RDC-Colombie, Mondial 2026 : bloc bas ou abordage, le plan des Léopards
Décryptage BETO Coach. Depuis le nul face au Portugal, l’euphorie congolaise lance son défi : « amenez-nous la Colombie. » Bloc bas ou abordage ? Analyse tactique, joueurs, plan de bataille pour faire tomber les Cafeteros le 24 juin.
RDC-Colombie, Mondial 2026 : bloc bas ou abordage, le plan des Léopards
AFP
Depuis Houston, une phrase a fait le tour des téléphones congolais, des terrasses de Matonge aux groupes WhatsApp de la diaspora de Bruxelles à Atlanta : « Amenez-nous la Colombie, on veut tester quelque chose. » On la dit le menton haut, avec la démarche de celui qui vient de regarder le Portugal de Cristiano Ronaldo dans les yeux et qui repart avec un point dans la poche. Le Portugal était le premier client. La Colombie sera le suivant. Voilà pour la blague, et elle est savoureuse. Maintenant, asseyons-nous au bord de la pelouse, et parlons sérieusement. Parce que la Colombie, justement, c’est exactement le genre d’adversaire avec lequel on ne teste pas n’importe quoi.
Reprenons depuis le début, c’est-à-dire depuis ce 1-1 qui a fait pleurer Kinshasa de joie. Ce que la RD Congo a réussi contre le Portugal n’est pas un hold-up, c’est un plan. Vingt-cinq pour cent de possession, et pourtant huit tirs contre sept, et surtout un meilleur xG, 0,82 contre 0,64 selon les données Opta relayées par The Analyst. Traduisons pour ceux du fond de la classe : les Léopards ont laissé le ballon à l’adversaire comme on laisse le volant à un chauffard, en attendant tranquillement qu’il se plante dans le décor. Le bloc bas de Sébastien Desabre n’a pas seulement encaissé, il a frappé. Et le but est venu d’un corner joué à deux, Mukau pour Masuaku, tête de Wissa au premier poteau. Retenez bien ce détail, le corner. Nous y reviendrons, parce que c’est là que se cache une partie du plan colombien.
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Seulement voilà : huit jours avant Houston, à Orléans, la même équipe nous avait offert l’envers du décor. Face à un Chili pourtant remanié, profil sud-américain proche de ce qui nous attend, la RDC avait dominé, à parité de possession, dix tirs à six, sept corners, et avait perdu 1-2. Deux frappes de loin, à la 51e puis à la 86e, le tout après un relâchement de début de seconde période, et un but de Joris Kayembe arrivé quand les carottes étaient cuites. La leçon tient en une ligne, et elle devrait être tatouée sur l’avant-bras de chaque Léopard avant le coup d’envoi : contre une nation sud-américaine technique, le danger ne vient pas du dribble, il vient de la frappe à distance et de la transition, dès l’instant où l’on ouvre la porte. Le Chili nous a punis le jour où nous avons voulu jouer. Le Portugal nous a respectés le jour où nous avons voulu défendre. Tout est dit.
Voyons maintenant qui se présente le 24 juin à Guadalajara. La Colombie de Néstor Lorenzo, c’est une vieille connaissance du beau jeu sud-américain habillée en costume moderne, un 4-2-3-1 qui respire et qui sait faire mal. Devant, la fusée Luis Díaz, fraîchement sacré champion d’Allemagne avec le Bayern, un gaucher qui part de l’aile pour rentrer dans l’axe comme un courant d’air sous une porte. Derrière lui, le maestro James Rodríguez, trente-quatre ans au compteur et toujours ce pied gauche qui voit le jeu trois secondes avant tout le monde, un de ces joueurs qui ne courent plus beaucoup parce qu’ils n’en ont pas besoin. Ajoutez une vraie puissance aérienne, héritage des éliminatoires sud-américaines où la Colombie fut l’une des meilleures équipes de la tête, et un latéral droit, Daniel Muñoz, qui monte si haut qu’on le confond parfois avec un ailier. Pour son entrée, cette Colombie a balayé l’Ouzbékistan 3-1. Sur le papier, c’est un cran au-dessus du Portugal dans la conduite du jeu, et deux crans au-dessus dans la patience.
