La République démocratique du Congo entend renforcer son engagement dans la promotion de son identité culturelle et de son patrimoine…
À Houston, la RDC a aussi gagné le match du style et de la mode
Match nul 1-1 face au Portugal de Cristiano Ronaldo : sur la pelouse, les Léopards ont tenu tête à l’un des favoris du Mondial. Dans les tribunes du NRG Stadium de Houston, leurs supporters ont livré — et gagné — un autre match, celui de l’élégance, salué par la presse américaine.
HOUSTON — Il pleut sur le Texas, ce mercredi 17 juin, et le thermomètre frôle les 32 degrés. Sous l’averse tiède, Art Kanjan marche vers le NRG Stadium en chemise Gucci rayée, lunettes Prada sur le nez et foulard de soie noué au cou. Une tenue, note le Houston Chronicle qui l’a suivi ce matin-là, plus taillée pour un brunch du samedi que pour un match de Coupe du monde. Autour de lui, sa bande mêle maillots des Léopards, drapeaux, chapeaux et griffes de luxe — Aimé Leon Dore, Hermès, Chanel, Louis Vuitton. Le pronostic de Kanjan tient en trois chiffres, lancés avec l’aplomb d’un homme sûr de son fait : « Congo 3, Portugal 0 ».
Le score réel fut plus mesuré. Il n’en fut pas moins retentissant. Devant l’une des équipes données favorites pour le titre, les Léopards ont arraché un nul 1-1, et réduit au silence Cristiano Ronaldo, inoffensif quatre-vingt-dix minutes durant. Pour une sélection qui retrouve le plus grand rendez-vous du football mondial, le résultat a la saveur d’un exploit. Mais ce que les témoins de Houston ont d’abord retenu, c’est la tribune.
Car les supporters congolais n’étaient pas venus seulement encourager. Ils étaient venus paraître. Costumes entièrement taillés, bottes colorées, visages enveloppés dans le drapeau national : sous la pluie et la moiteur, la délégation venue de la diaspora a transformé les abords du stade en défilé. Les fans portugais étaient sans doute plus nombreux, reconnaît le quotidien texan ; les Congolais, eux, ont élevé d’un cran le niveau du style. Au point d’arracher leur respect à l’adversaire. « C’est magnifique ! », a lancé Marcos Santos, Brésilien installé à Austin, arrivé dès sept heures du matin en maillot de Ronaldo. Et d’ajouter, dans un éclat de rire, que les siens devraient faire mieux, tant les Léopards avaient fière allure.
Cette allure n’est pas une coquetterie d’un jour. Elle puise dans la Sape, ce mouvement né sur les deux rives du fleuve Congo qui a érigé l’élégance en art de vivre et en affirmation de soi. À Houston, l’un de ses héritiers tenait la baguette. Le créateur Alvin Junior Mak, fondateur et directeur artistique de la maison JMAKxPARIS, né en RDC et grandi à Paris, avait habillé la sélection à son arrivée le 12 juin : costumes noirs ajustés, col rehaussé d’imprimé léopard, broche et grand sac assortis. Un clin d’œil revendiqué à la culture congolaise et à la légendaire équipe de 1974. La pièce devait, a expliqué le couturier, refléter une génération qui ose rêver grand et croit au potentiel de son pays.
Dans la foule, le message a été reçu. Certains supporters avaient calqué leur tenue sur celle des joueurs. Une femme, restée anonyme, arborait un ensemble presque identique, couronné d’un calot en imprimé léopard qui fit l’unanimité dans les deux camps. Plus loin, un fan né à Kinshasa et désormais établi à Laredo paradait en maillot floqué du numéro 17, baskets Balenciaga aux pieds et lunettes Hermès embuées par l’humidité, échangeant des piques bon enfant avec les supporters portugais. Les Congolais, glissait-il, prenaient tranquillement le contrôle des tribunes — une façon de dire la fierté d’un pays.
Cette fierté, par un temps pareil, méritait bien quelques égards. Files d’attente jusqu’à quatre-vingt-dix minutes, chaleur lourde, ciel qui passe de la bruine à l’ondée : rien n’a entamé l’ardeur des chants ni l’éclat des tenues. Sur la pelouse, les Léopards tenaient tête à un cador. Dans les gradins, leurs supporters offraient au monde une autre image de la RDC — celle d’un pays qui sait, même loin de chez lui, faire d’un match une fête et d’une fête une affirmation.
À l’heure où le Congo se débat avec ses urgences, l’instant valait pour ce qu’il était. Le temps d’une matinée pluvieuse à Houston, des hommes et des femmes en Hermès et en léopard ont rappelé, sans un mot d’agression, qu’un peuple se reconnaît aussi à la manière dont il se tient debout.
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