Politique Le 12 juin, le pari risqué de l’opposition devant le Palais du peuple
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Série Bataille constitutionnelle Partie 10 sur 11
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Partie 10 — Politique

Le 12 juin, le pari risqué de l’opposition devant le Palais du peuple

Après avoir demandé aux Congolais de rester chez eux le 3 juin, la Coalition Article 64 leur demande désormais de se rendre devant le Palais du peuple. Le sit-in du 12 juin est un test plus exigeant pour l’opposition : passer du retrait à la présence.

La Rédaction 11 juin 2026
La Rédaction
Kinshasa - 11 JUIN 2026 - 17:02 WAT · 12 min de lecture

KINSHASA — Le 3 juin, l’opposition avait choisi le silence. Le 12 juin, elle choisit l’exposition.

Entre les deux dates, la bataille constitutionnelle a changé de rythme. La ville morte appelée par la Coalition Article 64, C64, avait permis à l’opposition de tester une forme de mobilisation passive : rester chez soi, ralentir l’activité, laisser les rues parler par leur vide. Le sit-in annoncé devant le Palais du peuple exige autre chose : sortir, se regrouper, tenir un lieu, accepter d’être compté, filmé, encadré, peut-être dispersé.

C’est un pari plus risqué.

Une ville morte agrège plusieurs comportements : conviction politique, prudence, peur d’incidents, absence de transport, fermeture préventive des commerces. Un sit-in, lui, se voit plus brutalement. Il mesure une capacité d’organisation, une discipline militante, une présence réelle et une volonté d’affronter le pouvoir sur le terrain institutionnel.

Dans une vidéo parvenue à BETO, Delly Sesanga avait annoncé cette deuxième étape en appelant les Congolais à se rendre à l’esplanade du Palais du peuple pour dénoncer les parlementaires que le C64 accuse de participer à une entreprise visant à modifier ou changer la Constitution « pour avoir un troisième mandat ».

Depuis cette annonce, l’actualité a accéléré. Et elle rend le pari du 12 juin encore plus lourd.

Le sit-in arrive après le vote de l’Assemblée

Lorsque le C64 a annoncé son calendrier, le sit-in devait servir à mettre la pression sur les députés avant que le processus référendaire ne franchisse un seuil décisif. Mais le texte est déjà passé à l’Assemblée nationale.

Le 9 juin, la Chambre basse a adopté la proposition de loi portant organisation du référendum en RDC, par 348 voix sur 351 votants, en l’absence de l’opposition. Le texte encadre notamment la convocation du référendum par le président de la République, son organisation par la CENI, la campagne, le dépouillement et le contentieux, avant transmission au Sénat pour seconde lecture.

Ce vote modifie le sens du sit-in. Il ne s’agit plus seulement d’empêcher l’Assemblée nationale d’adopter le texte. Il s’agit désormais de contester une loi déjà votée en première lecture, de peser sur le Sénat, de délégitimer la suite du processus et de maintenir l’affaire dans la rue.

Le Sénat a, de son côté, déjà entamé l’examen du texte. Son président, Sama Lukonde, a annoncé le 10 juin la transmission de la proposition par l’Assemblée nationale et son renvoi à la Commission politique, administrative et juridique, PAJ, qui dispose de trois jours pour déposer son rapport.

Le 12 juin devient donc moins un acte de blocage immédiat qu’un acte de pression politique.

De la ville morte à la présence physique

La première difficulté du C64 tient à la nature même du passage demandé à ses partisans.

Le 3 juin, rester à la maison permettait à plusieurs catégories de citoyens de se retrouver dans le même geste sans nécessairement partager la même motivation. Certains pouvaient être convaincus par le mot d’ordre. D’autres pouvaient simplement éviter les risques. D’autres encore pouvaient suivre le mouvement parce que les transports, les écoles ou les commerces étaient ralentis autour d’eux.

Le 12 juin, la logique change. Se rendre devant le Palais du peuple est un acte plus visible, plus personnel, plus exposé. Il demande du temps, du courage, une consigne claire, une logistique minimale et une certaine confiance dans l’encadrement.

C’est ce qui rend le test plus dur pour l’opposition.

Le C64 affirme que son appel ne s’adresse pas seulement aux membres des partis politiques, mais à « tous les Congolais qui aujourd’hui ne sont pas d’accord ». Dans la même vidéo transmise à BETO, Sesanga appelle ceux qui sont restés chez eux pour la ville morte à se mobiliser « comme un seul homme » pour faire barrage à ce que l’opposition présente comme une tentative de confiscation du pouvoir.

