurs attaques contre son territoire. Révélée par le quotidien israélien Israel Hayom, cette offre présumée intervient dans un contexte de tensions militaires au Yémen et de perturbations importantes du trafic aérien saoudien. Aucun responsable de Riyad n’a toutefois confirmé l’existence de cet accord ni le versement de la somme évoquée.

Selon Israel Hayom, qui cite des sources diplomatiques du Golfe, le ministre saoudien de la Défense, le prince Khaled ben Salman, se serait rendu à Téhéran pour négocier un cessez-le-feu avec les Houthis. Les discussions auraient notamment porté sur le transfert d’un milliard de dollars au mouvement yéménite par l’intermédiaire de l’Iran.

Le journal affirme que cette somme aurait été transportée à bord d’un avion militaire accompagnant le responsable saoudien. Cette information n’a cependant fait l’objet d’aucune confirmation officielle.

D’après les mêmes sources, la rencontre aurait été facilitée par la Turquie et le Pakistan. Le chef des services de renseignement turcs, Ibrahim Kalin, et le chef de l’armée pakistanaise, Asim Munir, auraient participé aux discussions.

Le quotidien soutient également que ces deux pays, malgré leurs relations de défense avec Riyad, n’auraient pas fourni le soutien militaire espéré par l’Arabie saoudite, se limitant notamment à l’envoi de conseillers militaires.

Des attaques aux lourdes conséquences économiques

Cette initiative présumée intervient alors que les attaques attribuées aux Houthis perturbent plusieurs infrastructures saoudiennes, notamment le transport aérien.

Selon des données de suivi du trafic aérien rapportées par l’agence Reuters, près de 86 % des vols réguliers programmés à l’aéroport international du roi Khalid, à Riyad, auraient été annulés entre le 8 et le 25 octobre.

Sur 4 736 vols prévus durant cette période, 4 071 auraient été annulés, d’après les chiffres attribués à une société spécialisée dans l’analyse du trafic aérien.

Ces perturbations illustreraient les conséquences économiques des attaques menées au moyen de missiles et de drones, alors que Riyad cherche à préserver ses infrastructures stratégiques et ses activités économiques.

Dans ce contexte, une éventuelle négociation financière avec les Houthis pourrait répondre à la volonté saoudienne d’obtenir une désescalade militaire et de limiter les pertes économiques.

Des engagements financiers déjà évoqués

La possibilité d’un soutien financier saoudien aux Houthis n’est pas nouvelle.

Selon Israel Hayom, une partie des désaccords actuels porterait sur l’application d’engagements négociés il y a trois ans. Ces arrangements auraient notamment prévu une aide financière destinée au paiement des salaires des fonctionnaires dans les zones contrôlées par les Houthis et à la reconstruction d’infrastructures civiles.

En contrepartie, le mouvement yéménite devait respecter le cessez-le-feu et mettre fin à ses attaques contre l’Arabie saoudite.

Les Houthis accusent aujourd’hui Riyad de ne pas avoir respecté certains de ces engagements, une position qui figure parmi les justifications avancées par le mouvement pour expliquer la reprise de ses opérations militaires.

Le rôle de l’Iran demeure également au centre des tensions. Téhéran est régulièrement accusé de fournir un soutien militaire et logistique aux Houthis, tandis que les rivalités régionales continuent de compliquer les efforts de règlement du conflit yéménite.

En 2022, le centre d’études South24 avait déjà rapporté, en citant une source du Golfe, que l’Arabie saoudite aurait proposé, par la médiation du sultanat d’Oman, de financer les salaires des fonctionnaires yéménites.

Le montant évoqué atteignait 150 millions de dollars par mois et devait concerner les agents relevant du gouvernement yéménite reconnu internationalement ainsi que ceux des territoires contrôlés par les Houthis.

Cette proposition aurait été liée à la prolongation de la trêve négociée sous l’égide des Nations unies.

Une stratégie qui suscite des interrogations

Les informations concernant une éventuelle offre d’un milliard de dollars suscitent des réactions parmi plusieurs analystes et observateurs du conflit yéménite.

Dans une publication sur X, l’analyste libano-australien Mario Nofal estime que, si cette offre était confirmée, elle placerait l’Arabie saoudite dans une position délicate.

Selon lui, une telle décision pourrait apparaître contradictoire avec la position officielle de Riyad, qui conditionne les concessions financières aux Houthis à des avancées dans le règlement du conflit.

L’expert en relations internationales Hassan Onal considère, pour sa part, que la Turquie et le Pakistan privilégieraient désormais une solution diplomatique impliquant l’Iran plutôt qu’un engagement militaire direct aux côtés de l’Arabie saoudite.

Il estime que cette orientation traduirait une volonté de réduire les tensions régionales et d’éviter une nouvelle escalade.

De son côté, le journaliste sud-yéménite Salim Al-Khalifi s’interroge sur ce qu’il considère comme un changement de position de Riyad à l’égard de Téhéran.

Dans une publication sur X, il critique la possibilité que l’Arabie saoudite sollicite des garanties auprès de l’Iran, alors qu’elle dénonçait auparavant son influence régionale.

L’analyste politique libanais Ziad Yamini estime, quant à lui, qu’une rencontre à Téhéran ne suffirait pas à mettre fin à la guerre au Yémen.

Selon son analyse, l’objectif immédiat de l’Arabie saoudite serait surtout d’obtenir une cessation des attaques afin de limiter ses pertes militaires et économiques, notamment dans le secteur pétrolier.

Il considère également que les Houthis pourraient maintenir leurs principales exigences et que l’Iran ne chercherait pas nécessairement à leur imposer des concessions importantes.

Un accord encore incertain

Malgré les informations publiées par Israel Hayom, plusieurs questions demeurent concernant la réalité de cette offre financière, les conditions qui l’accompagneraient et les garanties exigées par les différentes parties.

L’absence de confirmation officielle saoudienne ne permet pas, à ce stade, d’établir qu’un milliard de dollars a effectivement été proposé ou transféré aux Houthis.

Si ces négociations étaient confirmées, elles pourraient néanmoins illustrer la volonté de Riyad de privilégier une désescalade diplomatique pour protéger ses infrastructures et réduire les conséquences économiques du conflit.

Reste à savoir si une éventuelle compensation financière permettrait d’obtenir un cessez-le-feu durable ou seulement une suspension temporaire des attaques, sans résoudre les causes profondes de la guerre au Yémen.

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B
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