Politique De la critique à l’action : Éliezer Ntambwe entre au gouvernement
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De la critique à l’action : Éliezer Ntambwe entre au gouvernement

Éliezer Ntambwe, nouveau ministre délégué à la Défense et aux Anciens combattants
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 8 AOÛT 2025 - 08:49 WAT · 4 min de lecture

Journaliste incisif, député au verbe tranchant et désormais ministre délégué à la Défense et aux Anciens combattants, Éliezer Ntambwe incarne une ascension politique hors des sentiers battus. Sa nomination dans le gouvernement Suminwa II, annoncée ce vendredi par le président Félix Tshisekedi, marque l’aboutissement d’un parcours atypique, fait de combats, de convictions et de ruptures assumées avec les codes traditionnels de la politique congolaise.

Du journalisme à la politique

Né à Kalungu, Éliezer Mposhi Ntambwe s’est d’abord fait un nom comme journaliste et producteur de l’émission “Tokomi Wapi”, largement suivie en ligne pour son ton libre et sans concession. Proche des réalités quotidiennes, il s’est imposé comme une voix critique et influente du paysage médiatique congolais.

En 2018, il capitalise sur cette notoriété en entrant en politique, élu député national de Lukunga sous la bannière de la coalition Lamuka. Réélu en 2023, il s’affirme comme un parlementaire indépendant, parfois provocateur, toujours en prise directe avec les préoccupations populaires.

Chef de parti et allié critique

À la tête de l’Action Commune pour la République (ACR), Éliezer Ntambwe intègre le regroupement 4AC au sein de l’Union sacrée. S’il reste loyal au président Tshisekedi, il cultive une liberté de ton qui bouscule parfois ses alliés. Écarté du premier gouvernement Suminwa en mai 2024, il accepte la décision sans amertume, promettant de « servir avec rigueur » depuis les bancs de l’Assemblée.

Un parlementaire engagé

Au sein du Parlement, il se distingue par des initiatives concrètes, comme sa proposition de loi créant l’Ordre des sages-femmes, saluée par les organisations féminines. Il dénonce également la spoliation foncière des terres communautaires et s’attaque aux abus couverts par certains arrêtés ministériels.

Concernant la crise dans l’Est, il interpelle régulièrement le gouvernement et réclame, dès janvier 2025, une session parlementaire extraordinaire dédiée au conflit avec le M23. « 70 % des ressources de l’État sont mobilisées pour la guerre, nous ne pouvons plus nous contenter de silence », affirme-t-il sur Radio Okapi.

Ministre délégué à la Défense : un nouveau défi

Sa nomination comme ministre délégué à la Défense nationale et aux Anciens combattants marque un tournant. Aux côtés du vice-premier ministre Guy Kabombo Mwadimvita, il devra piloter un portefeuille stratégique, au cœur des enjeux sécuritaires du pays.

Son rôle : accompagner les réformes au sein des FARDC, gérer les dossiers des anciens combattants, et incarner l’autorité civile dans des zones sous tension. Une nouvelle posture pour celui qui, jusque-là, interpellait plus qu’il n’agissait.

Une figure clivante mais influente

Si sa popularité est réelle, Éliezer Ntambwe reste une figure controversée. En 2025, il est visé par une plainte d’associations de personnes vivant avec un handicap pour des propos jugés stigmatisants – des accusations qu’il rejette vigoureusement. Malgré cela, il conserve une forte capacité de mobilisation, tant dans la diaspora (notamment via son association RDC-Monde, dirigée par Pauline Lumumba) qu’à Kinshasa.

Plus récemment, il a salué l’accord de paix signé en juin 2025 entre la RDC et le Rwanda, qualifiant cette avancée de « victoire diplomatique majeure du président Tshisekedi », et appelant à l’unité nationale.

Une entrée dans la maturité politique ?

À 42 ans, Éliezer Ntambwe entre pour la première fois au gouvernement. Du micro aux arcanes de l’État, de la critique à l’action, il est désormais attendu sur les résultats. Ses détracteurs le scruteront avec attention ; ses partisans espèrent qu’il incarnera, dans un domaine aussi sensible que la Défense, le renouveau d’une gouvernance plus proche, plus responsable.

Gilbert N.

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