Est de la RDC : le Groupe d’experts de l’ONU accuse l’AFC/M23 de bâtir un État parallèle par la terreur
Les rebelles du M23 se dirigent vers Goma en République démocratique du Congo | © MONUSCO/Sylvain Liechti
AFP
Dans une lettre datée du 30 décembre 2025, adressée au Président du Conseil de sécurité des Nations unies, le Groupe d’experts sur la République démocratique du Congo dresse un tableau particulièrement alarmant de la stratégie de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23) dans l’Est du pays. Ce document officiel onusien révèle que le mouvement armé ne se limite plus à une logique militaire, mais poursuit désormais un projet structuré d’occupation durable et de gouvernance parallèle.
Selon cette lettre du 30 décembre 2025 adressée au Président du Conseil de sécurité, depuis avril 2025, l’AFC/M23 a intensifié ses opérations pour consolider son emprise sur plusieurs territoires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Le Groupe d’experts évoque une multiplication des campagnes de recrutement, un renforcement de l’entraînement militaire et un redéploiement coordonné des troupes, appuyé par une coopération opérationnelle avec la FDR. Cette dynamique aurait permis au mouvement de renforcer ses gains territoriaux et d’élargir significativement sa sphère d’influence.
Mais, toujours d’après la lettre du 30 décembre 2025 du Groupe d’experts au Président du Conseil de sécurité, l’objectif de l’AFC/M23 dépasse le cadre strictement militaire. Le mouvement chercherait à se présenter comme une alternative au pouvoir central congolais, en mettant en place des structures administratives, judiciaires, sécuritaires et budgétaires qui imitent celles d’un État. Le rapport souligne que l’ambition affichée est de gouverner durablement les zones occupées, avec en ligne de mire la création d’une entité autonome dans l’Est de la RDC, certains responsables du mouvement allant jusqu’à promouvoir publiquement l’option du fédéralisme.
La même lettre adressée le 30 décembre 2025 au Président du Conseil de sécurité révèle une intensification inquiétante du recrutement forcé. Des hommes et des mineurs auraient été systématiquement interpellés sous prétexte de contrôles d’identité ou d’opérations de sécurité, avant d’être enrôlés de force. Le Groupe d’experts indique que cette pratique est documentée par de nombreux témoignages, ainsi que par des images et des vidéos authentifiées, confirmant son ampleur dans les zones sous contrôle de l’AFC/M23.
Sur le plan militaire, la lettre du 30 décembre 2025 fait état de vastes opérations de formation et de déploiement de nouvelles recrues à partir de juillet 2025. Si le mouvement a communiqué sur la sortie de milliers de « commandos », le Groupe d’experts précise n’avoir pu vérifier ces chiffres de manière indépendante. Le document souligne également que nombre de ces recrues, insuffisamment équipées et parfois déployées sous contrainte, inspirent peu de confiance à leur propre commandement, ce qui expliquerait des taux élevés de désertion et un recours accru à des méthodes coercitives pour maintenir la discipline.
Toujours selon cette lettre officielle adressée au Président du Conseil de sécurité, l’AFC/M23 a franchi une nouvelle étape en août 2025 avec la création de sa propre force de police, baptisée « Police révolutionnaire congolaise ». Déployée notamment à Goma et Bukavu, cette structure serait impliquée dans des opérations de sécurité interne ayant donné lieu à des arrestations arbitraires et à de nouvelles vagues de recrutement forcé, selon les témoignages recueillis par le Groupe d’experts.
Parallèlement, la lettre du 30 décembre 2025 souligne l’accélération de la mise en place d’une administration parallèle. Le remplacement d’autorités coutumières par des personnalités acquises au mouvement, en violation des règles traditionnelles de succession, ainsi que l’usurpation progressive des fonctions régaliennes de l’État congolais, traduisent une volonté claire d’ancrage politique et institutionnel dans les zones occupées.
Le Groupe d’experts conclut, dans cette lettre adressée le 30 décembre 2025 au Président du Conseil de sécurité, que cette stratégie de l’AFC/M23 est en contradiction flagrante avec ses engagements en faveur de la paix et avec le régime de sanctions en vigueur. Un constat qui relance, une fois de plus, la question de la réponse internationale face à la transformation progressive d’un mouvement rebelle en une véritable structure de pouvoir parallèle dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Gilbert N.
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