Économie Union minière, Gécamines, et le cuivre
01
Série Congo 66 Partie 1 sur 1
Épisodes
Partie 1 — Économie

Union minière, Gécamines, et le cuivre

Il y a, sous le Katanga, une richesse qui a décidé du sort du Congo avant même que le Congo existe comme nation. Le cuivre.

La Rédaction 30 juin 2026
La Rédaction
Kinshasa - 30 JUIN 2026 - 22:01 WAT · 4 min de lecture

Il y a, sous le Katanga, une richesse qui a décidé du sort du Congo avant même que le Congo existe comme nation. Le cuivre. Et autour de lui, une entreprise qui a longtemps pesé plus lourd que bien des ministères : l’Union minière du Haut-Katanga, fondée en 1906, en plein régime colonial. Pendant des décennies, cette société a extrait, fondu et exporté le métal rouge qui faisait la fortune de la colonie, et elle a façonné une région entière à son image, avec ses cités, ses hôpitaux, ses écoles et sa hiérarchie.

Quand le Congo devient indépendant en 1960, l’Union minière reste une puissance dans la puissance. Sa place dans la sécession du Katanga, que cette série raconte à part, illustre à quel point l’économique et le politique étaient entremêlés. Un État jeune pouvait-il être réellement souverain tant qu’une entreprise étrangère contrôlait son principal trésor ? La question hante les premières années de la République, et elle reçoit une réponse au tournant des années 1966 et 1967, lorsque le pouvoir nationalise les activités de l’Union minière. De cette reprise en main naît la Générale des carrières et des mines, la Gécamines, qui devient le bras minier de l’État.

Pendant les années qui suivent, la Gécamines est une fierté nationale et une mamelle budgétaire. Elle produit du cuivre et du cobalt en quantités qui placent le pays parmi les grands fournisseurs mondiaux, elle emploie des dizaines de milliers de personnes, et elle finance, par ses recettes, une part considérable de l’État. Dans les villes minières, travailler à la Gécamines, c’est avoir un statut, un logement, des soins, une retraite. L’entreprise n’est pas qu’un producteur de métal. Elle est un modèle social, un employeur qui tient des régions entières.

Mais une économie suspendue à un seul minerai et à une seule entreprise est une économie fragile. La Gécamines dépend des cours mondiaux du cuivre, qu’elle ne maîtrise pas, et de la bonne gestion de l’État, qui se dégrade. À mesure que le régime de Mobutu confond les caisses publiques et les siennes, à mesure que l’investissement se tarit et que les installations vieillissent, le géant commence à fatiguer. La chute de la production, que cette série raconte dans une autre histoire, n’est pas un accident soudain. C’est le résultat de décennies où l’on a beaucoup prélevé et peu réinvesti.

Comprendre l’Union minière puis la Gécamines, c’est saisir une vérité qui traverse toute l’histoire économique congolaise. Le pays a toujours eu la richesse. Ce qui lui a manqué, c’est la maîtrise durable de cette richesse au bénéfice de sa population. Le métal est sorti du sol katangais sans interruption, sous la colonie, sous la Première République, sous Mobutu, mais le sort des Congolais n’a pas suivi la courbe du cuivre. Entre le minerai et le citoyen, il y a toujours eu un intermédiaire, étranger ou prédateur, qui captait l’essentiel.

Soixante-six ans après l’indépendance, la colonne vertébrale minière tient toujours le pays debout. Le cuivre, dont la production a explosé ces dernières années grâce à de nouveaux acteurs, et le cobalt, dont le monde a soif pour ses batteries, pèsent l’essentiel des exportations et des recettes. La Gécamines existe encore, transformée, partenaire de grands groupes étrangers. La question de 1906, celle de l’Union minière, n’a jamais été réglée. Elle s’est seulement modernisée : à qui profite, vraiment, le sous-sol du Congo ? Cette histoire ouvre l’épisode minier de la série parce qu’elle pose, à la racine, la question que toutes les autres prolongent.

Cet article fait partie de « Congo 66 », la série de BETO consacrée aux histoires qui racontent la RDC depuis l’indépendance. Politique, économie, culture, société : BETO revient sur les récits, les ruptures et les héritages qui continuent de façonner le pays.

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…