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Constant Mutamba, la vertigineuse chute d’un populiste
Candidat de la rupture, ministre de la Justice à 36 ans, comparé à Lumumba par ses partisans, aujourd’hui condamné et rejugé pour détournement : la trajectoire fulgurante et la chute de Constant Mutamba.
Il y a deux ans, il était le plus jeune des candidats à la présidentielle, héraut autoproclamé de la rupture. Il y a un an, il siégeait au gouvernement comme ministre d’État à la Justice. Ce 13 juillet 2026, il est arrivé à son second procès pour détournement dans une ambulance, sous perfusion. En moins de vingt-quatre mois, Constant Mutamba a parcouru toute la distance qui sépare l’ascension fulgurante de la chute publique.
L’homme avait construit son personnage sur la vitesse et le verbe. Avocat formé à Kinshasa et à Liège, il fonde en 2014 un mouvement citoyen, passe par la plateforme de Joseph Kabila, puis s’en émancipe en 2021 pour créer son propre parti, la Dynamique progressiste révolutionnaire. Candidat à la présidentielle de 2023, il ne recueille que 0,20 pour cent des voix, mais s’installe dans le paysage comme la figure d’une génération pressée. La récompense vient en mai 2024, quand la Première ministre Judith Suminwa le nomme, à trente-six ans, ministre de la Justice. Le pourfendeur du système en devenait l’un des gardiens.
Autour de lui s’est alors tissé un récit qui le dépassait. Une partie de ses partisans, des tribunes et jusqu’à des artistes, à l’image du reggaeman Tiken Jah Fakoly, l’ont érigé en héritier de Patrice Lumumba, le héros de l’indépendance. Sa jeunesse passée à Kisangani, la ville de Lumumba, ses adresses solennelles « aux peuples d’Afrique » et sa rhétorique souverainiste ont nourri la comparaison. Lui n’a jamais formellement revendiqué cet habit, mais il en a laissé prospérer l’image, celle d’un homme neuf venu laver la maison congolaise. C’est précisément cette promesse que la justice est venue percuter.
La rupture est intervenue le 2 septembre 2025. La Cour de cassation a condamné Constant Mutamba à trois ans de travaux forcés, au remboursement de près de dix-neuf millions de dollars et à cinq ans d’inéligibilité, pour le détournement de fonds destinés à la construction d’une prison à Kisangani. Jugée au premier et dernier ressort, la condamnation est définitive. Le ministre de la Justice qui promettait de moraliser l’État s’est retrouvé détenu à la prison centrale de Makala, rattrapé par le mal qu’il disait combattre.
Le second dossier, celui qui l’a conduit devant les juges ce 13 juillet, ajoute à la chute une part d’ironie plus lourde encore. Le FRIVAO devait indemniser les victimes des exactions ougandaises à Kisangani. Sur les 195 millions de dollars versés par Kampala, une trentaine seulement seraient parvenus aux victimes, le reste alimentant, selon le parquet, un carrousel de marchés surfacturés. « C’est une injustice envers des victimes qui ont déjà perdu leurs proches, parfois leurs maisons, une injustice organisée et planifiée par ceux-là mêmes qui sont censés combattre l’injustice », résume Jonas Tshiombela, de la Nouvelle Société civile congolaise. L’accusation reste à juger, et Constant Mutamba la conteste, mais le symbole est cruel pour celui qui incarnait la probité.
Face à cet effondrement, l’ancien ministre n’a rien cédé de sa superbe. « Qu’ils fassent ce qu’ils veulent. J’ai déjà été condamné », lançait-il à un huissier venu lui remettre une citation. Il dénonce des « réseaux mafieux politico-judiciaires » et se pose en victime d’un règlement de comptes, prolongeant jusque dans le box la posture de combattant qui a fait sa fortune politique. Reste une trajectoire qui interroge, celle d’un discours de rupture confronté à l’épreuve des comptes. Qu’il soit la cible d’une machine politique ou l’artisan de sa propre perte, la question sera tranchée par les juges. En attendant, l’homme que l’on comparait à Lumumba offre surtout le visage d’une ambition congolaise fauchée en plein vol.
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