La question du 12 juin est donc simple : ceux qui ont accepté le retrait accepteront-ils la présence ?

Le Palais du peuple comme scène centrale

Le choix du Palais du peuple n’est pas seulement symbolique. Il est stratégique.

Ce bâtiment est le siège du Parlement. C’est là que la proposition de loi référendaire a été votée à l’Assemblée nationale. C’est également là que le texte poursuit son chemin institutionnel à travers le Sénat. Pour le C64, aller devant le Palais du peuple revient à ramener la rue devant les élus.

La coalition a officiellement informé le gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba, de la tenue du sit-in prévu ce vendredi 12 juin à l’esplanade du Palais du peuple. Dans la correspondance citée par Actualite.cd, les signataires — notamment LGD, Ensemble pour la République, Envol et l’Alliance pour le changement — disent vouloir se conformer à l’article 26 de la Constitution, qui prévoit le régime d’information préalable pour les manifestations publiques.

L’article 26 garantit la liberté de manifestation, tout en exigeant que les organisateurs informent par écrit l’autorité administrative compétente pour les manifestations sur la voie publique ou en plein air.

En se plaçant dans ce cadre, l’opposition cherche à éviter l’image d’une action insurrectionnelle. Elle veut présenter le sit-in comme une manifestation pacifique, légale, républicaine.

Dans sa lettre, le C64 explique vouloir exprimer son opposition au projet de loi référendaire, qu’il accuse de viser le changement de la Constitution, et demande aux autorités de prendre les dispositions nécessaires pour la sécurité des manifestants.

Cette formulation est importante. Elle place la responsabilité de la sécurité dans les mains de l’autorité publique. Si le sit-in est encadré calmement, le pouvoir pourra dire qu’il respecte les libertés. S’il est interdit, empêché ou dispersé, l’opposition y verra un argument supplémentaire sur la fermeture de l’espace démocratique.

Une plainte reportée, une pression déplacée

Le sit-in arrive aussi après un autre changement : le report de la plainte annoncée contre Félix Tshisekedi.

Initialement, le C64 voulait déposer cette plainte le 9 juin contre le président et ses « complices » pour ce qu’il qualifie de tentative de renversement de l’ordre constitutionnel. Dans la vidéo transmise à BETO, Sesanga parlait d’un « crime imprescriptible contre la nation », de « haute trahison » et de « forfaiture ».

Mais le 9 juin, la plainte n’a pas été déposée. Le C64 a annoncé son report afin d’y intégrer de « nouveaux éléments juridiques et factuels » ainsi que des pièces supplémentaires récemment recueillies.

Ce report a deux effets.

Il peut donner l’impression d’une opposition qui ajuste son calendrier sous la pression des événements. Mais il peut aussi indiquer que le C64 veut durcir son dossier à partir du vote de la loi référendaire à l’Assemblée nationale.

Dans les deux cas, le sit-in devient encore plus important. Puisque la plainte est reportée, le 12 juin doit éviter que la séquence de l’opposition ne perde de l’élan. Le C64 doit montrer qu’il n’a pas seulement annoncé une offensive juridique. Il doit maintenir une présence politique visible.

Le débat se radicalise autour de l’article 220

Le fond du bras de fer reste l’article 220 de la Constitution, qui protège certaines matières de toute révision, notamment le nombre et la durée des mandats du président de la République.

Pour l’opposition, la loi référendaire peut devenir l’instrument d’un contournement de ces verrous. Dans un échange public rapporté par Actualite.cd, Delly Sesanga a qualifié la démarche de « crime contre la nation » et d’« actes préparatoires à la haute trahison ». Il soutient que l’article 5, qui consacre la souveraineté du peuple, ne peut pas être utilisé séparément des articles 218 à 220 pour ouvrir une voie parallèle de changement constitutionnel.

Sesanga va plus loin : il invoque l’article 64 et appelle les citoyens à faire échec à ce qu’il décrit comme une « dictature en pleine construction ».

En face, Paul-Gaspard Ngondankoy, auteur de la proposition de loi, défend une thèse opposée. Selon lui, il faut distinguer le « peuple de l’article 5 », qu’il présente comme pouvoir constituant originaire, du « peuple de l’article 218 », consulté dans le cadre d’une révision constitutionnelle. Il soutient que les limites de l’article 220 ne s’imposent pas au peuple souverain lui-même, mais seulement aux pouvoirs constitués.

