Hôpitaux sans médecins en RDC : la grève que le gouvernement dit terminée continue
À la sortie du Conseil des ministres, l'exécutif a annoncé un consensus et la levée de la grève des médecins. Le syndicat dément aussitôt, et les couloirs des hôpitaux publics restent vides.
L'hôpital Kilubu à Masina quartier 3 / Kinshada
AFP
Deux récits, une même semaine. Le 94e Conseil des ministres a fait état d’un accord trouvé avec les médecins et évoqué la fin de leur mouvement. Le lendemain, le Syndicat national des médecins a démenti point par point. « Les médecins continuent la grève. Il n’y a pas eu de levée de la grève », résume le Dr Patrick Boloko, secrétaire exécutif provincial du SYNAMED pour Kinshasa.
Le calendrier du conflit est pourtant connu. Le préavis a été déposé le 31 mars, la grève a débuté le 24 juin sous une forme limitée à la prise en charge des urgences, avant un durcissement le 7 juillet. Depuis, le mouvement a pris le nom d’opération « Hôpitaux sans médecins », prévue du 7 au 16 juillet sur tout le territoire, à l’exception de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Seuls les services d’urgence et les banques de sang continuent de fonctionner.
Le point de rupture est un procès-verbal. Signé après une séance avec le ministre de la Santé, il devait sceller la sortie de crise. Les médecins l’ont lu autrement. « En analysant ce document, les médecins ont compris que le gouvernement n’avait pris aucun engagement clair et crédible sur leurs revendications. Il n’y a pas non plus de chronogramme précis », explique le Dr Boloko. Il pointe une absence qui, à ses yeux, vide le texte de sa portée, celle des signatures du vice-Premier ministre chargé du Budget et du ministre des Finances, les seuls à pouvoir engager l’État sur des dépenses.
Reste la question de qui met fin à une grève. Pour le syndicat, ni le gouvernement ni même les dirigeants syndicaux, mais la base. « Aujourd’hui, il fallait consulter la base. La base a été consultée et elle a rejeté en bloc ce procès-verbal », affirme le responsable syndical, qui redit dans le même temps l’ouverture des médecins au dialogue.
Derrière la procédure, des revendications chiffrées. Les médecins réclament l’intégration de la paie complémentaire dans l’état liquidatif du troisième trimestre et l’alignement d’au moins 800 praticiens, alors qu’aucun alignement n’a eu lieu depuis le début de l’année, ni en janvier ni en avril. Selon le SYNAMED, près de 3 000 médecins travaillent sans prime ni salaire. Le syndicat reproche aussi l’absence de discussion directe avec la Première ministre, malgré des instructions présidentielles en ce sens.
Entre l’annonce faite au sommet de l’État et la réalité des salles de garde, l’écart tient en un mot, la confiance. Tant que le gouvernement et la base ne parleront pas des mêmes engagements, chiffrés et signés par ceux qui tiennent les cordons de la bourse, l’annonce d’une levée ne suffira pas à ramener les médecins au chevet des malades.