Dialogue national : le 15 août est arrivé, la C64 face à l’épreuve de son propre ultimatum
L’échéance fixée à Félix Tshisekedi est arrivée sans convocation formelle du dialogue national. La C64 doit désormais choisir entre relancer la mobilisation, durcir le rapport de force ou laisser davantage de temps aux consultations.
Dialogue national : le 15 août est arrivé, la C64 face à l’épreuve de son propre ultimatum
AFP
Le 15 août 2026 devait constituer un point de bascule dans le bras de fer politique en République démocratique du Congo. Le 20 juillet, la Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64) avait reporté sa marche du 22 juillet et accordé au pouvoir jusqu’au 15 août pour convoquer le dialogue national. Faute d’avancées jugées suffisantes, elle s’était réservé la possibilité de reprendre ses actions citoyennes.
L’échéance est désormais arrivée. Jusqu’ici, aucun acte formel fixant le calendrier, le format et les participants au dialogue n’a été rendu public. Cette absence place la C64 devant une question qu’elle avait elle-même imposée au débat politique : que faire une fois l’ultimatum expiré ? BETO avait déjà relevé que la coalition devrait décider de sa stratégie si Félix Tshisekedi laissait passer le 15 août.
Une échéance qui engage désormais la crédibilité de la C64
Depuis plusieurs semaines, la coalition a constamment maintenu cette date. À six jours de l’échéance, elle réaffirmait encore que le délai accordé au pouvoir restait inchangé. Le 15 août n’a cependant jamais constitué une échéance institutionnelle ou constitutionnelle : il s’agit d’une date politique déterminée unilatéralement par l’opposition.
Cette distinction ne réduit pas pour autant son importance. En fixant publiquement une date butoir et en conditionnant la suspension de sa mobilisation à des avancées vers le dialogue, la C64 a engagé sa propre crédibilité. Une absence de réaction après l’expiration du délai pourrait donner au pouvoir l’occasion de présenter l’ultimatum comme sans conséquence. À l’inverse, une montée immédiate de la confrontation comporterait pour l’opposition le défi de démontrer sa capacité réelle de mobilisation.
La coalition a déjà évoqué différentes formes de pression. À la veille de l’échéance, BETO s’interrogeait notamment sur la possibilité qu’elle aille jusqu’à la désobéissance civile après le 15 août. Mais entre le discours politique et la mise en œuvre d’un mouvement national coordonné, la C64 doit encore préciser la nature, le calendrier et l’ampleur de ses éventuelles actions.
Tshisekedi n’a jamais accepté la logique de l’ultimatum
Du côté du pouvoir, la ligne défendue depuis juillet consiste précisément à rejeter l’idée que Félix Tshisekedi puisse être contraint par le calendrier de l’opposition. Le député Paul Gaspard Ngondankoy avait notamment estimé que « personne ne peut lui donner d’ultimatum », en invoquant la légitimité tirée du mandat présidentiel.
Cette position explique en partie le piège politique entourant le 15 août. Convoquer formellement les assises juste avant l’échéance aurait pu permettre à la C64 de revendiquer une victoire obtenue sous pression. Laisser passer la date permet au pouvoir de démontrer qu’il conserve la maîtrise de son calendrier, mais expose également le pays à une reprise de la confrontation politique. BETO avait déjà analysé ce dilemme en se demandant si Tshisekedi pouvait répondre à l’ultimatum sans donner l’impression de capituler devant l’opposition.
Le calendrier est d’autant plus sensible que le dossier constitutionnel demeure au centre des divergences. Félix Tshisekedi vient de renvoyer au Parlement la loi fixant les conditions d’organisation du référendum pour une nouvelle délibération après les réserves formulées par la Cour constitutionnelle. Cette décision intervient précisément autour de l’échéance imposée par la C64, même si aucun élément officiel ne permet d’établir un lien direct entre les deux séquences.
Le dialogue reste possible, mais les divergences demeurent
L’expiration de l’ultimatum ne signifie pas nécessairement l’abandon du dialogue. L’ouverture exprimée par le chef de l’État après ses échanges avec les responsables religieux reste sur la table. Mais le pouvoir, l’opposition et les confessions religieuses divergent encore sur plusieurs éléments essentiels. BETO avait identifié sept principaux points de friction autour du futur dialogue, allant de son format à son ordre du jour en passant par les participants et les garanties politiques.
La Constitution demeure probablement le contentieux le plus sensible. Pour la C64, la défense de l’ordre constitutionnel constitue l’une des raisons mêmes de son existence. La question se pose donc de savoir si le pouvoir devra offrir des garanties sur la révision constitutionnelle pour convaincre l’opposition de participer.
Le 15 août pourrait ainsi marquer moins l’échec définitif du dialogue que la fin d’une première période d’attente. Désormais, les deux camps seront jugés sur leurs actes : Félix Tshisekedi sur sa capacité à donner un contenu concret à l’ouverture annoncée en juillet, et la C64 sur sa capacité à transformer son ultimatum en stratégie politique crédible.
Pour l’opposition, le dilemme est particulièrement délicat. Après avoir fait du 15 août une ligne rouge, elle doit désormais montrer ce qui se trouve derrière cette ligne. Reprendre immédiatement la rue signifierait assumer l’escalade ; prolonger la trêve nécessiterait de démontrer que des avancées suffisamment importantes justifient ce nouveau délai. Dans les deux cas, l’ultimatum adressé à Félix Tshisekedi est devenu, à partir de ce 15 août, un test politique pour la C64 elle-même.
Odon Bakumba
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