À Lubumbashi, le travail attendra : la ville du cuivre veille une heure de plus
Immersion BETO, jour de match. À Lubumbashi, une heure d’avance sur Kinshasa : le coup d’envoi de Colombie-RDC sera donné à 4 heures du matin, dans le froid de juin, au pays de Mazembe et du cuivre.
LUBUMBASHI. À Kinshasa, on règle l’alarme sur trois heures. À Lubumbashi, il faudra ajouter soixante minutes. La capitale du cuivre vit à l’heure de l’Afrique centrale de l’Est, une heure d’avance sur la capitale. Le coup d’envoi de Colombie-RDC, fixé à 3 heures heure de Kinshasa, sera donné à 4 heures du matin dans le Haut-Katanga.
Une heure de plus à tenir, dans le froid sec de juin. Voilà l’équation que la deuxième ville du pays doit résoudre cette nuit.
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Une heure de plus que Kinshasa

Le détail n’est pas anodin. Quand l’écran s’allumera à Kinshasa, Lubumbashi aura déjà basculé dans la dernière heure avant le réveil. Pour beaucoup, la nuit se jouera donc entre 4 heures et 6 heures, au moment précis où la ville minière commence d’ordinaire à s’ébrouer : premières équipes vers les usines, premiers taxis sur la route de la Kasapa, premiers feux sous les marmites.
Regarder le match, à Lubumbashi, ce sera empiéter directement sur le début de la journée de travail. Le supporter lushois n’aura pas même la tranche de sommeil que s’accorde le Kinois après le coup de sifflet. Ici, le réveil et le coup d’envoi se touchent.
La ville de Mazembe sait veiller
S’il est une ville qui sait organiser une nuit autour d’un ballon, c’est pourtant celle-ci. Lubumbashi est la capitale du Tout-Puissant Mazembe, club le plus titré du pays, sacré champion de RDC il y a quelques jours à peine au stade de Kamalondo. Les Corbeaux ont habitué leurs supporters aux veilles, aux déplacements continentaux suivis tard dans la nuit, aux finales africaines vécues écran contre écran.
Cette culture-là se transposera aux Léopards. Les terrasses de l’avenue Mobutu, les bars de la Kenya et de Katuba, les parcelles de Bel-Air et de la Ruashi connaissent le rituel : un grand match ne se regarde pas, il se vit en groupe. À 4 heures, le défi ne sera pas l’envie, mais l’endurance.
Le froid de juin, l’autre adversaire

À plus de 1 200 mètres d’altitude, Lubumbashi traverse en juin le cœur de sa saison sèche. Les après-midi restent doux, mais les nuits tombent vite et piquent : il n’est pas rare que le thermomètre approche les dix degrés avant l’aube. À l’heure du match, ce sera la partie la plus froide de la nuit.
La veillée lushoise aura donc ses accessoires propres, que Kinshasa ignore : une veste, une couverture jetée sur les épaules, parfois un brasero allumé dans la cour. Tenir éveillé jusqu’à 6 heures dans le froid demande plus qu’un café. Cela demande de s’y préparer.
Dans une ville rythmée par l’extraction, la nuit n’a pas le même sens qu’ailleurs. Les sites de cuivre et de cobalt tournent en équipes successives ; une partie de la population active est, à 4 heures, déjà au poste ou sur le chemin. Pour ces travailleurs, le match ne sera pas une affaire de salon, mais de téléphone glissé dans la poche, de score guetté entre deux rotations, de cris étouffés près des installations.
La ville sort à peine de la DRC Mining Week, qui a réuni à la mi-juin des milliers de professionnels du secteur. Le cuivre paie les salaires, fixe les horaires et, cette nuit, dictera à beaucoup le luxe ou non de pouvoir s’asseoir devant un écran.
Courant, écrans et système D
Reste la question commune à tout le pays : l’électricité. Lubumbashi connaît ses délestages, malgré sa proximité avec les barrages du Sud et les importations venues de Zambie voisine. Pour une diffusion à 4 heures, le générateur, l’onduleur ou la batterie de secours ne sont pas un confort mais une assurance.
Les mieux lotis regarderont dans les hôtels et bars du Golf, à l’alimentation plus stable. Les autres miseront sur la parcelle, le voisin équipé, la terrasse de quartier accessible à pied. Comme à Kinshasa, le meilleur poste d’observation n’est pas le plus prestigieux, mais celui dont on peut repartir sans traverser la ville dans le noir.
Après le Portugal, le droit d’espérer
Si Lubumbashi accepte de payer cette nuit en sommeil, c’est que les Léopards ont rouvert l’espérance. La RD Congo a tenu le Portugal en échec, 1-1, défense compacte et transitions tranchantes. La Colombie, elle, a battu l’Ouzbékistan 3-1 et peut valider sa qualification en cas de victoire à Guadalajara ; son sélectionneur Néstor Lorenzo a prévenu ses joueurs contre les contres congolais (Reuters).
En conférence de presse, Sébastien Desabre n’a pas inversé les rôles : « La Colombie reste bien sûr une très bonne équipe, favorite de ce match. » Avant d’ajouter : « Mais on a montré, nous, qu’on était capables de faire de très bonnes choses aussi. » Ces mots ont porté jusqu’au Katanga, où l’on a cessé de demander aux Léopards de ne pas être ridicules pour leur demander de gagner.
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À 4 heures, donc, Lubumbashi sera froide et debout. Les couvertures sur les épaules, les générateurs en marche, les téléphones chargés. La ville du cuivre, qui sait mieux que personne ce que veut dire travailler de nuit, aura choisi d’en consacrer une au ballon. Le travail, lui, suivra de très près le coup de sifflet final.
Acte 2 de « Jour de match », la série d’immersion de BETO consacrée au Mondial des Léopards. Après Kinshasa et Lubumbashi, prochaines escales : Goma, Mbuji-Mayi, Bruxelles-Paris et Guadalajara.