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Et pourtant. Toute cuirasse a son défaut, et celle des Cafeteros n’y échappe pas. Contre l’Ouzbékistan, malgré plus de 70 % de possession, la Colombie n’a cadré sa première frappe qu’à la 40e minute. Quarante minutes de ronron, de passes latérales, de James qui réclame le ballon dans les pieds. Une équipe qui adore avoir le cuir mais qui s’agace vite quand on le lui laisse sans lui offrir d’espace : exactement le menu que la RDC sait désormais cuisiner. Pire pour eux, ils ont encaissé ce soir-là sur un ballon qui traînait dans leur surface, une situation confuse, le genre de bazar que provoque précisément un coup de pied arrêté. Or qui a marqué sur corner contre le Cameroun en barrage, puis contre le Portugal au Mondial ? Nos Léopards. L’arme congolaise vise pile la fissure colombienne. Et il y a Muñoz, ce latéral qui vit dans le camp adverse : derrière lui, à gauche de notre attaque, il y a de l’herbe à brouter pour qui sait courir vite et droit.
D’où ma réponse, et elle est nette, au dilemme que tout le pays se pose. Faut-il, fort de l’euphorie, partir à l’abordage ? Non. L’abordage, c’est le piège du Chili, c’est offrir à James et Díaz le terrain de jeu dont ils rêvent. Le bon plan, c’est celui de Houston, mais aiguisé, affûté, transformé en lame. On défend bas, on défend dense, et on tue sur trois leviers. Premier levier, les coups de pied arrêtés, notre signature, notre péché mignon, et leur point faible. Deuxième levier, la profondeur en transition, lancer Wissa, Bongonda ou Mayele dans le dos de Muñoz à la seconde où l’on récupère, là où la Colombie laisse un boulevard. Troisième levier, et c’est le plus dur, la discipline mentale sur les frappes lointaines et les transitions adverses, surtout dans le quart d’heure qui suit la pause, ce moment précis où le Chili nous a fusillés. Garer le bus, oui, mais avec une Ferrari dans le garage, prête à sortir au premier feu vert.
Reste le onze, et c’est là que l’on signe une intention. Je garderais le 3-5-2 qui a tenu le Portugal, parce qu’on ne change pas une serrure qui a résisté au cambrioleur. Mpasi dans les buts, héros en puissance. Devant lui, une charnière à trois autour du capitaine Chancel Mbemba, la muraille, épaulé de Tuanzebe et de Batubinsika pour la science des centres. Et puis le coup de génie possible : Aaron Wan-Bissaka piston droit, lâché sur Luis Díaz. Le meilleur tacleur de Premier League contre le meilleur dribbleur du Bayern, c’est l’affiche dans l’affiche, le duel qui peut à lui seul désamorcer la moitié des munitions colombiennes. À gauche, Masuaku, notre passeur décisif, l’homme du corner, libre de remonter dès que Muñoz s’oublie. Au milieu, Mukau pour orchestrer, Edo Kayembe pour le moteur, et un sentinelle, Pickel ou Moutoussamy, dont la seule mission sera de fermer la zone des frappes, cette fameuse zone où le Chili nous a fait mal. Devant, Wissa l’évidence, accompagné d’un point d’ancrage, Bakambu ou Mayele, pour fixer la charnière colombienne et offrir l’appui en contre. Et sur le banc, mon joker préféré : Théo Bongonda, à lancer à l’heure de jeu quand les jambes colombiennes commencent à peser, pour planter le couteau dans une défense fatiguée.
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Ne négligeons pas les à-côtés, car ils pèsent. La chaleur de Guadalajara à l’heure du coup d’envoi est une alliée du bloc bas : elle invite à ralentir, à temporiser, à étouffer le rythme, tout ce que James déteste. La gestion des pauses fraîcheur, la fébrilité que l’enjeu d’une qualification fait monter, le moindre carton, tout cela comptera autant qu’un schéma tactique. Et il y a l’invisible, le mental d’un groupe qui a cessé d’avoir peur. C’est peut-être ça, le vrai héritage du Portugal, plus qu’un point : la certitude, désormais, que l’on peut.
Sébastien Desabre, lui, connaît la partition par cœur. « On marque sur un coup de pied arrêté », soulignait-il après le Portugal, en regrettant un déchet « dans les phases de transition ». Avant de planter le cap, sobre comme à son habitude : « On a un premier objectif, qui est de sortir des poules. » Alors oui, amenez-nous la Colombie. Mais qu’on soit clairs sur ce que l’on veut tester : pas notre folie, notre patience. Pas l’abordage. La lame.
