Politique Joseph Kabila, prisonnier des mots de Paul Kagame
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Joseph Kabila, prisonnier des mots de Paul Kagame

La défense de Kabila tient à une idée : n'être lié à rien d'étranger. En revendiquant le M23 comme affaire rwandaise, Kagame a fait vaciller cet argument.

Joseph Kabila, prisonnier des mots de Paul Kagame
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 19 JUILLET 2026 - 15:57 WAT · 3 min de lecture

La défense de Joseph Kabila tient en une phrase : il n’est lié à rien d’étranger. C’est sur cette ligne que l’ancien président conteste la peine de mort prononcée contre lui, et qu’il fait qualifier son procès de politique. Le 17 juillet 2026, à Kigali, un homme a fait vaciller cette défense en une seule déclaration. Ce n’était pas un procureur congolais. C’était Paul Kagame.

Devant le bureau politique de son parti, le président rwandais a, selon le média Top Africa News, rangé la survie du M23 parmi les intérêts vitaux du Rwanda, liant la disparition du mouvement à celle de son propre pays. La formule visait à souder les siens ; elle a, par ricochet, brisé l’argument le plus précieux de l’AFC/M23 et de ses alliés, celui de l’autonomie. Le mouvement, dont le chef Corneille Nangaa jure de « poursuivre la révolution jusqu’à son objectif final », se rêvait insurrection congolaise ; son parrain présumé venait de le présenter comme un prolongement de Kigali.

Pour Kabila, la portée est personnelle, car elle touche au cœur de son dossier. C’est pour une collusion supposée avec l’agression et les rebelles de l’Est que la Haute Cour militaire l’a condamné à mort par contumace, le 30 septembre 2025. Sa plateforme, Sauvons la RDC, juge cette décision « nulle et de nul effet ». Toute sa contestation repose sur une idée : il ne dépend d’aucun acteur étranger. Or la déclaration de Kagame retourne contre lui sa propre logique. Sa défense exige que le M23 soit une cause purement congolaise ; la justice de son pays et l’ONU affirment au contraire qu’il en est proche ; et voici le président rwandais qui présente ce mouvement comme un ressort de la survie de Kigali. Les trois propositions ne tiennent pas ensemble, et c’est la sienne qui cède.

L’analyse politique n’est pas le procès. Kabila conteste ces accusations, il a été jugé sans être présent, et aucune parole de Kagame ne constitue une preuve judiciaire à sa charge. Mais sur le terrain de l’image, celui où se livrent les batailles de légitimité, une déclaration pèse parfois plus qu’un attendu : elle façonne la perception avant que le droit ne tranche.

Le rapport du groupe d’experts de l’ONU avait déjà décrit un mouvement à deux vitesses. D’un côté, l’ambition politique de Nangaa et de Kabila, tournée vers Kinshasa ; de l’autre, des commandants qui, sur le terrain, ne voulaient pas pousser au-delà des Kivu, l’arbitrage des cibles revenant, selon le document, à Kigali. Les Congolais de l’AFC/M23 portaient donc un projet dont ils ne tenaient pas la manette. En revendiquant le mouvement comme le sien, Kagame n’a rien fait de plus que rendre cette dépendance visible de tous, et signifier où se prennent, en dernier ressort, les décisions.

Kabila se retrouve ainsi pris dans un étau dont il tient lui-même l’un des mors. Il ne peut désavouer Kagame sans perdre le bouclier qui le protège aujourd’hui à Goma. Il ne peut s’en réclamer sans confirmer, aux yeux de l’opinion, le lien même sur lequel repose sa condamnation. Chaque prise de parole du président rwandais resserre cette contradiction, et il n’a, sur elle, aucune prise.

Kagame n’avait pas besoin de nommer Kabila. En revendiquant le M23 comme son affaire, il a dit à qui appartient cette guerre, et laissé son allié congolais porter seul un verdict que Kigali venait, sans le vouloir, d’alourdir.

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