Diplomatie RDC-Égypte : à New York, Kayikwamba et Abdelatty reprennent le fil des quatre accords de juin

RDC-Égypte : à New York, Kayikwamba et Abdelatty reprennent le fil des quatre accords de juin

La ministre d’État Thérèse Kayikwamba Wagner s’est entretenue mercredi 23 septembre à New York avec le chef de la diplomatie égyptienne. Au menu : le suivi de quatre accords dont l’intitulé n’a jamais été publié, les processus de Washington et de Doha, et la gestion des ressources en eau.

RDC-Égypte : à New York, Kayikwamba et Abdelatty reprennent le fil des quatre accords de juin
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 23 SEPTEMBRE 2026 - 16:07 WAT · 6 min de lecture

La ministre d’État en charge des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, s’est entretenue ce mercredi 23 septembre à New York avec son homologue égyptien, Badr Ahmed Mohamed Abdelatty, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et des Égyptiens de l’étranger. Selon le compte rendu publié par le ministère congolais des Affaires étrangères sur son compte X, les échanges ont porté sur le suivi des quatre accords signés lors de la visite de Félix Tshisekedi en Égypte en juin, et sur les processus de paix de Washington et de Doha.

Le ministère indique que la ministre d’État « a salué le soutien de l’Égypte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la RDC ». Il ajoute que les deux parties « ont également convenu d’approfondir leur coopération dans les infrastructures, l’énergie, l’agriculture, la santé, les investissements et la gestion des ressources en eau ».

Six domaines, donc, et le dernier de la liste n’est pas le moins chargé. Nous y revenons plus bas.

Les quatre accords de juin, dont l’intitulé n’a pas été publié

Félix Tshisekedi s’est rendu au Caire les 9 et 10 juin 2026, accompagné de sept ministres. Il a été reçu par le président Abdel Fattah al-Sissi au palais d’Al-Orouba, avant une visite de la nouvelle capitale administrative égyptienne.

Une cérémonie de signature a suivi. La présidence égyptienne a parlé d’« accords bilatéraux importants signés aujourd’hui », sans en donner les intitulés. Trois mois et demi plus tard, aucun des deux États n’a rendu publique la liste des quatre textes dont le ministère congolais dit aujourd’hui suivre l’exécution.

Ce qui est documenté, c’est un paquet de projets d’environ un milliard de dollars, financé en partie par Afreximbank, que l’agence Anadolu a détaillé à partir d’un compte rendu de la présidence congolaise : une centrale photovoltaïque de 10 mégawatts à Tshipuka, une route à péage de 185 kilomètres entre Mbuji-Mayi et Kananga, le port de Ndomba, une usine de traitement d’eau sur la rivière Lubi, un réseau national de fibre optique et le projet Kitoko d’extension de Kinshasa. Ce compte rendu ne dit pas que ces projets sont les quatre accords, et les deux listes ne se recoupent pas formellement.

Le 11 juin, le chef de l’État a visité le complexe industriel de l’Organisation arabe pour l’industrialisation, où lui ont été présentés des véhicules blindés, des transporteurs de troupes et des systèmes de défense. Ce volet n’apparaît pas dans le compte rendu de mercredi.

Ce que Le Caire a effectivement dit sur la souveraineté congolaise

Le soutien salué mercredi par Kinshasa a des traces écrites, et il vaut d’être lu dans les termes exacts où il a été formulé.

Le 10 juin, lors de la conférence de presse conjointe, Abdel Fattah al-Sissi a évoqué, dans la version anglaise diffusée par la présidence égyptienne, le « respect for the unity and territorial integrity of the Congo ». Nous reproduisons la formule dans sa langue de diffusion.

Le 14 février 2026, le ministère égyptien des Affaires étrangères avait salué la signature des termes de référence du mécanisme de cessez-le-feu, en affirmant son soutien au « safeguarding the unity, sovereignty, and territorial integrity of the DRC ». Le communiqué y décrit l’AFC/M23 comme un groupe armé soutenu par le Rwanda.

C’est un soutien de principe, formulé dans le vocabulaire des chancelleries. Il ne va pas, dans les textes consultés, jusqu’à une mise en cause nominative du gouvernement rwandais.

L’eau, la ligne qui explique le reste

« La gestion des ressources en eau » ferme la liste des six domaines annoncés mercredi. Pour Le Caire, c’est la première.

Le 10 juin, au Caire, Abdel Fattah al-Sissi a salué « the wise and responsible Congolese positions on the Nile water issue ». Ce remerciement n’est pas de la courtoisie : la République démocratique du Congo est un pays du bassin du Nil. Les lacs Édouard et Albert, qu’elle borde, alimentent le Nil Albert, et sa voix compte donc dans les enceintes où se négocie le partage du fleuve.

Or l’Égypte y est en position défensive. Elle rejette l’accord-cadre d’Entebbe de 2010, qu’elle juge contraire aux traités de 1902, 1929 et 1959 lui reconnaissant un droit de regard sur les projets affectant le fleuve, et appelle les États du bassin à rechercher un consensus dans le cadre du processus de consultation de l’Initiative du bassin du Nil. Le même jour, elle rappelait sa demande d’« absence de préjudice à toute partie ».

Autrement dit, la coopération offerte à Kinshasa sur les infrastructures, l’énergie et l’eau se déploie dans un dossier où Le Caire cherche des alliés. Cela n’enlève rien aux projets. Cela dit à quoi ils s’adossent.

Washington et Doha, deux processus aux compteurs connus

Le second point de l’entretien porte sur les deux cadres de négociation où la RDC joue sa sortie de guerre, et leur état d’avancement est chiffré.

Le cadre de Doha affichait 18,6 % de mise en œuvre treize mois après sa signature, avec quinze détenus remis sur 477 identifiés. Du côté du processus de Washington, la RDC et le Rwanda se sont retrouvés à Genève sur deux engagements non exécutés, et la septième session s’est achevée le 17 septembre.

Sur le terrain, les forces armées congolaises accusaient encore lundi l’AFC/M23 de violer le cessez-le-feu sur l’axe Walikale-Masisi. C’est le contexte dans lequel Kinshasa cherche des appuis diplomatiques, y compris au Caire.

Qui est le ministre égyptien

Badr Abdelatty a été nommé ministre des Affaires étrangères le 2 juillet 2024, en remplacement de Sameh Choukry, dans un portefeuille élargi à l’émigration et aux Égyptiens de l’étranger. Diplomate de carrière, il était depuis 2022 ambassadeur d’Égypte en Belgique, au Luxembourg et auprès de l’Union européenne.

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B
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