Banques et finances Guerre en Iran : la RDC parmi les grands gagnants africains du retournement pétrolier
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Guerre en Iran : la RDC parmi les grands gagnants africains du retournement pétrolier

Avec un Brent repassé sous 73 dollars, les obligations souveraines de la RDC signent en juin l’une des meilleures performances du continent. Un paradoxe qui tient à une évidence souvent oubliée : Kinshasa importe tout son carburant. Décryptage d’une bonne nouvelle de marché, et de ses limites pour le Congolais ordinaire.

Guerre en Iran : la RDC parmi les grands gagnants africains du retournement pétrolier
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 30 JUIN 2026 - 01:00 WAT · 4 min de lecture

Le baril a perdu plus d’un cinquième de sa valeur en juin. Et tandis que le Brent glissait sous la barre des 73 dollars, un mouvement discret s’est opéré sur les écrans des gérants de fonds à Londres et à New York : les eurobonds de la République démocratique du Congo sont redevenus une valeur recherchée. Leurs détenteurs ont engrangé 1,95 % sur le seul mois de juin, selon les données de l’indice des dettes émergentes en devises fortes suivies par Bloomberg. C’est le double du gain moyen des marchés émergents. Seul le Kenya fait légèrement mieux, à 2 %.

Derrière ce chiffre se cache une bascule mondiale. En pleine guerre entre l’Iran et Israël, la menace d’une fermeture du détroit d’Ormuz avait fait flamber le brut et poussé les investisseurs vers la dette des pays exportateurs de pétrole, Nigeria en tête. Ce « trade de guerre » s’est dénoué quand Ormuz a rouvert et que les cours ont reflué. L’argent est alors reparti vers les importateurs. La RDC en a profité.

Deux Congo, deux destins

C’est ici que l’actualité prend, vue de Kinshasa, une saveur particulière. La même semaine, le même reflux pétrolier produit deux verdicts opposés sur les deux rives du fleuve. La RDC, qui ne produit pratiquement pas de pétrole et importe la totalité de ses carburants, gagne. Le Congo-Brazzaville, exportateur, perd : ses obligations accusent 2,6 % de pertes sur le mois, après avoir gagné 5 % le mois précédent. Avec le Gabon, le voisin du nord se classe parmi les plus mauvais performeurs du continent.

La leçon est ancienne et rarement énoncée aussi nettement. La structure de l’économie congolaise, tirée par le cuivre et le cobalt et dépendante du carburant importé, fait du pays un bénéficiaire mécanique de la baisse du pétrole. Quand le baril monte, la facture d’importation de Kinshasa enfle et la subvention que l’État verse pour contenir les prix à la pompe se creuse. Quand il descend, l’étau se desserre.

« Le pétrole à 100 dollars exerçait une forte contrainte sur les risques budgétaires », résume Carlo Morelli, gérant chez Azimut Investments, qui détient les souches congolaises à échéance 2032 et 2037. « Cette pression s’est desserrée. »

Une embellie de marché, pas un dividende à la pompe

Reste à mesurer ce que vaut, concrètement, une telle performance pour le pays. Un eurobond qui rapporte 1,95 % profite d’abord à ceux qui le détiennent, c’est-à-dire des fonds étrangers. Le rendement obligataire mesure la confiance des prêteurs, pas le pouvoir d’achat du Kinois. Le lien avec l’économie réelle existe, mais il est indirect : un carburant importé moins cher allège la subvention publique, donc le déficit, donc le coût auquel l’État se finance. C’est cette chaîne que saluent les investisseurs.

Pour que l’embellie descende jusqu’au consommateur, il faudrait que la baisse du baril se répercute sur le prix à la pompe et sur l’inflation importée, ce qui dépend d’arbitrages budgétaires que ni Bloomberg ni les marchés ne tranchent. La Banque centrale du Congo et le ministère des Finances détiennent ici les réponses qui manquent : l’ampleur réelle du manque à gagner de la subvention, la transmission au franc congolais, la part du répit pétrolier déjà absorbée par la guerre à l’Est et le repli du cobalt.

Le mouvement reste, à ce stade, affaire de perception. Les capitaux ont tourné au gré d’un détroit qui s’est rouvert, pas d’une transformation des fondamentaux congolais. Le cas sénégalais le rappelle : Dakar surperforme aussi en juin, à 2,8 %, mais pour avoir promis de réduire son déficit, non grâce au pétrole, et son chemin reste semé d’embûches alors qu’il cherche un nouveau programme avec le Fonds monétaire international. « Personne n’allège ses positions sur les exportateurs de pétrole pour basculer vers le Sénégal », nuance Matthew Vogel, responsable des marchés émergents chez Marex.

La RDC, elle, n’a rien promis ni réformé pour mériter ce regain de faveur. Elle a simplement le bon profil au bon moment. La vraie question, pour Kinshasa, n’est pas de savoir si les marchés l’aiment ce mois-ci, mais combien de temps un répit venu d’ailleurs peut tenir lieu de politique.

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B
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