Santé Ebola en RDC : la bataille qui se perd à domicile
Santé Ebola en RDC : la bataille qui se perd à domicile
Centre de traitement Ebola en Ituri, dans l'est de la RDC.
GRAND REPORTAGE

Ebola en RDC : la bataille qui se perd à domicile

65,7 % des décès du jour en Ituri surviennent dans la communauté, hors des centres de soins. La riposte se joue, pour une large part, loin des lits d'hôpital.

Lecture : 4 min
La Rédaction 21 juillet 2026

Le chiffre revient à chaque rapport, obstiné. Au 19 juillet, 65,7 % des décès d’Ebola enregistrés en une journée en Ituri sont survenus dans la communauté, hors de tout établissement de santé, selon le rapport de situation n°66 du Centre d’opérations d’urgence de santé publique. Autrement dit, deux morts sur trois échappent aux centres de traitement. La 17e épidémie de maladie à virus Ebola, qui a franchi les 2 400 cas confirmés et les 960 décès dans cinq provinces, ne se joue pas seulement dans les laboratoires ou les unités d’isolement. Elle se perd, pour une large part, dans les maisons et sur le chemin des cimetières.

Cette réalité déborde la seule Ituri. À l’échelle de la riposte, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) estime que plus de 60 % des décès surviennent au sein des communautés, là où des familles hésitent encore à signaler les cas suspects, à accepter la prise en charge des malades ou à confier les corps aux équipes d’inhumation sécurisée. Chaque décès à domicile est un double échec : un malade qui n’a pas été soigné, et une dépouille hautement contagieuse qui devient à son tour un foyer.

Attendre qu’un lit se libère

Si les malades arrivent tard, ce n’est pas seulement par méfiance. C’est aussi que les portes sont étroites. À Bunia, le centre de traitement d’Elikiya, doté de 90 lits, tourne à pleine capacité. « Les gens nous disent régulièrement qu’ils préfèrent attendre chez eux et ne venir que lorsqu’un lit se libère », rapporte Sylvie Kaczmarczyk, coordinatrice des urgences de MSF à Bunia. La conséquence est arithmétique : « Nous continuons à accueillir des patients qui arrivent trop tard et qui sont déjà dans un état critique. Il est déchirant de savoir que bon nombre de ces décès auraient pu être évités grâce à un diagnostic plus précoce et à un accès rapide aux soins. »

Le calcul des familles n’a rien d’irrationnel. Quand un centre est saturé, quand le transport manque, quand la maladie a la réputation de ne pas pardonner, rester chez soi paraît un moindre mal. Mais ce choix nourrit la chaîne de transmission que la riposte cherche à briser. Le virus reste contagieux après la mort, et les rites funéraires en font un accélérateur.

Le convoi funéraire, dernier maillon du contage

C’est le point le plus délicat de la riposte, parce qu’il touche à l’intime. Le transport des dépouilles d’une localité à l’autre, pour offrir aux défunts une sépulture sur leur terre natale, est devenu un défi majeur, ont averti mi-juillet les agences des Nations unies. « Lorsqu’ils sont sur le point de mourir, les proches essaient de venir récupérer les corps et de les ramener dans leur propre communauté afin de leur offrir un enterrement digne, dans leur terre natale, ce que tout le monde souhaiterait faire dans n’importe quel autre contexte », explique le porte-parole de l’OMS, Christian Lindmeier.

Le danger n’est pas théorique. Andrew Mbala, expert de l’OIM, évoque un incident en Tshopo, où la manipulation d’une dépouille et un projet d’autopsie ont favorisé la propagation du virus vers une autre province, avec plusieurs cas confirmés à la clé. « Il n’y a pas eu de transfert de corps vers un autre pays, mais nous avons constaté de nombreux transferts de corps à l’intérieur du pays », précise-t-il. « De tels mouvements risquent d’exporter le virus vers de nouvelles zones si les corps ne sont pas manipulés de manière sécurisée. »

Face à cela, l’OIM cartographie les axes de mobilité, y compris les itinéraires informels, et alerte les équipes de surveillance dès qu’une dépouille est repérée le long d’un corridor. La méthode a déjà permis de détecter plusieurs cas positifs. Mais elle ne remplace pas ce que les acteurs de terrain décrivent comme la clé de la sortie de crise : l’adhésion des communautés, aujourd’hui aussi déterminante que les mesures médicales. Tant que la confiance manquera, la courbe des décès continuera de se remplir loin des centres de soins, dans un angle mort que ni les lits ni les laboratoires ne suffisent à éclairer.

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