Clôture de la 5e session du Parlement panafricain : la RDC plaide pour des réformes profondes et la reconnaissance des droits des Africains
Clôture de la 5e session du Parlement panafricain : la RDC plaide pour des réformes profondes et la reconnaissance des droits des Africains
AFP
La cinquième session ordinaire de la sixième législature du Parlement panafricain s’est clôturée le 1er août 2025, à l’issue de deux semaines de travaux intenses centrés sur un thème majeur : le droit communautaire africain et la diaspora. Une session marquée par des débats de fond sur les réparations historiques dues aux Africains, les défis de gouvernance sur le continent et les réformes à mener au sein des institutions de l’Union africaine.
« Cette session, ouverte le 21 juillet, a permis de revenir sur les injustices historiques telles que l’esclavage et la colonisation. Plus de quatre siècles après, leurs conséquences continuent de peser sur notre continent. Il est donc légitime de discuter des formes de réparations que l’Afrique pourrait exiger », a déclaré le professeur Jacques Djoli, Rapporteur de l’Assemblée nationale de la RDC, à l’issue des travaux.
Une délégation congolaise engagée
Composée de deux sénateurs et trois députés nationaux, la délégation congolaise a activement pris part aux travaux. Outre la question historique des réparations, les parlementaires africains ont abordé des thématiques cruciales telles que l’intégration continentale, la participation des jeunes et des femmes dans la gouvernance et la résolution des conflits.
Sur ce dernier point, un échange soutenu a eu lieu avec le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (UA). Il en est ressorti un constat d’échec préoccupant : « Une forte désillusion des citoyens africains à l’égard de l’UA et du Parlement panafricain, souvent perçus comme déconnectés des réalités du terrain », a rapporté le professeur Djoli.
Conflits, gouvernance et pillage des ressources
Les débats ont mis en lumière la nécessité de s’attaquer aux racines des crises africaines : la mauvaise gouvernance, les violations des droits humains, mais aussi les ingérences étrangères, notamment en République démocratique du Congo. « Le pillage de nos ressources naturelles en RDC reste une source de conflits. Il est urgent d’y apporter des réponses concrètes », a plaidé le rapporteur congolais.
La session a débouché sur l’adoption d’une dizaine de résolutions, notamment sur les droits des femmes, la jeunesse, et la prévention des conflits. Mais leur mise en œuvre demeure incertaine, car le Parlement panafricain reste un organe consultatif, sans pouvoir décisionnel.
Appel à un changement de culture parlementaire en RDC
Jacques Djoli estime qu’il est temps pour la RDC de tirer des enseignements des pratiques du Parlement panafricain : « Chez nous, le Parlement est trop souvent limité à légiférer et contrôler. Il faut aller plus loin, ouvrir le débat sur des questions comme les réparations, les droits humains et la réforme des institutions démocratiques. »
Il a également souligné l’urgence d’un diagnostic national approfondi pour comprendre la persistance des violences armées : « Pourquoi a-t-on encore près de 140 groupes armés actifs en RDC ? Quels sont les obstacles à une paix durable ? Ce sont des questions auxquelles nous devons répondre dans un cadre dépassionné et non partisan. »
L’avenir numérique, un enjeu oublié
Autre sujet abordé mais peu pris en compte dans les politiques publiques nationales : la révolution numérique et l’intelligence artificielle. « Ce sont des défis majeurs pour l’avenir de l’humanité. Il est étonnant que nos parlements nationaux restent silencieux sur ces enjeux », a regretté le rapporteur congolais.
Des institutions africaines à repenser
Enfin, Jacques Djoli a appelé à une réforme structurelle de l’Union africaine pour redonner au Parlement panafricain une place centrale. « Malgré son rôle clé dans l’adoption du budget de l’UA, ce Parlement reste sans véritables pouvoirs législatifs. Tant que cette situation perdurera, la défiance des peuples africains ne fera que grandir. »
Il a salué la représentation inclusive de la RDC au sein de l’institution, avec deux femmes et deux jeunes sur cinq délégués, conformément aux exigences de parité et de diversité du Parlement panafricain.
Le plaidoyer du professeur Djoli pose les bases d’une réflexion nécessaire sur le rôle des institutions africaines, les attentes des peuples, et l’impératif d’ancrer les débats panafricains dans les réalités locales. Reste à savoir si ces appels seront suivis d’effet au niveau national comme continental.
Christian Okende