Sécurité & Défense Fizi et Mwenga : le calvaire des déplacés sans assistance, et un État sans guichet pour eux

Fizi et Mwenga : le calvaire des déplacés sans assistance, et un État sans guichet pour eux

Des habitants de six localités de Fizi et de Mwenga dorment en brousse depuis le 24 juillet. Aucune institution nationale n'a mandat sur les déplacés internes, et le budget 2026 ne leur consacre aucune ligne isolable.

Vue d'ensemble d'un site de déplacés de guerre dans la partie Est de la RDC..
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 31 JUILLET 2026 - 17:13 WAT · 6 min de lecture

Des habitants de six localités du Sud-Kivu dorment en brousse depuis le 24 juillet 2026. Trois relèvent du territoire de Fizi, Mulima, Point Zéro et Rugezi. Trois de celui de Mwenga, Kipupu, Mikenge et Kiseke. Le député national élu de Fizi, Nyamangyoku Ishibwela, a décrit leur situation à Radio Okapi : « À l’heure où je vous présente cette triste situation, les habitants se trouvent dans la brousse, les blessés n’ont aucun endroit pour se soigner, les enfants meurent de faim et ceux qui persistent dorment à la belle étoile, exposés ainsi aux intempéries et à diverses maladies. » Combien sont-ils ? Personne ne le sait. Aucune institution n’a chiffré cette vague, et les rapports de situation d’OCHA comme le suivi des urgences de l’Organisation internationale pour les migrations sont restés inaccessibles.

Ce déplacement en recouvre un autre. Kipupu, chef-lieu du secteur d’Itombwe, était passé sous contrôle de l’AFC/M23 le 10 juillet avant d’être repris le 14 par l’armée et les Wazalendo. Les populations partaient déjà vers Kiseke et les villages voisins, sans qu’un décompte de ménages soit établi. Au 31 janvier 2026, le Sud-Kivu comptait 1,5 million de déplacés sur les 6,5 millions du pays, et environ 100 000 Congolais avaient franchi la frontière vers le Burundi et la Tanzanie, selon le rapport du Secrétaire général des Nations unies du 19 mars.

L’État congolais n’a pas de guichet pour les déplacés internes

La question de savoir qui devait assister ces familles trouve une réponse brève : aucune institution nationale n’est dédiée aux déplacés internes. La Commission nationale pour les réfugiés, seul organisme au nom voisin, définit elle-même son périmètre sur sa page institutionnelle : « Commission Nationale pour les Réfugiés en sigle CNR, est un service public placé sous tutelle du Ministère de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières. » Ses missions portent sur la protection juridique et administrative des réfugiés et sur les solutions durables à leurs problèmes. Un Congolais déplacé dans son propre pays n’entre pas dans ce mandat.

Le budget de l’État le confirme par sa structure. La loi de finances 2026, arrêtée à 59 021 milliards de francs congolais, consacre 11 896 milliards à la défense et à la sécurité, soit 30 % du total. L’enveloppe de protection sociale et solidarité s’élève à 1 211 milliards, environ 2 %, et son libellé agrège les pensions, les retraites et l’assistance aux déplacés internes. Aucun montant n’y est isolable pour les déplacés. Aucun fonds national dédié, aucune ligne distincte, aucun programme provincial du Sud-Kivu doté et rendu public n’a pu être identifié.

Le 14 juillet, les députés nationaux de Fizi ont été reçus par la ministre d’État aux Affaires sociales, Actions humanitaires et Solidarité nationale, Ève Bazaiba. Le compte rendu de la RTNC indique que le dossier a été inscrit parmi les questions examinées en Conseil des ministres et que le gouvernement a réaffirmé sa détermination à apporter une réponse humanitaire appropriée. Aucun fonds, aucun convoi, aucun calendrier n’y figure. Dix jours plus tard, la vague du 24 juillet n’a rencontré aucun dispositif. L’administrateur du territoire de Fizi, Samy Kalonji Badibanga, faisait déjà ce constat en janvier : « Nous relançons de nouveau les appels au gouvernement central, au gouvernement provincial et à la communauté des humanitaires de comprendre que nos mamans qui sont enceintes, certaines donnent naissance dans des écoles et dans des églises. »

Le relais humanitaire s’est contracté avant l’urgence

Le second guichet, international, s’est rétréci avant que cette crise ne survienne. Le plan de réponse humanitaire pour la RDC a été lancé le 28 janvier 2026, « chiffré à 1,45 milliard de dollars », visant « 7,3 millions des 14,9 millions de personnes » dans le besoin, selon le rapport onusien. Au 31 juillet, le service de suivi financier de l’OCHA enregistrait 1 001 430 384 dollars reçus, dont 261,2 millions pour le Programme alimentaire mondial et 242,9 millions pour le Fonds humanitaire RDC. Le rapport du Secrétaire général notait pour l’année précédente que « la forte baisse du financement humanitaire en 2025 a encore davantage entravé la réponse globale à la crise ».

Le Programme alimentaire mondial avait déjà tranché dans le vif. Son programme dans l’Est, prévu pour 2,3 millions de personnes, a été ramené à 600 000 bénéficiaires par mois depuis octobre 2025. Au lancement du plan 2026, le coordonnateur résident et humanitaire des Nations unies en RDC, Bruno Lemarquis, résumait la contradiction : « L’heure est grave car la dégradation sécuritaire dans l’Est provoque d’énormes mouvements de population au moment même où il y a une baisse drastique du financement humanitaire au niveau mondial. »

L’accès, lui, était déjà réduit. Human Rights Watch relevait en avril que les organisations n’ont qu’un accès minimal aux hauts plateaux du Sud-Kivu depuis plus d’un an, et que les biens de base y coûtent cinq fois plus cher qu’ailleurs dans la province. L’année 2025 a par ailleurs été marquée par 659 incidents de sécurité visant le personnel humanitaire en RDC, avec 13 morts, 40 blessés et 40 enlevés, un record. Dans le secteur d’Itombwe, le président de la société civile, Abakwa Abisha, décrivait dès septembre 2025 ce que produit cette fermeture : « Depuis que Mikenge, le principal centre du secteur d’Itombwe, est sous contrôle des rebelles, la population traverse des moments très difficiles. Il n’y a ni médicaments, ni nourriture, et aucun espoir pour la rentrée scolaire de nos enfants. »

Le député de Fizi n’a pas demandé autre chose que ce que la loi de finances ne prévoit pas : « J’appelle également le gouvernement de la République à venir en aide, en urgence, à cette population meurtrie par l’inassistance en vivres et non-vivres. » Le gouvernement provincial du Sud-Kivu ne s’est pas exprimé sur ces six localités. Aucun déplacé de la vague du 24 juillet n’a été entendu par une source. Le premier élément vérifiable ne sera ni une déclaration ni un communiqué : ce sera un décompte de ménages, et le nom de l’organisme qui l’aura fait.

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B
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