RDC : la suspension des financements américains plonge l’aide humanitaire dans une crise majeure
Alexis Huguet
Une conseillère effectue un test rapide de VIH à Kinshasa.
AFP
Selon un communiqué des Nations unies publié ce samedi 17 janvier, les besoins humanitaires du pays s’élevaient à 2,5 milliards de dollars en 2025 pour venir en aide à près de 11 millions de personnes. Principal bailleur en 2024 avec 920 millions de dollars — soit près de 66 % du plan de réponse humanitaire — les États-Unis ont ramené leur contribution à environ 142 millions de dollars en 2025, une baisse vertigineuse de 85 %. Bien que Washington demeure le premier donateur, ce désengagement partiel a profondément désorganisé plusieurs secteurs clés de l’aide humanitaire.
Les conséquences les plus immédiates se font sentir dans le domaine de la santé. La suspension des financements américains a provoqué l’effondrement des capacités sanitaires dans plusieurs provinces. Plus de 1,5 million de personnes ont perdu l’accès à des soins essentiels, tandis que plus de dix organisations internationales ont été contraintes de réduire ou de suspendre leurs activités.
Dans de nombreuses zones, les structures de santé fonctionnent au ralenti, quand elles ne ferment pas totalement : consultations limitées, pénuries de médicaments, suspension des soins prénatals et de la prise en charge des survivantes de violences sexuelles. Les ruptures prolongées d’antipaludiques touchent des dizaines de zones de santé, entraînant des décès liés à des cas de paludisme non traités. Parallèlement, la capacité de réponse aux épidémies de choléra, de rougeole et de Mpox est gravement affaiblie, en particulier dans l’est du pays.
Les programmes de lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme, tout comme les campagnes de vaccination et les services de santé maternelle, subissent de fortes contraintes. Cette situation accroît les risques de mortalité maternelle et néonatale. Les femmes et les filles figurent parmi les premières victimes : les projets de lutte contre les violences basées sur le genre ont été réduits de moitié, tandis que la couverture sanitaire a chuté d’un tiers en l’espace d’un an.
Dans plusieurs zones de conflit, notamment en Ituri, les mécanismes de documentation des violations ont disparu, laissant les survivantes sans soins, sans soutien psychosocial et sans protection juridique.
Les coupes budgétaires affectent également le secteur de l’éducation, avec une baisse d’environ 48 % des ressources. Une partie des fonds destinés à l’éducation en situation d’urgence a été réduite de moitié, entraînant des projets écourtés et un nombre limité de provinces couvertes. Dans l’est de la RDC, des millions d’enfants voient leur scolarité interrompue, les exposant au recrutement par des groupes armés, au travail des enfants, aux mariages précoces et aux violences.
La malnutrition aiguë n’est pas épargnée. En 2025, la suspension des financements américains a entraîné la fermeture de 1 178 centres de prise en charge dans cinquante zones de santé. Des centaines de milliers d’enfants souffrant de malnutrition sévère ou modérée ont ainsi perdu l’accès aux soins. Dans un pays où 25 millions de personnes vivent en situation d’insécurité alimentaire — dont plus de 10 millions dans l’est — la réponse humanitaire se contracte alors même que les besoins ne cessent de croître.
Face à l’ampleur de la crise, les autorités congolaises et les partenaires humanitaires ont engagé un recentrage de la réponse. L’ONU et la RDC ont lancé un réajustement visant à concentrer l’aide sur les besoins vitaux les plus urgents, ramenant le budget du plan de réponse humanitaire de 2,5 à 1,4 milliard de dollars.
Mais ce recentrage s’apparente à une ligne de crête. Sans un sursaut rapide des bailleurs de fonds, avertissent les agences humanitaires, l’aide ne pourra plus assurer son rôle minimal : protéger les civils et préserver la dignité humaine.
Gloire MALUMBA
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