RDC : Joseph Kabila entretient le flou autour d’un éventuel retour à Goma
L’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila (2001-2019), à Goma (Nord-Kivu), le 29 mai 2025. JOSPIN MWISHA/AFP
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L’ancien président de la République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, suscite une vive inquiétude en entretenant le flou autour d’un possible nouveau déplacement à Goma, dans l’Est du pays, révèle Africa Intelligence. Lui qui vient d’être condamné à la peine de mort par un tribunal militaire.
Un voyage dans un contexte sécuritaire explosif
Fin mai, Kabila s’était rendu à Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu, une région aujourd’hui le théâtre de violences persistantes entre l’armée congolaise et le groupe rebelle M23. Condamné à mort, son retour annoncé à Goma apparaît comme particulièrement provocateur dans un contexte où la stabilité de l’Est de la RDC reste fragile.
Le Nord-Kivu, riche en ressources et stratégique, est en proie à une recrudescence de tensions : les affrontements entre les rebelles du M23 et les forces gouvernementales se sont intensifiés, provoquant déplacements, pertes civiles, et divisions politiques. Certains analystes redoutent que la présence de Kabila dans cette zone renforce sa base d’influence et alimente de nouveaux clivages.
Un condamné à mort
Le 30 septembre 2025, la cour militaire de Kinshasa a condamné Joseph Kabila à la peine de mort en son absence, pour des chefs d’accusation graves : trahison, crimes de guerre, insurrection, torture, viol, meurtre. Selon le tribunal, ces charges sont liées à son supposé soutien au M23, rébellion accusée d’attaques majeures dans l’Est soutenues par le Rwanda.
En plus de la peine capitale, le verdict ordonne à Kabila de verser des dommages exorbitants, estimés à plusieurs dizaines de milliards de dollars, à la fois à l’État congolais et aux provinces du Nord et du Sud-Kivu.
Cette condamnation a fortement choqué : la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), par la voix de ses évêques, a dénoncé la sentence comme « incompatible avec la dignité humaine » et a appelé à un dialogue national. Pour eux, ce jugement risque de fragiliser un peu plus la cohésion nationale, d’autant que l’Est du pays reste marqué par une montée des violences et une instabilité profonde.
D’autres observateurs soulignent que ce verdict pourrait alimenter des réactions violentes, notamment de la part du M23, ou encore radicaliser les partisans de Kabila. Certains y voient aussi une stratégie visant à neutraliser un grand rival politique, alors que Kabila conserverait une influence importante dans certaines régions du pays.
Vers un retour risqué ?
Le mystère entourant un éventuel déplacement de Kabila à Goma prend donc une dimension particulièrement sensible : non seulement il interviendrait dans une région en crise, mais il le ferait alors même qu’il a été condamné à mort, renforçant d’autant plus les tensions politiques.
Alors que la RDC continue de lutter pour la paix à l’Est, ce retour potentiel d’un acteur aussi clivant pourrait soit peser lourd dans le fragile équilibre, soit servir de catalyseur pour un dialogue – si les conditions politiques le permettent.
Odon Bakumba