Est de la RDC: deux protocoles sur huit à Doha, 1 537 violations en trois mois
Devant le Conseil de sécurité, le 29 septembre, James Swan a posé côte à côte les chiffres des processus de paix et ceux du terrain. Entre les deux, trois mois, 1 537 violations des droits humains et une épidémie d’Ebola devenue la plus meurtrière de l’histoire du pays.
Est de la RDC: deux protocoles sur huit à Doha, 1 537 violations en trois mois
AFP
Le 29 septembre, à la 10232e séance du Conseil de sécurité, James Swan a présenté le rapport du Secrétaire général sur la République démocratique du Congo. Le document, coté S/2026/748 et daté du 19 septembre, couvre les faits survenus depuis le 19 juin. Le représentant spécial et chef de la Monusco y a posé côte à côte deux séries de chiffres : ceux des processus de paix, et ceux du terrain. Leur écart est le sujet de ce qui suit.
Ce que les processus ont produit depuis juin
Le 8 septembre, cent vingt ex-combattants des FDLR et d’autres groupes armés étrangers, accompagnés de leurs personnes à charge, ont été rapatriés au Rwanda depuis un camp de transit de la Monusco. Le chiffre figure dans le rapport ; la mission a communiqué de son côté sur cent vingt-deux. Il ne s’agit pas de cent vingt combattants au sens strict, la catégorie incluant les dépendants. Le dossier plus large des résidus des FDLR continue de circuler entre Lomé et Luanda.
Le mécanisme conjoint de vérification élargi a conduit ses deux premières missions de terrain, à Minembwe, au Sud-Kivu, les 24 et 25 août, puis à Masisi, au Nord-Kivu, du 10 au 12 septembre. Ce sont des missions ponctuelles, non un déploiement permanent. Sur le volet militaire, la Monusco fait état de 3 115 patrouilles conjointes avec les FARDC depuis juin et de 1 139 patrouilles de police face aux ADF.
Quant à la feuille de route de Doha elle-même, son avancement se mesure : deux protocoles signés sur huit, quinze détenus libérés sur 477. En parallèle, le panel de facilitateurs de l’Union africaine travaille sur une feuille de route de six mois adoptée à Gaborone en juillet.
Ce que le terrain a produit dans le même intervalle
Sur la même période, depuis le 19 juin, le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme a documenté 1 537 violations des droits humains, dont 88 % dans les provinces de l’est. Trois cent quatre-vingt-deux personnes ont subi des violences sexuelles : 257 femmes et 122 filles.
Le même bureau avait publié, le 22 septembre, son bilan du premier semestre 2026 : 2 996 violations et 6 189 victimes, dont 2 607 violations dans les seules provinces en conflit, 230 imputées à l’AFC/M23 pour 1 064 victimes, et 657 violations pour le seul mois de juin. Une réserve accompagne ce décompte, et elle commande la lecture de tous les autres : le bureau précise qu’une baisse de 10 % sur un semestre « ne traduit pas nécessairement une amélioration », faute d’accès aux zones touchées. Les chiffres disponibles sont ceux des territoires où l’ONU peut encore compter.
Les ADF, deuxième affilié le plus meurtrier de Daech en 2025
En Ituri, la pression des Forces démocratiques alliées ne se dément pas. Au moins 43 civils ont été tués en une semaine à Mambasa début septembre, selon la société civile locale. Le Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC, dans son rapport S/2026/466 du 11 juin, établit que le groupe a maintenu des liens idéologiques et des communications avec l’État islamique, dont il a été en 2025 le deuxième affilié le plus meurtrier au monde, et qu’en septembre 2025 il a rejeté l’appellation ADF au profit d’ISCAP, province d’Afrique centrale de l’État islamique. Le même rapport relève plus de 230 civils tués en 2025 par le groupe de Mzee Meya et 41 personnes massacrées dans l’église de Komanda le 26 juillet 2025.
Une précision s’impose sur ce point, parce qu’elle est souvent écrasée : c’est le Groupe d’experts qui documente ces liens, et non la liste de sanctions du Comité 1533, dont la notice sur les ADF ne qualifie pas le groupe d’affilié de l’État islamique. Une autre précision s’impose sur l’actualité immédiate : les quelque 5 100 civils qui se sont réfugiés auprès des bases de la Monusco en Ituri les 27 et 28 septembre, 3 100 à Rhoo et 2 000 à Drodro, fuyaient des affrontements entre la CODECO et le CRP, non les ADF.
Ebola, la plus meurtrière épidémie de l’histoire du pays
Le volet sanitaire du rapport contient le fait le plus lourd, et le moins commenté. L’épidémie d’Ebola déclarée le 15 mai en Ituri, la dix-septième du pays, est due au virus Bundibugyo, souche contre laquelle il n’existe ni vaccin ni traitement homologué. Elle touche sept provinces. Au 28 septembre, elle comptait 8 067 cas confirmés et 3 901 décès.
Ces chiffres situent l’épidémie en cours au-delà de celle du Nord-Kivu et de l’Ituri de 2018 à 2020, qui avait fait 2 299 morts pour 3 481 cas avant d’être déclarée close le 25 juin 2020. Le seuil a été franchi au cours du mois de septembre. L’épidémie actuelle est désormais la plus meurtrière de l’histoire congolaise et la deuxième au monde après celle de l’Afrique de l’Ouest de 2014 à 2016. Le rythme se lit dans l’intervalle : au 26 août, l’OMS recensait 5 794 cas confirmés et 2 786 décès, pour une létalité de 48,1 %.
Déplacements, faim et financement
Le pays compte 6,1 millions de déplacés internes selon le chiffre présenté le 29 septembre. Fin avril, l’ONU en citait 6,47 millions, ce qui plaçait la RDC au cinquième rang mondial derrière le Soudan, la Syrie, l’Afghanistan et l’Ukraine. L’écart entre les deux relevés tient autant aux retours qu’aux méthodes de comptage, et impose de dater chaque chiffre.
Sur le front alimentaire, l’analyse du Cadre intégré de classification, relayée le 13 mai par la FAO et le Programme alimentaire mondial, place 26,5 millions de Congolais en insécurité alimentaire aiguë sur la période de janvier à juin, soit près d’un habitant sur quatre, dont 3,6 millions au stade d’urgence. L’analyse nationale précédente, en octobre 2025, en comptait 24,8 millions, soit 21 % de la population.
Le financement, lui, suit mal. Le plan de réponse humanitaire présenté en janvier portait sur 1,4 milliard de dollars ; révisé en cours d’année, il atteint 2,13 milliards et n’était mobilisé qu’à 50,5 % au 28 septembre. Le taux est meilleur qu’en 2025, où 2,54 milliards avaient été demandés et 23,95 % obtenus, mais il s’applique à des besoins qui ont augmenté.
La variable politique
Devant le Conseil, James Swan a aussi abordé le volet intérieur. Il a salué l’annonce faite en août par Félix Tshisekedi sur le lancement d’un processus de dialogue national, tout en insistant sur son caractère inclusif, sur une large participation et sur des facilitateurs qui aient la confiance de toutes les parties. Le prochain rapport du Secrétaire général couvrira la période ouverte à la mi-septembre. Il dira si les deux séries de chiffres continuent de diverger.
À lire aussi
Flydubai : attaqué dans le cockpit, un pilote indien épaulé par un Sud-Africain sauve 174 passagers
Résidus des FDLR : l’émissaire de Tshisekedi a fait Lomé puis Luanda en deux jours