Diplomatie À Malabo, le jour où le Congo a fait claquer la porte au Rwanda

À Malabo, le jour où le Congo a fait claquer la porte au Rwanda

Le 7 juin 2025, au sommet de la CEEAC, Kigali devait prendre la présidence de l'organisation. Il en est reparti en claquant la porte. Un an plus tard, ce coup diplomatique congolais reste un symbole — qui n'a toujours pas ramené les soldats rwandais chez eux.

Photo en famille après la 26e session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) qui s'est tenue à Malabo en Guinée équatoriale, le samedi 07 juin 2025.
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 15 JUIN 2026 - 03:29 WAT · 5 min de lecture

Sur l’île de Bioko, à Malabo, les autorités équato-guinéennes y ont cru jusqu’au bout. Le 4 juin 2025, trois jours avant le sommet, elles organisent deux réunions à huis clos pour rapprocher Kinshasa et Kigali. Les deux délégations en ressortent sans accord. La table est mise pour l’affrontement.

Le samedi 7 juin, la Conférence des chefs d’État de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) se réunit à Sipopo. La République démocratique du Congo a envoyé son président, Félix Tshisekedi, en personne. Le Rwanda, lui, n’a dépêché que son Premier ministre, Édouard Ngirente. Or, ce jour-là, selon le principe de rotation, c’est au Rwanda que doit revenir la présidence tournante de l’organisation.

Il ne l’aura pas. Dans son communiqué final, la Conférence annonce, en langage diplomatique, qu’elle « a différé à un autre moment le passage de la présidence tournante de la Communauté à la République du Rwanda » et qu’elle maintient le président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema à la tête du bloc « pour une période supplémentaire d’une année ». Sur la guerre, le même texte « encourage la République du Rwanda » à appliquer la décision prise en février, à savoir « le retrait immédiat des Forces de défense rwandaises du territoire congolais ».

Le claquement de porte

La réaction de Kigali ne se fait pas attendre. Le soir même, le ministère rwandais des Affaires étrangères publie un communiqué cinglant. Le Rwanda, y lit-on, « déplore l’instrumentalisation » de la CEEAC « par la RDC, avec le soutien de certains États membres ». Son « droit à la présidence rotative », garanti selon lui par l’article 6 du traité, a été « délibérément ignoré pour imposer le diktat de la RDC ». Conclusion : le Rwanda « ne voit aucune raison de maintenir son appartenance à une organisation dont le fonctionnement est désormais contraire à ses principes ».

Le lendemain matin, le chef de la diplomatie rwandaise, Olivier Nduhungirehe, prolonge la charge sur X. Il juge « incroyables et inacceptables » les accusations congolaises et tranche : « La CEEAC n’a rien à faire dans la crise de l’Est de la RDC. Son implication n’est pas seulement superflue, elle est nuisible. » Kigali, martèle-t-il, « n’acceptera jamais que des communautés économiques régionales comme la CEEAC soient manipulées par une RDC imprudente et désespérée ».

À Kinshasa, on savoure. « Cette réaction inédite de la CEEAC devrait inspirer les autres organisations régionales à adopter une posture plus ferme contre le Rwanda », réagit le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya. « Le narratif mensonger, les actions souterraines de lobbying ne pourront jamais prendre le dessus sur la vérité et les horreurs de l’agression rwandaise. » Là où le communiqué de la CEEAC « exhortait » et « encourageait », la présidence congolaise, elle, n’a pas ces pudeurs : elle affirme que les chefs d’État ont « pris acte de l’agression » et « ordonné à ce pays agresseur de retirer ses troupes du sol congolais ».

Il faut mesurer ce que représente ce moment. Quelques mois plus tôt, en janvier puis février 2025, les rebelles de l’AFC/M23, appuyés par Kigali, avaient pris Goma puis Bukavu, s’emparant des deux grandes villes du Kivu. Sur le terrain militaire, la RDC reculait. À Malabo, sur le terrain diplomatique, elle marquait un point : impossible, pour le Rwanda, de présider une organisation dont les membres dénonçaient son ingérence. Kigali a préféré partir plutôt que de s’asseoir en accusé.

Un an après, le symbole et ses limites

Reste à savoir ce que ce coup a produit. La réponse, un an plus tard, tient en une tension. Sur le papier diplomatique, Kinshasa a continué d’engranger : le 27 juin 2025, à Washington, les ministres congolais et rwandais signaient, sous l’égide du secrétaire d’État américain Marco Rubio, un accord de paix. « Cet accord se concentre sur la paix dans l’Est de la RDC et n’a rien d’un bradage de nos ressources », assurait la cheffe de la diplomatie congolaise, Thérèse Kayikwamba Wagner. En décembre, Félix Tshisekedi et Paul Kagame paraphaient à leur tour les « accords de Washington », présidés par Donald Trump.

Mais sur le terrain, l’essentiel n’a pas bougé. Le M23, qui n’était pas partie à ces accords interétatiques, tient toujours ses positions. Et la diplomatie multiplie les paradoxes : la même CEEAC qui a fermé sa porte au Rwanda à Malabo a, dès décembre 2025, mis sur pied un comité de médiation — Obiang, Paul Biya et le président santoméen Carlos Vila Nova — pour préparer le retour de Kigali. À la mi-2026, ce retour n’est pas acté. Mais il est sur la table.

C’est toute la limite de l’arme diplomatique. On peut claquer une porte au Rwanda à Malabo et devoir, le lendemain, s’asseoir avec lui à Washington. Un an après, la question posée ce samedi de juin reste entière : l’isolement de Kigali dans les enceintes africaines se traduira-t-il, un jour, par un retrait réel de ses soldats du sol congolais ?

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B
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