C’est ce débat qui donne au sit-in sa profondeur. Ce ne sera pas seulement une manifestation contre un texte. Ce sera une démonstration de force autour d’une question plus fondamentale : le peuple peut-il être appelé à refaire la Constitution au-delà des verrous posés par la Constitution elle-même ?

Trois scénarios pour le 12 juin

Le premier scénario est celui d’une mobilisation visible, encadrée et pacifique. Dans ce cas, l’opposition aura réussi son passage du retrait à la présence. Elle pourra dire que le C64 n’est pas seulement capable d’obtenir un ralentissement par prudence ou discipline, mais aussi de faire sortir des citoyens devant une institution centrale.

Le deuxième scénario est celui d’une mobilisation empêchée, interdite ou dispersée. Dans ce cas, le pouvoir pourra invoquer l’ordre public, mais l’opposition disposera d’un récit puissant : celui d’une contestation constitutionnelle empêchée avant même d’être mesurée.

Le troisième scénario est celui d’une mobilisation faible. Ce serait le plus dangereux pour le C64. Une faible présence devant le Palais du peuple offrirait au camp présidentiel un argument simple : l’opposition aurait réussi à faire parler le silence du 3 juin, mais pas à transformer ce silence en force politique organisée.

C’est pourquoi le 12 juin est un pari risqué. Il peut renforcer l’opposition ou révéler ses limites.

Le pouvoir aussi sera observé

L’opposition joue gros. Le pouvoir aussi.

Si les autorités encadrent le sit-in sans incident, elles pourront défendre l’idée d’un État suffisamment solide pour laisser ses opposants manifester, même sur un sujet sensible. Si elles verrouillent le Palais du peuple de manière excessive, elles risquent d’alimenter le discours du C64 sur la confiscation du débat constitutionnel.

Le gouvernement et la majorité ont déjà une ligne de défense : il ne s’agirait pas de préparer un troisième mandat, mais de permettre au peuple souverain de s’exprimer sur l’avenir des institutions. Cette ligne peut être politiquement efficace, mais elle suppose une certaine ouverture du débat public. Plus le débat sera sécurisé, interdit ou filtré, plus l’argument de la souveraineté populaire perdra en force.

Le traitement du sit-in sera donc un test pour l’État autant que pour l’opposition.

La bataille des images recommencera

Comme lors de la ville morte, les images du 12 juin seront immédiatement disputées.

Une esplanade pleine sera présentée par l’opposition comme la preuve d’un rejet populaire du changement constitutionnel. Une esplanade clairsemée sera présentée par la majorité comme l’échec du C64. Des accès bloqués pourront être interprétés comme mesure de sécurité ou comme obstruction politique, selon le camp qui parle.

Le risque est connu : chaque camp choisira ses angles, ses heures, ses plans serrés ou ses plans larges.

Il faudra donc regarder le 12 juin avec prudence : heure d’arrivée des manifestants, points d’accès, présence policière, slogans, profil des participants, réaction des passants, itinéraires, incidents éventuels, durée réelle du rassemblement, et suite donnée par les institutions.

Une image ne dira pas tout. Mais elle sera au cœur du récit.

Le moment le plus difficile commence

Le C64 est né avec un avantage : un mot d’ordre clair contre le changement constitutionnel. Il a trouvé, avec l’article 64, une référence immédiatement compréhensible par une partie de l’opinion. Il a réussi à aligner plusieurs figures de l’opposition autour d’un refus commun.

Mais le plus difficile commence maintenant.

Il ne suffit plus de dire non. Il faut tenir un calendrier, produire une stratégie juridique, mobiliser au-delà des bases partisanes, éviter les contradictions internes, parler aux provinces, convaincre les Églises, répondre aux arguments de la majorité et affronter la procédure parlementaire en cours.

Le 12 juin ne dira pas tout de la bataille constitutionnelle. Mais il dira quelque chose d’essentiel : si l’opposition peut transformer une alerte politique en présence organisée devant l’institution qui porte désormais la loi référendaire.

Le 3 juin avait posé une question : le pays peut-il ralentir au nom de la Constitution ?

Le 12 juin en pose une autre, plus rude : l’opposition peut-elle faire lever des citoyens pour défendre cette Constitution devant le Palais du peuple ?

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B
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