Minerais congolais : Washington veut mettre fin au pillage rwandais, et sécuriser sa part
Minerais congolais : Washington veut mettre fin au pillage rwandais, et sécuriser sa part
AFP
Le même jour, dans la même salle, les États-Unis ont tenu au Congo un double langage. Devant le Conseil de sécurité, ils ont reconnu que la guerre de l’Est se finance par l’or pillé, un constat qui vise l’économie de l’agresseur rwandais. Et ils ont fait de ce constat le tremplin d’une ambition, sécuriser les minerais congolais au profit d’investisseurs alignés sur Washington. Le discours de leur représentante adjointe à l’ONU, Tammy Bruce, prononcé le 22 juillet au débat que présidait la RDC, tient tout entier dans cette manœuvre à deux temps.
Le premier temps sert la cause congolaise. Reprenant le conseiller de Donald Trump pour l’Afrique, Massad Boulos, la diplomate a jugé qu’« il est temps de considérer le rôle que joue l’or dans l’alimentation de ce conflit », précisant que « l’or constitue une source majeure de revenus qui finance en grande partie l’acquisition et la circulation de drones et d’autres armes ». Elle a salué le Royaume-Uni pour avoir sanctionné des trafiquants d’or, et rappelé que les États-Unis avaient ciblé « des individus et des réseaux qui profitent de cette guerre, y compris ceux qui recrutent des combattants étrangers et fournissent les armes ». Dire, au Conseil de sécurité, que l’or finance les armes de l’Est, c’est désigner sans le nommer le circuit par lequel les ressources congolaises arment leur pillage. Pour Kinshasa, c’est un appui de poids.
Le second temps sert Washington. Car la même bouche qui dénonce le pillage réclame l’accès. La traçabilité et la transparence, a soutenu Tammy Bruce, « ne sont pas des obstacles à l’investissement, mais son fondement ». Et cet investissement porte un adjectif. L’accord de partenariat stratégique entre les deux pays, a-t-elle expliqué, « exploite le potentiel économique » de la RDC « en créant les conditions d’un investissement américain et aligné sur les États-Unis ». La représentante a vanté le corridor de Lobito, destiné à « sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques » et à relier le Congo au port atlantique angolais, pour « le commerce dans les deux sens entre l’Afrique centrale, les États-Unis et l’Europe ». Ce que Washington propose n’est pas seulement de tarir les minerais du sang, mais de les remplacer par des minerais sous influence américaine. « La sécurité économique est la sécurité nationale », a résumé la diplomate, en parlant de la sienne.
L’habillage vaut aussi pour le bilan. Tammy Bruce a célébré les accords de Washington de décembre 2025 comme une « réalisation marquante » et une « opportunité historique ». Vu de l’Est, le tableau est autre. À la mi-juillet, aucune des deux obligations centrales de l’accord n’était remplie, ni le retrait des Forces de défense rwandaises, dont les experts de l’ONU estiment les effectifs entre quatorze mille et dix-huit mille hommes en RDC, ni la neutralisation des FDLR. Le M23 administre toujours Goma, Bukavu et le site minier de Rubaya, et Uvira était tombée quelques jours après la signature. Washington vante un cadre que le terrain dément, parce que ce cadre est d’abord le sien.
C’est là que le Congo doit lire entre les lignes. Le danger n’est pas seulement de rester la proie de la prédation rwandaise. Il est aussi de passer d’un pillage illicite, qui arme la guerre, à une captation légale, qui arme la croissance d’un partenaire. Dans les deux cas, la richesse du sous-sol part vers l’extérieur, et le Congolais qui vit sur le minerai n’est jamais celui qui en décide. Les « approvisionnements propres » que la diplomate appelle de ses vœux ne diront leur vérité qu’à une question, propres pour qui, et alignés sur qui.
Il y a néanmoins une prise à saisir. En liant publiquement la fin de la guerre à l’assèchement de l’or qui la finance, les États-Unis se sont engagés sur un terrain que Kinshasa réclame, celui des sanctions et de la traçabilité. La RDC peut les y tenir, exiger que la pression frappe réellement les réseaux qui alimentent l’agression, et non qu’elle se dilue dès qu’un contrat minier est en jeu. Tammy Bruce a promis que la richesse en ressources devait « financer la paix, et non la guerre ». Reste à savoir de quelle paix, et au bénéfice de quelle prospérité. Sur ce point, le discours américain à l’ONU a soigneusement laissé la porte ouverte.
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