Goma : Joseph Kabila s’emploie à désamorcer la crise sécuritaire dans l’Est du pays
Goma : Joseph Kabila s’emploie à désamorcer la crise sécuritaire dans l’Est du pays
AFP
Quatre jours après son arrivée discrète à Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu passée sous contrôle du M23, l’ancien président Joseph Kabila a effectué ce jeudi 29 mai ses premières apparitions publiques. Ce retour en scène, hautement symbolique et politiquement chargé, attise les tensions à Kinshasa et relance les spéculations sur une potentielle recomposition des forces en République démocratique du Congo (RDC).
Comme annoncé, Joseph Kabila a lancé une série de consultations avec les leaders des confessions religieuses de Goma, dans un contexte de crise sécuritaire aiguë et de paralysie diplomatique à l’Est. Mais selon plusieurs sources concordantes, son agenda dépasse le cadre spirituel : des rencontres seraient également prévues avec des figures de l’opposition et des représentants du M23. Ces initiatives soulèvent de vives interrogations dans les cercles du pouvoir à Kinshasa.
Une visite au cœur de la controverse
La présence de l’ancien président dans une ville sous occupation rebelle a immédiatement provoqué un tollé politique. Le président Félix Tshisekedi a publiquement pointé du doigt son prédécesseur, l’accusant d’être le véritable instigateur de l’Alliance des Forces pour le Changement (AFC), une coalition politico-militaire soupçonnée de liens étroits avec le M23 : « L’AFC, c’est lui », aurait-il déclaré sans ambages.
Les proches de Kabila réfutent toute implication directe dans les activités rebelles, mais n’excluent pas une forme de rapprochement stratégique. Son conseiller diplomatique, Kikaya bin Karubi, a ainsi affirmé que le M23 pouvait être considéré comme une « opposition armée légitime » face à ce qu’il qualifie de « tyrannie fatshiste » — des propos qui ont profondément choqué les milieux officiels.
La fin du silence : une offensive politique assumée
Le 23 mai, Joseph Kabila avait déjà amorcé son retour en attaquant frontalement la gouvernance de Félix Tshisekedi. Dans un discours au ton résolument offensif, il dénonçait une « dictature installée à Kinshasa » et annonçait sa volonté de « briser [son] mutisme » pour participer à la reconstruction politique du pays.
Pour ses partisans, ce retour vise à ouvrir une voie vers la paix dans l’Est, après des années d’échec des stratégies gouvernementales. Mais pour de nombreux analystes, cette opération ressemble davantage à une manœuvre de repositionnement politique qu’à une véritable mission de médiation.
Une recomposition politique en marche ?
Alors que le conflit dans l’Est s’enlise, le retour de Joseph Kabila dans un territoire échappant au contrôle de l’État central pourrait marquer un tournant. Resté en retrait depuis son départ du pouvoir en 2019, l’ancien président semble prêt à reprendre un rôle central dans la vie politique nationale, quitte à s’allier avec des acteurs aussi controversés que le M23.
À Kinshasa, le pouvoir en place dénonce une tentative de déstabilisation camouflée en médiation. À Goma, certains y voient le signe d’un changement possible, au prix d’un pari dangereux : celui d’un nouveau pacte entre politique et rébellion.
Gilbert N.
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