Ebola en RDC : ce que montrent quatre mois de bulletins de l’OMS
Au 13 septembre 2026, l’épidémie de fièvre Ebola comptait 7 258 cas confirmés et 3 510 décès en République démocratique du Congo. BETO a reconstitué la série des bulletins de l’OMS semaine après semaine : un compteur qui a changé de définition fin mai, trois semaines de suite autour de 550 nouveaux cas, et une létalité passée de 12 % à 48,4 %.
Hygiene agents disinfect medical staff after they finish patient rounds as part of doffing procedures at the MSF Ebola Treatment Centre in Lwiro, South Kivu.
AFP
Au 13 septembre 2026, l’épidémie de maladie à virus Ebola déclarée le 15 mai en République démocratique du Congo comptait 7 258 cas confirmés en laboratoire et 3 510 décès. Un malade confirmé sur deux en meurt. BETO a repris la série des bulletins hebdomadaires publiés par le Bureau régional de l’Afrique de l’Organisation mondiale de la santé et les bulletins d’alerte du siège de l’OMS pour reconstituer la courbe semaine après semaine. Voici ce qu’elle montre, et ce qu’elle ne permet pas de dire.
À la fin mai, le compteur a changé de définition
Le bulletin d’alerte de l’OMS arrêté au 21 mai fait état de 831 cas, dont 85 confirmés, et de 186 décès, dont 10 confirmés. Le bulletin hebdomadaire arrêté au 31 mai, dix jours plus tard, fait état de 321 cas et de 48 décès. Le premier chiffre est plus de deux fois supérieur au second.
Ce n’est pas une décrue. C’est un changement de compteur. Jusqu’au 29 mai, la série additionnait les cas suspects et les cas confirmés, et distinguait des décès suspects des décès confirmés. À partir du 31 mai pour les bulletins hebdomadaires, et du 6 juin pour les bulletins d’alerte, elle ne retient plus que les cas confirmés en laboratoire.
Aucune courbe honnête ne peut enchaîner ces deux régimes sur le même axe. Le graphique ci-dessous commence donc au 31 mai, au premier jour du compteur actuel.
De 321 à 7 258 cas confirmés en quinze semaines
La progression est continue. Au 31 mai, 321 cas et 48 décès. Au 21 juin, 1 048 cas et 267 décès. Au 5 juillet, 1 617 cas et 519 décès. Au 9 août, 4 381 cas et 2 011 décès. Au 13 septembre, 7 258 cas et 3 510 décès.
Le rythme, lui, n’est pas constant. En juin, l’épidémie ajoute 229, puis 258, puis 240 cas confirmés par semaine. Entre le 5 juillet et le 9 août, elle en ajoute 2 764 en cinq semaines, soit une moyenne de 553 par semaine. C’est le moment où la vitesse double.
Trois semaines de suite autour de 550 cas
Les trois dernières semaines documentées sont les plus lisibles de la série, parce que les trois bulletins qui les bornent publient tous un cumul. Du 23 au 30 août, 516 nouveaux cas confirmés et 270 décès. Du 30 août au 6 septembre, 586 cas et 276 décès. Du 6 au 13 septembre, 572 cas et 284 décès.
Soit 1 674 cas et 830 décès en vingt et un jours. Près de 80 cas confirmés et 40 décès par jour, trois semaines durant.
Ce que dit le pilier recherche, ce que dit le cumul
Le 10 septembre à Kinshasa, une réunion d’évaluation technique présidée par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a fait le point sur la riposte. Le professeur Placide Mbala, virologue de l’Université de Kinshasa et responsable du pilier recherche, y a déclaré, selon Radio Okapi qui rapportait la réunion le 11 septembre : « En regardant les données épidémiologiques, surtout la courbe épidémique, on peut voir que nous avons dépassé le pic et que la courbe est dans sa phase descendante. » Il a ajouté dans la même intervention : « On reste prudent, parce qu’il faudra attendre encore quelques semaines. »
La courbe épidémique dont parle le professeur Mbala et le cumul des cas déclarés ne sont pas le même objet. La première classe les malades par date de début des symptômes : elle recule quand des cas anciens sont confirmés tardivement, et ses dernières semaines sont toujours incomplètes. Le second classe les cas par semaine de rapportage : il ne recule jamais.
Dans le cumul, le dernier intervalle documenté, du 6 au 13 septembre, ajoute 572 cas, contre 516 pour la semaine du 23 au 30 août. Le bulletin publié après la déclaration du professeur Mbala n’enregistre donc pas de baisse du nombre de cas rapportés par semaine. Les deux constats ne se contredisent pas nécessairement : ils ne portent pas sur le même compteur.
