Dieu merci Mbokani raccroche ses crampons : une carrière, des buts, une légende
L’attaquant Dieumerci Mbokani avec le maillot de la RDC lors d’un match. PHOTO DROITS TIERS.
AFP
Il n’aura pas eu besoin de faire beaucoup de bruit pour s’imposer. Juste le silence avant l’explosion d’un but, le calme d’un dribble décisif, et l’élégance brutale d’un attaquant né. Ce lundi 14 juillet, Dieumerci Mbokani Bezua a mis fin à sa carrière de footballeur. Une annonce, à l’image d’un homme qui, pendant près de vingt ans, a laissé ses pieds parler pour lui. À 39 ans, l’enfant de Kinshasa tourne la page, mais son nom reste gravé dans l’histoire. Merci pour les buts. Merci pour la légende.
Tout commence à Kinshasa, dans les ruelles bouillonnantes de la capitale congolaise. Mbokani, formé au FC Bel’Or, ne tarde pas à faire parler de lui. Sa puissance, son flair et son sens du but l’amènent très tôt au TP Mazembe, l’un des plus grands clubs d’Afrique. Mais c’est en Belgique que la carrière du jeune prodige va véritablement décoller.
En 2007, il rejoint Anderlecht, puis le Standard de Liège, où il deviendra une véritable sensation. Sous les couleurs rouges liégeoises, il dispute 120 matchs pour 50 buts, tout imposant sa signature celle d’un tueur des surfaces, précis et redoutable. L’Europe commence à le regarder de plus près.
Le globe-trotter au pied d’or
En 2010, il signe à l’AS Monaco. L’expérience française est brève, tout comme celle qui suit en Allemagne, à Wolfsbourg. Mais Mbokani rebondit vite, comme toujours. En 2011, il revient à Anderlecht, là où son histoire belge avait commencé. Il y retrouve sa forme, ses repères, ses filets.
Son parcours prend ensuite des airs de tour d’Europe. L’Ukraine l’accueille à bras ouverts . Il débarque au Dynamo Kiev, il où inscrit 31 buts en 77 matchs et remporte le championnat. Puis, cap sur l’Angleterre. À Norwich et Hull City, il découvre la rugosité de la Premier League et ajoute une nouvelle dimension à sa carrière.
Mais c’est en Belgique que Mbokani écrira ses plus belles lignes. Son retour à Antwerp est couronné de succès : il y remporte la Coupe de Belgique en 2020 et finit, une fois de plus, meilleur buteur du championnat. Une performance rare, à 34 ans.
Un palmarès à la hauteur de son talent
Dieumerci Mbokani, ce sont 237 buts en 460 matchs professionnels, cinq titres remportés avec le Standard et Anderlecht, mais aussi des trophées individuels prestigieux. En 2012, il réalise un doublé historique : Soulier d’ébène meilleur joueur africain du championnat belge et Soulier d’or belge, en tant que meilleur buteur du championnat. En 2019, il est sacré Soulier d’or de la Tribune, puis de nouveau meilleur buteur de Belgique en 2020.
L’âme des Léopards
Mbokani n’a jamais tourné le dos à sa patrie. Sous le maillot des Léopards de la RDC, il aura tout donné. En 49 sélections, il marque 22 buts, un record national. Il est le meilleur buteur de l’histoire de l’équipe nationale congolaise. Son dernier match en sélection remonte à mars 2022, lors du douloureux revers (4-1) contre le Maroc à Casablanca, en qualifications pour la Coupe du monde. Une sortie discrète, mais symbolique d’un joueur qui, jusqu’au bout, aura porté les espoirs de tout un peuple.
Une légende, un exemple
Mbokani ne laisse pas qu’un palmarès. Il laisse une empreinte. Celle d’un joueur qui, sans grandes déclarations ni frasques inutiles, a bâti une carrière modèle. Celle d’un homme qui a défié les doutes, les blessures, les critiques, pour s’imposer par le travail, la constance et la passion.
Il quitte les pelouses avec la même élégance qu’il y est entré sans bruit, mais avec respect. Sans tapage, mais avec la reconnaissance de tous. Des jeunes qui rêvent de marcher dans ses pas, aux anciens qui saluent l’un des derniers grands buteurs du continent africain encore en activité.
C. Timothée ÉZÉCHIEL