Politique Ce que cache le 2ᵉ accord en gestation entre la RDC et le Rwanda
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Ce que cache le 2ᵉ accord en gestation entre la RDC et le Rwanda

Derrière l’accord de paix annoncé entre Kinshasa et Kigali, un deuxième texte est en cours de négociation, selon Bloomberg. Un pacte économique aux implications stratégiques majeures : minerais, énergie, infrastructures et influence américaine. BETO.CD dévoile les contours discrets de ce deal parallèle, où la souveraineté congolaise pourrait se jouer en silence.

Ce que cache le 2ᵉ accord en gestation entre la RDC et le Rwanda
AFP

Litsani Choukran
Kinshasa - 28 JUIN 2025 - 18:45 WAT · 5 min de lecture

La paix entre la République démocratique du Congo et le Rwanda passe désormais par l’économie. Selon un article exclusif publié ce 27 juin 2025 par l’agence américaine Bloomberg, consulté et analysé par la rédaction de BETO.CD, un pacte d’intégration économique séparé accompagnera l’accord de paix négocié sous l’égide des États-Unis.

D’après les informations recueillies par Michael J. Kavanagh, journaliste à Bloomberg cité par BETO.CD, ce pacte complémentaire prévoit :

  • le partage des revenus miniers entre la RDC et le Rwanda,
  • le développement d’infrastructures transfrontalières (routes, chemins de fer),
  • la construction d’un barrage hydroélectrique de 760 millions de dollars à la frontière,
  • et la valorisation énergétique du méthane du lac Kivu, situé entre les deux pays.

L’article souligne que ce pacte ne verra le jour que si le cessez-le-feu entre les deux nations est scrupuleusement respecté, comme le précise également le média américain.

Une diplomatie énergétique et minière orchestrée par Washington

La République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda ont signé vendredi 27 juin, sous les auspices des Etats-Unis, un accord de paix visant à mettre fin au conflit dans l’est de la RDC, qui a fait des milliers de morts. Cet accord, que le président américain Donald Trump s’est félicité d’avoir obtenu, s’inspire d’une déclaration de principes approuvée en avril entre les deux pays, et prévoit des dispositions sur « le respect de l’intégrité territoriale et l’arrêt des hostilités » après l’offensive menée par le groupe armé Mouvement du 23 mars (M23).

Bloomberg révèle également que Félix Tshisekedi et Paul Kagame sont attendus dans les prochaines semaines aux États-Unis pour entériner l’ensemble du dispositif. BETO.CD précise que l’administration Trump entend faire de cette initiative un levier de stabilisation régionale, intégrant également le Burundi et l’Ouganda.

L’élément central du projet économique est, selon Bloomberg et confirmé par BETO.CD, la relance du projet hydroélectrique Ruzizi III : un barrage transfrontalier qui fournirait 206 mégawatts aux trois pays voisins. Une partie de cette énergie serait destinée au traitement local de minerais stratégiques (étain, or, tungstène, tantale).

Toujours selon Bloomberg, la RDC fournirait au Rwanda des minerais destinés au raffinage, en échange de redevances et de parts dans les usines de transformation. BETO.CD note qu’un mécanisme de transparence serait également mis en place pour publier des statistiques minières et lutter contre les filières illicites.

FDLR, Qatar et diplomatie parallèle

Mais au-delà des ambitions économiques, BETO.CD rappelle que la mise en œuvre de l’accord dépend d’un contexte sécuritaire toujours instable. Bloomberg cite l’analyste Jason Stearns, spécialiste du Congo, qui estime que le M23 sera réticent à quitter les zones minières qu’il contrôle actuellement. Selon les experts onusiens mentionnés par Bloomberg et repris par BETO.CD, le M23 continue d’exporter clandestinement des minerais vers le Rwanda, notamment du tantale.

En mars 2025, l’Union européenne a d’ailleurs sanctionné la raffinerie rwandaise Gasabo, l’accusant d’importer illégalement de l’or en provenance des zones tenues par le M23. Le Rwanda, selon les données du FMI citées par Bloomberg, pourrait exporter plus de 2 milliards de dollars d’or en 2025, contre 363 millions en 2021.

Toujours selon l’article de Bloomberg, relayé avec précision par BETO.CD, la RDC s’engage en parallèle à « neutraliser » les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda), une milice hostile à Kigali. De leur côté, Kigali et Kinshasa s’engagent à soutenir un processus de négociation entre le gouvernement congolais et le M23, sous médiation du Qatar.

Selon plusieurs sources diplomatiques concordantes citées par Bloomberg et recoupées par la rédaction de BETO.CD, les États-Unis proposent d’accompagner ces engagements d’un soutien financier, via des agences telles que la DFC (International Development Finance Corporation).

Plusieurs experts congolais ont rapporté à la rédaction de BETO.CD que cette stratégie de « paix par l’économie », bien qu’ambitieuse, pose plusieurs questions de souveraineté. Le fait que l’accord soit articulé autour de filières minières et de partenariats transnationaux pourrait, à terme, renforcer la dépendance économique de la RDC vis-à-vis de ses voisins.

Pour l’heure, comme le rappelle Bloomberg, tout repose sur une fragile convergence d’intérêts. Et sur la capacité des parties à désarmer les groupes armés, respecter les engagements signés, et instaurer une paix durable — trois conditions qui, comme le montre l’histoire des Grands Lacs, ne tiennent jamais longtemps sans pression extérieure.

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Litsani Choukran
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