La létalité a quadruplé depuis la fin mai
Le taux de létalité imprimé par l’OMS parmi les cas confirmés était de 12 % au 21 mai, 14 % au 29 mai, 17,4 % au 6 juin, 20,1 % au 10 juin, 26 % au 17 juin, 30,9 % au 1er juillet, 39 % au 15 juillet, 44 % au 30 juillet, 46,8 % au 12 août, 48,1 % au 26 août, 48,3 % au 7 septembre et 48,4 % au 13 septembre. Au 10 juin, l’OMS relevait que ce taux était probablement sous-estimé.
Ce taux mesure la part des décès parmi les cas confirmés en laboratoire, et non parmi l’ensemble des personnes infectées. Il monte quand les décès survenus tôt dans l’épidémie sont confirmés a posteriori, et quand une part des malades meurt avant d’atteindre un centre de traitement. Au 13 septembre, la même série dénombre 905 personnes hospitalisées en isolement et 1 726 guéries.
Deux séries qui ne s’additionnent pas
L’OMS publie deux décomptes qu’il ne faut pas confondre. Les bulletins hebdomadaires du Bureau régional de l’Afrique portent sur la seule République démocratique du Congo. Les bulletins d’alerte du siège agrègent la RDC, l’Ouganda, où 20 cas ont été confirmés, et la France, où un cas a été confirmé. L’écart entre les deux est donc de 21 cas. Au 26 août, le bulletin d’alerte affiche 5 815 cas là où le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, qui ne retient que la RDC, en affiche 5 794.
Le dénominateur des zones de santé a lui aussi changé trois fois. Il était de 104 en juin, de 151 fin août, de 167 à la mi-septembre. La formule « 62 zones de santé touchées sur 167 », exacte au 13 septembre, ne se compare donc pas à « 34 sur 104 » relevée le 26 juin. Une part de l’écart tient au périmètre retenu, pas à la progression du virus.
Le suivi des contacts et les doses
Le bulletin d’alerte arrêté au 7 septembre chiffre le suivi des contacts. La phrase est publiée en anglais et nous la reproduisons telle quelle, sans la traduire : « 85.3% of identified contacts were successfully monitored during the previous 24 hours with 21 359 contacts seen out of 24 719 requiring follow up. » Soit 3 360 contacts qui n’ont pas été vus dans les vingt-quatre heures précédentes.
Sur la vaccination, la même série indique qu’au 6 septembre, 2 007 personnes avaient été vaccinées dans six zones de santé de trois provinces : Tshopo, Bas-Uélé et Ituri. La campagne a démarré le 27 août avec l’Ervebo, homologué contre le virus Ebola de type Zaïre. Son efficacité contre le virus Bundibugyo, en cause dans cette épidémie, n’est pas démontrée chez l’être humain, et l’OMS indiquait fin août qu’une inclusion dans un essai clinique était en cours.
Le 10 septembre, à la même réunion de Kinshasa, le ministre de la Santé Roger Kamba déclarait, selon Radio Okapi : « Nous avons déjà commencé à vacciner. Pour cela, nous avons déjà réceptionné plus de 70 000 doses de vaccin. » Entre les doses réceptionnées et les personnes vaccinées recensées quatre jours plus tôt par l’OMS, l’écart est de plus de 67 000.
Comment nous avons fait
Sources. Organisation mondiale de la santé, Bureau régional de l’Afrique, Weekly External Situation Report sur l’épidémie de maladie à virus Bundibugyo, numéros 3 à 18, données arrêtées au dimanche. Organisation mondiale de la santé, Disease Outbreak News, éditions du 16 mai au 10 septembre 2026. Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, page de suivi de l’épidémie et Communicable Disease Threats Report. Africa CDC, Situation Report numéro 1 du 18 mai 2026. Radio Okapi, 11 septembre 2026, pour les déclarations du professeur Placide Mbala et du ministre Roger Kamba. Consultation le 18 septembre 2026.
Définitions. Cas confirmé : cas validé en laboratoire. Taux de létalité : décès rapportés divisés par cas confirmés rapportés, tel qu’imprimé par la source. Cumul : total depuis le début de l’épidémie, arrêté à une date donnée.
Calculs. Les cumuls sont repris tels quels, sans recalcul. Les variations hebdomadaires sont obtenues par différence entre deux cumuls successifs, puis divisées par le nombre de semaines séparant les deux dates d’arrêt. Aucun taux de létalité n’a été recalculé par nos soins. Chaque opération a été refaite à la main.
Limites. Six semaines de la série ne fournissent pas de cumul exploitable. Pour les intervalles concernés, le graphique affiche une moyenne hebdomadaire et non une valeur observée : ces barres sont en teinte claire. La série des bulletins hebdomadaires et celle des bulletins d’alerte n’ont pas le même périmètre géographique et ne doivent pas être mélangées. Enfin, ces chiffres sont ceux des cas confirmés et rapportés : ils ne mesurent ni les cas non détectés, ni les décès survenus en communauté sans prélèvement.
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