RDC : quand le football unit ce que la guerre a divisé (billet d’Azarias Mokonzi)
Les Léopards de la RDC célébrant leur but face au Portugal au Mondial 2026 | FECOFA
AFP
La République démocratique du Congo vit au rythme de sa deuxième participation à la Coupe du monde 2026. Ce mercredi, les Léopards ont signé une entrée remarquée dans la compétition en arrachant un résultat historique face au Portugal.
Peu nombreux étaient ceux qui imaginaient les Congolais tenir tête à l’équipe de Cristiano Ronaldo. Pourtant, contre toute attente, les hommes de Sébastien Desabre ont résisté jusqu’au coup de sifflet final, décrochant un précieux match nul (1-1) grâce à une réalisation de Yoane Wissa.
Ce résultat a provoqué une vague d’enthousiasme à travers tout le pays. Des grandes villes aux territoires les plus reculés, des sympathisants de la majorité à ceux de l’opposition, les Congolais ont célébré ensemble cette performance. Même dans certaines zones sous occupation de l’armée rwandaise et de ses alliés de l’AFC-M23, la fierté nationale semblait transcender les divisions.
Cette communion autour du football révèle une réalité simple : lorsqu’il s’agit de soutenir les Léopards, les Congolais savent mettre de côté leurs divergences. Mais une question s’impose : pourquoi cette même unité peine-t-elle à se manifester face à l’agression rwandaise qui menace l’intégrité territoriale du pays ?
Sur le terrain politique et sécuritaire, le constat est tout autre. Les discours s’entrechoquent, les camps se radicalisent et les intérêts partisans prennent souvent le pas sur l’essentiel. Pendant que la rébellion menée par Corneille Nangaa poursuit son entreprise déstabilisatrice dans l’Est du pays, les Congolais peinent à construire un langage commun et une vision partagée de la défense nationale.
Pourtant, la souveraineté d’un État devrait constituer le socle minimal du consensus national. Au-delà des appartenances politiques, la protection du territoire et de l’unité du pays devrait rassembler toutes les sensibilités autour d’un même objectif. Car avant de conquérir ou d’exercer le pouvoir, encore faut-il préserver l’espace sur lequel ce pouvoir s’exerce.
Or, la réalité actuelle donne parfois l’impression d’un pays engagé dans plusieurs batailles simultanées. D’un côté, le pouvoir affirme vouloir défendre l’intégrité territoriale, tout en alimentant un débat sur une éventuelle révision constitutionnelle qui divise profondément l’opinion. De l’autre, une partie de l’opposition se présente comme gardienne de l’ordre constitutionnel, mais certains de ses acteurs tiennent parfois des discours qui, volontairement ou non, fragilisent davantage la cohésion nationale.
Les déclarations récentes évoquant la création d’une hypothétique « République des Baswahili » illustrent la gravité de certaines dérives. Dans un contexte où l’AFC-M23 cherche à consolider son implantation dans les territoires occupés et nourrit des ambitions d’expansion vers d’autres régions, toute rhétorique pouvant être interprétée comme un encouragement à la partition du pays mérite d’être traitée avec la plus grande responsabilité.
La RDC fait face à une guerre qui a déjà coûté la vie à des millions de ses citoyens et qui continue de menacer son unité. Dans un tel contexte, les débats démocratiques demeurent légitimes et nécessaires. Mais ils ne devraient jamais faire perdre de vue l’essentiel : l’existence même de la nation.
L’élan patriotique observé autour des Léopards offre peut-être une leçon politique. Si le football est capable de rassembler les Congolais derrière un même drapeau, alors cette énergie collective pourrait également être mobilisée pour défendre la patrie. Car au-delà des clivages et des ambitions, il existe une cause qui devrait nous réunir tous : la préservation de la République démocratique du Congo, une et indivisible.